Ronaldo cinquième tireur, était-ce bien raisonnable ?

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'Ronaldo manque de maturité'
Par Maxime DUPUIS (envoyé spécial à Donetsk)|Ecrit pour TF1|2012-06-29T09:28:59.000Z, mis à jour 2012-06-29T21:52:21.000Z

Dernier frappeur du Portugal mercredi, Cristiano Ronaldo n'a même pas pu tenter sa chance aux tirs aux but face aux Espagnols.

Mercredi soir dans les coursives de la Donbass Arena, les quelques journalistes portugais qui avaient fait le voyage jusqu'à Donetsk étaient un peu chiffonnés. Que le Portugal échoue en demi-finales de l'Euro face à l'Espagne, passons... C'est plutôt le scénario, et surtout l'épilogue, qui leur a laissé comme un goût amer dans la bouche. Perdre aux tirs au but, c'est dur. Ce qui l'est encore plus, c'est de voir son meilleur joueur patienter jusqu'au bout de la séance pour ne finalement pas pouvoir poser le ballon sur la craie.

En conférence de presse, en plus d'être interrogé sur le petit quiproquo Nani - Bruno Alves au milieu de la séance, Paulo Bento a eu le droit à quelques questions sur le sujet. Pourquoi Cristiano Ronaldo n'a-t-il pas été désigné plus tôt ? Le sélectionneur portugais n'y est pas allé par quatre chemins : "On avait défini cet ordre. S'il y avait eu 4-4 et qu'il avait tiré le dernier penalty, on parlerait d'autre chose à l'heure qu'il est. Je ne suis pas là pour me lamenter."

42% de chance de ne pas tirer

Cristiano Ronaldo a-t-il demandé à frapper en dernier, comme Cesc Fabregas l'a fait côté espagnol ? Il assure que non. Malheureux en mai dans cet exercice avec le Real Madrid alors qu'il ouvrait le bal, CR7 n'avait rien demandé à son sélectionneur. Il s'est exécuté. En bon soldat. "Le coach m'a dit : tu veux tirer le cinquième ? J'ai dit oui", a-t-il révélé après le match. Il n'en a pas eu l'occasion.

Mettre son meilleur joueur dans cette position n'a rien d'exceptionnel et découle même d'une intention responsable. Dans l'histoire du football, on n'a jamais demandé à un joueur aux pieds carrés et/ou armé d'un mental en mousse d'aller offrir une finale de Championnat d'Europe à ses copains. Frapper un tir au but, c'est dur. Mais avoir l'élimination ou la qualification de son équipe au bout du pied, ça peut vite devenir insoutenable pour un footballeur qui ne serait pas techniquement ou psychologiquement au top. L'équipe de France d'Aimé Jacquet avait pour cinquième tireur un certain Laurent Blanc. Technique sûre, confiance de tous les instants, le libéro des Bleus n'a jamais échoué dans cette position périlleuse. Zinédine Zidane, lui, se chargeait d'ouvrir le bal. Cela n'a néanmoins pas empêché ces Tricolores-là de perdre une des trois séances qu'ils ont eu à disputer ensemble (République tchèque 1996).

Paulo Bento pouvait-il faire autrement ? Oui. Devait-il faire différemment ? S'il avait eu ces chiffres sous les yeux, peut-être aurait-il avancé CR7 dans l'ordre des frappeurs. En Ligue des Champions, Euro et Coupe du monde cumulés, le dixième tireur d'une séance - la place de Ronaldo mercredi - ne frappe que... 58% du temps. Le Ballon d'Or 2008 s'est retrouvé dans les 42% restants. Ajoutez à cela que sur les dix dernières séances de tirs au but en Coupe du monde et en Championnat d'Europe, une seule est allée à son "terme", Uruguay - Ghana en quarts de finale du Mondial 2010. Les autres ont vu de 7 à 9 tireurs défier le gardien adverse. Ronaldo aurait donc eu intérêt à frapper plus tôt. Ce qui, soit dit en passant, n'aurait peut-être pas empêché Bruno Alves de manquer sa tentative. Ou CR7 d'échouer sur Iker Casillas. On ne le saura jamais. C'est ce qui fait le charme du sport.

Ronaldo cinquième tireur, était-ce bien raisonnable ?