La transcendance selon l'Italie

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La transcendance selon l'Italie
Par Philippe DA COSTA|Ecrit pour TF1|2012-06-29T20:37:29.000Z, mis à jour 2012-06-30T17:04:35.000Z

Le parcours de l'Italie en Pologne et en Ukraine n'est pas sans rappeler ceux des Coupes du monde 1982 et 2006 où elle était arrivée sur la pointe des pieds, sans étiquette sur le dos, avant de l'emporter. Ces équipes ont un autre point commun. Elles ont fait fi des scandales pour se transcender.

Il y a les équipes qui se nourrissent de critiques. Celles qui marchent à la confiance ou aux résultats. Et puis il y a l'Italie, jamais aussi forte que lorsqu'elle a touché le fond. Il y a un mois, la présence de la Nazionale en finale de l'Euro valait une petite cote. De par ses résultats calamiteux ces derniers mois mais surtout en raison du désormais célèbre "Calcioscomesse", scandale de matches truqués impliquant des internationaux. Le sélectionneur Cesare Prandelli avait même évoqué la possibilité de ne pas disputer la compétition. Bien lui en a pris de renoncer car le passé montre que c'est de la crise que sont nées certaines des grandes épopées italiennes.

En 1982, année de sa troisième victoire en Coupe du monde, la Nazionale n'était pas au top de sa forme. Après un Championnat d'Europe à domicile raté (4e) en 1980, la formation alors dirigée par Enzo Bearzot s'était retrouvée minée par le scandale du "Totonero". Déjà une histoire de matches truqués qui impliquaient notamment son attaquant Paolo Rossi. Suspendu pendant deux ans, il était revenu à temps pour jouer et terminer meilleur buteur d'une compétition où l’Italie battait successivement l'Argentine (2-1), le Brésil (3-2), la Pologne (2-0) et l'Allemagne (3-1) après un premier tour calamiteux. Un succès qui n'a d'ailleurs souffert d'aucune contestation.

"En 1982, on aurait gagné sans le scandale"

Vingt-quatre ans plus tard, rebelote avec le "Calciopoli". Matches truqués, arbitres achetés... On ne parle plus de jeu ou très peu en Italie avant la Coupe du monde 2006. Et la Nazionale est loin de figurer parmi les favoris. comme lors du Mondial 94 ou de l’Euro 2000 où elle a pourtant atteint la finale. Après un premier tour franchi sans convaincre, une victoire poussive face à l'Australie en 8e (1-0) et un novice comme adversaire en quart (l'Ukraine, battue 3-0), l'Italie sort le grand jeu face à l'Allemagne, pays hôte, en demi-finale (0-2, a.p.). Une victoire avec les recettes habituelles qui lui permettront également de décrocher sa quatrième étoile face à la France (1-1, 5 t.a.b.à 3). Difficile donc de ne pas comparer avec cet Euro où le football italien est sorti de la nuit noire pour briller, pour l’instant jusqu’en finale.

En Italie, les avis sont pourtant partagés. Il y a ceux qui rejettent la théorie de l'histoire qui se répète. En 1982, le Totonero avait d'ailleurs déjà éclaté depuis deux ans. Et le jeu transalpin de cette époque est incomparable avec ses "héritiers" de 2006 ou 2012. "Je pense qu'en 1982, on aurait gagné dans tous les cas. Même sans le scandale, confiait récemment dans la presse italienne l'ancien international Alessandro Altobelli. Aujourd'hui, je ne pense ni à 82, ni à 2006 ou le fait que l'Italie gagne parce qu'elle sait réagir quand les évènements la secoue. Je pense surtout à la valeur de cette équipe."

Seul point commun peut-être avec l'épopée des Rossi and co, un groupe uni et un sélectionneur capable de détourner l'attention de ses joueurs sur l'essentiel: gagner. "Bearzot nous avait préservé de la polémique", se rappelle Altobelli. Une situation qui s'est reproduite sous Marcello Lippi en 2006. "La semaine à Coverciano n'avait pas été simple. On venait tout nous raconter, se souvient-t-il. Mais arrivés en Allemagne, personne n'en a plus parlé." Dans l'esprit mais aussi dans le jeu, l'Italie 2012 ressemble donc plus à sa version 2006. Andrea Pirlo ne le nie pas. "Les sensations sont plus ou moins les mêmes qu'à Berlin. C'est une nouvelle Nazionale." Comme le Phoenix, l'Italie sait renaître de ses cendres.