Shevchenko, le crépuscule du géant

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Shevchenko, le crépuscule du géant
Par Martin MOSNIER|Ecrit pour TF1|2012-06-10T20:47:50.000Z, mis à jour 2012-06-11T19:26:03.000Z

Porté disparu depuis plusieurs mois, Andrei Shevchenko porte pourtant sur ses épaules les espoirs d'une nation. L'Euro est son dernier défi.

Ils ne sont que deux. Deux Ballons d'Or présents en Pologne et en Ukraine. Cristiano Ronaldo, auteur d'une saison monstrueuse à Madrid, cristallise les attentions. Le second sort d'un exercice compliqué et de trois ans passés dans l'anonymat du championnat ukrainien, miné par un dos en miettes et l'usure de ses 35 printemps. Andreï Shevchenko, puisque c'est bien de lui dont il s'agit, doit faire face à un bien curieux paradoxe. Son niveau de jeu et sa place dans la sélection, arrachée de justesse, ne sont plus exactement en adéquation avec l'attente qu'il suscite.

Shevchenko, le crépuscule du géant

Pour tout un peuple, le buteur aux 107 sélections (pour 46 réalisations, aucun Ukrainien n'a fait mieux) reste le porte-bonheur. Celui qui a hissé l'Ukraine en quart de finale du Mondial 2010, au temps de sa splendeur. Comme s'ils avaient bien compris que leur équipe ne parviendrait à rien sans un bon Shevchenko, les quelque 3000 ou 4000 supporters présents jeudi à l'entraînement l'ont ainsi acclamé à chaque prise de balle. Sheva souffre, mais il est toujours l'idole.

"Un nom ne fait pas un joueur de foot"

Sa feuille de stats de la saison n'a pourtant plus rien à voir avec celles de ses grandes années. Six buts en douze rencontres depuis septembre, 32 en club depuis son départ de Milan en... 2006, soit près de 5 buts par saison ! A des années lumières des ses saisons à plus de 20 buts en Lombardie (1999-2000, 2000-2001 et 2003-04). Son passé de star se conjugue mal avec son présent laborieux. Son propre sélectionneur Oleg Blokhine a tenté de démythifier Sheva dès le mois de mars: "Nous manquons d’un avant-centre qui maintiendrait la défense adverse sous pression (…) Un nom ne fait pas un joueur de football. Si c'était le cas, je jouerais encore. Il y a une certaine dose de travail à faire et Andreï a des problèmes de santé."

Shevchenko, le crépuscule du géant

Lui ne voulait pas se contenter de son statut pour participer au premier Euro de l'Ukraine, même à domicile. Celui qui a inscrit 175 buts avec l'AC Milan n'a jamais eu l'intention de se contenter de ce rôle et de jouer les utilités pour s'asseoir en bout de banc. "Si mes problèmes de santé devaient persister et m'empêchaient de devenir un membre à part entière de l'équipe nationale, alors je ne mettrai jamais les pieds sur un terrain, déclarait-il à la fin de l'année 2011. Je ne souhaite pas ridiculiser la sélection, je ne veux pas me ridiculiser." Reste que devant l'absence de concurrence, Shevchenko pourrait bien débuter face à la Suède. Lui tente aujourd’hui de dissiper les doutes tant bien que mal : "La question n'est pas de savoir si je souhaite débuter le match mais de savoir si je suis apte à jouer. Et je le suis."

Depuis qu'il a décidé de le sélectionner, Blokhine joue la même partition. "Andreï n'est pas n'importe quel joueur de football. C'est aussi une personne à l'autorité immense et indiscutée, qui est tellement nécessaire à l'équipe", souligne le sélectionneur ukrainien. Avant de prendre sa retraite internationale à l'issue de l'Euro, Sheva rêve d'un dernier tour de force. Un doux rêve ? Depuis six ans, il a totalement disparu des radars. Mais il ne faut jamais sous-estimer un Ballon d'Or.

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