Uruguay-France : Óscar Tabárez, l'architecte du renouveau de la Celeste

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Oscar Tabarez Uruguay France
Par Yohan ROBLIN|Ecrit pour TF1|2018-07-04T14:45:13.911Z, mis à jour 2018-07-04T15:14:46.654Z

À la tête de la Céleste depuis 2006, une éternité à un tel niveau, Óscar Tabárez a su replacer l'Uruguay sur la carte des nations qui comptent. À l'heure d'affronter la France en quarts de finale de la Coupe du monde ce vendredi (à 16h sur TF1), le travail de longue haleine du sélectionneur de 71 ans est érigé en exemple dans son pays et dans le milieu du football.

Rare sont ceux qui vous font aimer le football avec les mots. Óscar Tabárez en fait partie. Surnommé "El Profesor", pour son autre vie de maître d'école, plus jeune, il use régulièrement de son aisance oratoire en conférence de presse. Ainsi, le sélectionneur de l'Uruguay a pour habitude de disserter avec ardeur et appétit. Amoureux du ballon rond et des belles lettres, le septuagénaire a la Céleste chevillée au corps. 

À 71 ans, "El Maestro" - son autre surnom - dispute sa troisième Coupe du monde sur le banc des champions du monde 1930 et 1950, la troisième de suite pour le pays d'Amérique latine, fait inédit depuis plus de 40 ans. En cas de victoire contre la France ce vendredi 6 juillet (à 16h en direct sur TF1 et en live commenté sur LCI), il hisserait la sélection uruguayenne en demi-finale d'un Mondial pour la deuxième fois après 2010.

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Reconstructeur du football uruguayen

Une réussite qui n'est pas le fruit du hasard. En poste depuis l'après-Mondial 2006, Tabárez approche les 200 matches dirigés après une première expérience à la tête de la Céleste entre 1988 et 1990. Appelé en urgence au chevet d'une sélection en déliquescence, prisonnière de son glorieux passé avec ses deux titres olympiques consécutifs (1924 et 1928) et deux Coupes du monde (1930 et 1950), l'ancien instituteur a contribué à moderniser et à professionnaliser le football uruguayen, longtemps livré à lui-même et pas loin d'être laissé à l'abandon. 

Un projet sur lequel il a travaillé en profondeur plusieurs années. "On était une grande puissance du football (...) mais on a perdu le fil qui nous permettait de transmettre le football de génération en génération. J'ai beaucoup réfléchi à ça, comment ramener l'Uruguay sur la carte du football mondial, malgré ses limites démographiques. Et je crois que ces dernières années, on a réussi", confiait le sélectionneur à la veille du match contre le pays-hôte, la Russie (3-0). Avant d'ajouter : "L'Uruguay est un pays où le football fait partie de la culture nationale". 

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Une légitimité à toute épreuve

Dès sa seconde prise de fonction en 2006, Óscar Tabárez a opéré une révolution à tous les étages du football uruguayen. Pour ce faire, il a puisé dans ses méthodes d'éducation. En premier lieu, "El Maestro" a conservé l'ADN de l'Uruguay, fondé sur la "Garra Charrúa", cet état d'esprit hérité des Indiens, à savoir être une équipe qui ne lâche jamais rien et qui est prête à toutes les sacrifices pour gagner. Il a ensuite supervisé toutes les sélections, des moins de 15 ans aux à l'équipe première, et a imposé des règles de base à suivre dès le plus jeune âge. 

Après cet audit de toutes les structures du pays, le natif de Montevideo en est arrivé à la conclusion suivante : tout futur sélectionné chez les A doit s'aguerrir chez les jeunes, et dès qu'il le peut en Europe, avant de goûter à l'équipe nationale. Une méthode poussée à l'extrême. Il n'est ainsi pas étonnant de voir que 21 des 23 joueurs uruguayens présents en Russie sont passés par les petites classes, avec pour résultats une finale du Mondial en 2013 et un Sudamericano en 2017 chez les U20. Autres conséquences mémorables de son travail de longue haleine : une demi-finale de Coupe du monde en 2010 et la Copa America remportée en 2011.

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S'il a mis du temps à entrer dans les cœurs du peuple uruguayen (il a lui-même confié avoir failli prendre la porte plusieurs fois en 12 ans, ndlr), sa longévité à un tel niveau d'exigence impressionne et son travail inspire le respect. Dans l'équipe actuelle, seuls Diego Godin, Maxi Pereira et Cristan Rodriguez ont connu un autre sélectionneur que lui. Malgré les changements qu'il a pu connaître au fil des années dans son effectif, sa légitimité n'a pas perdu en intensité tandis que son autorité n'a jamais été bafouée au sein même de son groupe.

Diminué par la maladie de Guillain-Barré, une neuropathie qui touche les muscles et l'oblige à se déplacer avec une béquille ou en chaise roulante, Óscar Tabárez a toujours fait passer l'Uruguay avant sa propre personne. Comme s'il était à lui seul le garant de la "Garra Charrúa", cette force de mentale de tous les instants. 

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