Portugal-France : Griezmann, l'Uruguayen volant

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Par Alexandre Coiquil|Ecrit pour TF1|2016-07-09T20:50:55.149Z, mis à jour 2016-07-09T21:05:33.571Z

Couvé par l'Uruguayen Martin Lasarte, celui qui l'a lancé en pro à la Real Sociedad en 2009, Antoine Griezmann s'est imprégné de la culture sud-américaine pour se développer en tant que sportif.

Avant d’exploser avec l’Atlético de Madrid et de devenir le meilleur buteur de l’Euro 2016 avec l’équipe de France, et de surtout terrasser l’Allemagne championne du monde en titre au Vélodrome (2-0), Antoine Griezmann a connu une trajectoire cabossée en France où les portes du professionnalisme se sont refusée à lui dès l’âge de 14 ans. Lyon, Metz, son physique trop fragile lui a coûté une porte d'entrée dans les meilleurs centres de formation.

Repéré par la Real Sociedad lors d’un tournoi en 2005, le natif de Mâcon a rapidement quitté l’Hexagone pour faire ses classes avec le club basque, plus ouvert que l’Athletic pour ouvrir son centre de formation à des jeunes. Après deux saisons en réserve, Griezmann a finalement gagné le droit de rejoindre l’équipe première qui évoluait en Liga Adelante.

Lasarte : « Mais qu’est-ce qu’il va devenir, à tout juste 19 ans ? »

Lancé et par l’Uruguayen Martin Lasarte, le même technicien qui avait lancé Luis Suarez au Nacional, le Français a gagné sa place dans le groupe pro lors d’un match amical de pré-saison où il avait dû remplacer trois joueurs de la réserve et un de ses coéquipiers en équipe de jeunes. Un concours de circonstances qu’il avait su prendre à son avantage. Le Grand saut ne lui avait pas fait peur.


« Au bout de quatre rencontres, il s’était imposé et avait mis le titulaire qui jouait sur l’aile gauche (Jonathan Estrada, un Colombien) sur le banc de touche », racontait en 2015 au journal El Pais, Martin Lasarte, qui a construit le joueur qu'est devenu Griezmann, très imprégné de la culture sud-américaine et particulièrement de celle de l'Uruguay. Il l'a également remis dans le droit chemin quand le Français a eu du mal à encaisser le rythme de la Liga à la mi-saison 2010/2011. Obligé de convaincre lors des dix dernières rencontres de la saison pour prolonger, le Maconnais avait précieusement écouté les conseils de son mentor et de Claudio Bravo, le portier du club basque pour convaincre les dirigeants de le conserver. Mission réussie. Lasarte avait d'ailleurs fait des pieds et des mains pour que le Français écoute ses conseils, n'hésitant pas à lui administrer des séances d'entraînement personnelles.

Couvé à la Real Sociedad, Griezmann en a tiré une personnalité

«Quand les choses ne lui convenaient pas, on commençait à apercevoir son caractère de révolte qu’ont tous les jeunes. Mais lui il se calmait aussitôt, s'est souvenu Lasarte dans un entretien donné au Mundo Deportivo. C’était une époque où on discutait beaucoup d’un possible départ de la Real. Je me disais : « Mais qu’est-ce qu’il va devenir, à tout juste 19 ans ? Je lui ai beaucoup transmis concernant comment faire les bons choix, savoir choisir ses jours et ses moments. C’est une parfaite symbiose entre une figure paternelle et celle de l’entraîneur. »

Lasarte a même dépassé son simple rôle de coach, il a joué les papas poules. « On a effectué le travail qu’il fallait faire pour le protéger. Il venait dîner à ma maison et je lui montrais de vieux matches. Je pense que ça l’a ennuyé au bout d'un moment, s'est souvenu le technicien au MD en 2015. On parlait beaucoup de football. On mangeait souvent dehors. C’était une manière de le former et de le protéger. Il était si jeune et il fallait plus le préserver lui qu’un autre. Le vestiaire a également joué un rôle important dans son développement. Surtout les capitaines, Mikel Aranburu, Mikel Labaka, Xabi Prieto et Claudio Bravo, qui lui avaient tous tendu la main.»

Ailier de formation, reconverti en 9,5, voire même en attaquant, Antoine Griezmann a ensuite été retravaillé par l'exigeant duo Diego Simeone - Cesar Ortega, le préparateur physique du club madrilène. Si sa première saison à l'Atlético - plutôt productive en terme de buts - a été celle des hauts et des bas, elle a servi de tremplin à l'international français : « pour devenir un homme » selon les propos mêmes de Simeone, qui a insisté pour que Griezmann change son comportement sur le pré.

Plus qu'un simple ailier aux yeux de Simeone

Le technicien de l'Atlético de Madrid a également modifié la position de son joueur pour lui donner les clés de l'axe. Une position où il brille avec les Bleus lors de cet Euro 2016.  « Je considère qu'il est beaucoup plus complet qu'un simple ailier. Nous en parlons, il est d'accord pour se livrer davantage afin de continuer à grandir et nous devons exploiter toutes ses caractéristiques : les changements de direction, les diagonales courtes, le jeu entre les lignes, le jeu dos au but et un bon tir à mi-distance », expliquait prophétiquement Simeone en octobre 2014 lorsqu'il avait mis le chantier en place. Un an et demi après, Griezmann est devenu le porte-flingue de son Atlético, finaliste malheureux de la finale de Ligue des champions jouée à Milan (défaite face au Real Madrid, 1-1, 5-3 tab).

Griezmann n'est pas qu'un joueur d'accélération, il a également un profil de rupture qui convient tout à fait à son nouveau rôle axial dans le milieu à trois de l'Atlético ou l'attaquant à deux pointes de Simeone. Hasard du destin, cette faculté à jouer dos au but, Griezmann l'a apprise et développé avec... Carlos Bueno. Venu jouer à la Real Sociedad lors de la première saison de « Grizi » à San Sebastien, l'Uruguayen, passé avec fracas par le PSG en 2005-2006, est celui qui a transformé le petit français en un véritable joueur de la Céleste. Un joueur polyvalent et complet.

Lasarte : « J’étais convaincu qu'il réussirait»

« Il était très ami avec Bueno. Il avait le sens de l’anticipation et un jeu dans les airs qui était utile lorsque l’équipe dépassait la ligne médiane, soulignait Lasarte à El Pais l'an dernier. Il a pris de Bueno sa façon de protéger son espace aérien avec les bras et les coudes lorsqu’il prend une impulsion. Il s’était tellement amélioré qu’on lui avait demandé de venir défendre sur les corners. Et il l’avait fait. »

« J’avais eu une question lors d’une conférence de presse où on m’avait demandé si Antoine était prêt pour évoluer en première division. J'avais dit que oui. Il a pu commettre quelques erreurs de jeunesse, mais il a toujours eu cette insolence et beaucoup de personnalité. On ne paye pas 30 millions d’euros pour savoir s’il va marcher tout de suite lors de la première année. Si on le fait, c’est qu’on en est convaincu. Vu la façon dont joue l’Atlético de Madrid, il n’y avait encore chance qu’Antoine ne marche pas. Il semblait évident que Simeone allait le faire beaucoup travailler. En plus de ça le « Profe Ortega » travaille également très bien. A un moment, il n’a pas travaillé et cela a été le seul moment où je me suis dit qu’il ne pourrait pas réussir. Mais j’étais  absolument convaincu qu'il réussirait. » 








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