Bagarres Marseille : « Les Russes voulaient se cogner de l'Anglais »

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Par Alexandre COIQUIL|Ecrit pour TF1|2016-06-16T13:09:29.960Z, mis à jour 2016-06-16T17:03:25.422Z

Cinq jours après les graves incidents survenus à Marseille entre les supporters anglais et russes, Vivien Couzelas, journaliste spécialiste du hooliganisme, analyse les faits.

Cinq jours après les affrontements survenus à Marseille, qui ont fait 35 blessés dont un grave, l'heure est au constat et aux explications. Vivien Couzelas, journaliste spécialiste du hooliganisme et auteur du livre " Dans la tête d'un hooligan ", revient sur ces incidents qui ont marqué le pays et pointé du doigt la sécurité autour de l'Euro 2016. Mardi dernier, les autorités françaises ont arrêté et mis en examen 43 supporteurs russes, contrôlés dans les Alpes-Maritimes, et bientôt entendus par le Parquet de Marseille.

Quels policiers étaient présents à Marseille ?

Cela a été la grande question concernant ces affrontements urbains : y avait-il une véritable coopération entre les différentes polices européennes ? Selon Vivien Couzelas, cela a été le cas, mais seulement du côté anglais. « Lors des affrontements, il s'est avéré que des policiers anglais étaient là. Près de 3000 hooligans ont d'ailleurs été bloqués au pays et n'ont pas pu venir en France. Sauf qu'on s'est aperçu le jour des échauffourées qu'il n'y avait aucun policier russe pour faire le job. Cela a donc posé à questionnement sur eux. On s'est focalisé sur le cas des hooligans anglais, mais il y en avait côté russe, prêts à passer à l'action et qui pouvaient faire ce qu'ils voulaient. »

Le hooliganisme anglais, où en est-on exactement ?

Au sommet de sa gloire, dans les années 1970-1980, avec les célèbres « Firms » issues de plusieurs clubs populaires anglais - les Millwall Bushwackers, Aston Villa Hardcore, Birmingham Zulus, Chelsea headhunters pour ne citer qu'eux - le hooliganisme anglais a été étouffé par les autorités anglaises à la fin des années 1980 après le drame du Heysel survenu en 1985, avant d'être pratiquement éteint dans les années 1990-2000. Subsiste encore dans l'inconscient collectif, la dangerosité de certains fans, auteurs notamment de troubles à Marseille lors de la Coupe du monde 1998 avant la rencontre entre l'Angleterre et la Tunisie.

Pour Vivien Couzelas, cette pancarte leur a porté défaut au moment d'analyser ce qu'il s'était passé. « Tout le monde s'est concentré sur eux. Pour preuve, les interdictions de supporteurs anglais étaient fixées à 3000 alors que les Russes n'en avaient aucune. Se focaliser sur les Anglais, c'est bien mais il ne faut pas le faire au détriment d'autres pays. Certains ont été négligés et c'est ce qui a conduit à ces incidents. »

Pourquoi les Russes ont-ils fait ça ?

Il n'y a pas de raison logique à se battre gratuitement. C'est pourtant le principe fondateur du mouvement « Hooligan » qui a d'ailleurs été assez difficile à expliquer au fil des années. C'est la logique du plus fort qui l'emporte. Vivien Couzelas reconnait que les Russes, encore très actifs dans leur pays, étaient venus en France avec pour seul but de se mesurer à d'anciennes gloires. 

« Le fantasme des meilleurs hooligans existe encore et c'est quelque chose qui compte énormément à leurs yeux, explique-t-il. C'est pour ça que les Russes s'étaient préparés sur le plan sportif, comme s'ils allait participer à un grand événement sportif. Pour eux, il y avait ce côté " figurer dans le top 5 ", ils voulaient se cogner de l'Anglais pour parler vulgairement. »

Le spécialiste ajoute : « Il y avait une valeur symbolique qui était très importante pour eux. Les hooligans anglais étaient à leur paroxysme dans les années 1970-1980. Toutes les personnes qui s’intéressent au hooliganisme savent que les Anglais ne sont plus dans le haut du panier .»

Combien d'hooligans russes étaient présents ?

Les chiffres ont varié mais selon Vivien Couzelas, il y avait entre 300 et 400 Russes présents à Marseille le week-end dernier. «Il y avait un noyau dur de 150 hooligans qui étaient préparés à ça : ils avaient notamment des protège-dents. Certains avaient analysé le terrain la veille, le vendredi soir, pour reconnaître le terrain et savoir par où s'enfuir, d'autres avaient fait des rondes en voiture. Il fallait être prêt à se battre pendant quelques secondes pour certains et être prêt à repartir dans des voitures pour prendre la fuite le plus rapidement possible. Certains d'entre eux étaient cagoulés pour passer incognito. Il y avait une vraie préparation, c'est aussi ça qui est impressionnant. »

Propos recueillis par Hadrien Desplas






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