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L'Euro à 24 c'est serré, mais c'est plutôt logique

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Euro 2016 - Espagne - République tchèque (1-0) : les Espagnols ont eu chaud
Par Alexandre Coiquil|Ecrit pour TF1|2016-06-18T08:06:32.785Z, mis à jour 2016-06-18T08:06:37.111Z

Décrit comme ennuyeux, l'Euro 2016, le premier à 24 nations, ne brille pas ses rencontres ouvertes et un jeu lêché. Pire le nombre de buts est faible. Pourquoi donc ?

C’est la grande question qui entoure cet Euro 2016. Pourquoi assiste-t-on à un tournoi serré, peu productif en buts (République tchèque - Croatie a été le premier match à atteindre les quatre buts) et plutôt moyen en terme de niveau de jeu brut ? Avant la fin du deuxième tour, tentative d’explications.

Le nouveau système à 24 équipes

Utilisé pour la première fois lors de cet Euro 2016, le passage à 24 équipes est une petite révolution dans l’histoire du Championnat d’Europe. Jamais l’Euro n’avait autant ouvert ses portes aux autres nations du football européen. Passer de 16 à 24, c’est surtout s’ouvrir sur un football moins habitué aux grandes joutes internationales et souvent peu capable de franchir la barrière des éliminatoires. L'ancienne formule à 16 équipes, utilisé depuis 1996, plaisait pourtant. Son niveau relevé en faisait un rendez-vous important pour les pays.

De ce fait, des nations comme l’Albanie et l’Islande se sont qualifiées pour leur première grande compétition de leur histoire, tandis que le pays de Galles, la Slovaquie et l’Irlande du Nord, ont obtenu leur premier ticket pour un Championnat d’Europe, après avoir disputé la Coupe du monde au moins une fois dans leur histoire. L'Ukraine et la Pologne, elles, ont gagné leur premier ticket pour l'Euro après avoir vaincu les éliminatoires. L'Euro à 24 a quelque peu suivi le pas de la réforme de la Ligue des champions mise en place par Michel Platini en 2009. Il y a eu moins cette forme de cohérence du côté de l'UEFA.

Adapté sur l’ancien modèle de la Coupe du monde, utilisé entre 1986 et 1994, soit six groupes de quatre, le nouveau système a permis aux nations de plus calculer leurs efforts. A bien observer, c’est vrai : une victoire, gagnée avec une certaine manière, peut mener une nation en huitième de finale, si les résultats des autres équipes le permettent. On a déjà assisté à ce phénomène chez les meilleurs lors de ces trois éditions du Mondial et plus récemment en Ligue des champions entre 1997 et 2000. L'ajout de matches supplémentaire en phase finale (les huitièmes) apportera son piquant au moment venu. La différence entre la phase de groupes et les matches à élimination directe a été souvent frappante.

En 2012, Michel Platini, l'ancien président de l'UEFA, expliquait. « J’aime bien avoir 24 équipes car on peut avoir des huitièmes de finale et donc quatre matches à élimination directe. N’oubliez pas que c’est en 1998 que la FIFA a décidé de passer la Coupe du monde à 32 équipes. Moi, j’en ai joué deux (82, 86) avec 24 équipes ». Par contre, l'ancien joueur de la Juventus n'a pas voulu céder à la tentation du passage à 32, pour s'aligner sur le modèle de la Coupe du monde, qui lui aussi devrait évoluer dans quelques mois à un système à 40 équipes. «Je pense qu’on a 24 bonnes équipes en Europe, on qu’on peut trouver les huit en plus sans avoir de déperdition de niveau. Je pense notamment à la Norvège, la Serbie, la Belgique, l’Ecosse…  Et puis ça fait plus de matches. Par contre, 32 équipes, c’est trop .»

Les adversaires ont bien préparé la compétition

C’est Antonio Conte qui l’a souligné avec insistance, lors de sa conférence d’avant-match face à la Suède : les petites nations ont bien préparé cet Euro. « Nous assistons à beaucoup de matches équilibrés depuis le début. On l’a encore vu avec la France qui a eu du mal à battre l’Albanie. Par conséquent, il y a une grande préparation de toutes les équipes. Il faut être prêt et faire attention à chaque détail », a-t-il analysé.

A la différence de la Coupe du monde, où diverses façons de voir et pratiquer le football s'entrechoquent (le Costa Rica est allé en quart de finale de la dernière Coupe du monde), le Championnat d'Europe reste un rendez-vous sans réelles innovations tactiques où les adversaires se connaissent sur le bout des doigt. Pour les plus petites nations, l'utilisation du 4-5-1, du 4-4-1-1 ou du 4-2-3-1, des systèmes à la mode qui mettent peu en évidence les attaquants et collent les deux dernières lignes défensives, ferme automatiquement le jeu. C'est également le football moderne qui éclate au grand jour lors de cet Euro.

Enfin, le niveau de cet Euro 2016 vient parfaitement coller à celui des qualifications où peu de grandes nations n'ont réussi à s'épanouir dans le jeu, où trouver un groupe suffisamment cohérent pour aller dans une ligne droite.
Seule l'Angleterre et sa génération rajeunie a réussi un parcours sans embûche et plutôt convaincant dans les intentions. L'Allemagne et l'Espagne ont été des diesels, les Pays-Bas n'ont pas passé le cut et la France a passé deux années à faire des matches amicaux dénués de réels enjeux sportifs. Dernier facteur : les blessures qui sont venues décimer le travail fourni par les sélectionneurs, obligés de bricoler dans divers secteurs. Là encore l'exemple de la France est frappant avec les forfaits  combinés en défense de Raphaël Varane, Jérémy Mathieu, Mathieu Debuchy, Mamadou Sakho et Lassana Diarra.

Une présence en huitième de finale, qui n'a jamais été autant accessible, a également un attrait sans aucune mesure, surtout pour les plus novices. Et des pays comme la Hongrie, l'Eire et l'Irlande du Nord ont bien déjà bien compris qu'avec un peu de coeur et de malice, tout était possible. Forcément c'est le jeu qui en paye le prix, mais le résultat a pris le pas sur ce dernier.  Rendez-vous donc lors des huitièmes de finale où la compétition devrait changer de visage. Le système à élimination directe devrait redonner un vrai élan à cet Euro 2016. Non cet Euro n'est pas faibles ou mauvais, il est dans la droite lignée de l'évolution du jeu.


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