Trois questions pour comprendre un peu mieux le foot uruguayen

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Suarez Godin Uruguay
Par Emmanuel BOUSQUET|Ecrit pour TF1|2018-07-06T12:09:59.975Z, mis à jour 2018-07-06T12:10:08.878Z

Un peu plus de 3 millions d’habitants et des footballeurs en pagaille, parmi les plus coriaces de la planète. L’adversaire des Bleus, en quart de finale de la Coupe du monde vendredi (16 heures sur TF1), s’est construit sur une histoire singulière à l’ombre des géants brésiliens ou argentins, avec des traits de caractère qui le sont tout autant. On en parle avec Pierre Arrighi, Franco-uruguayen et historien de la Celeste.

Le foot uruguayen fascine Antoine Griezmann, autant qu’on le redoute alors que, vendredi (16 heures), la Celeste se dresse devant les Bleus en quart de finale de la Coupe du monde. Et jamais dans l’histoire du Mondial, l’équipe de France n’est parvenue à l’emporter (ni en 1966, ni en 2002 et pas plus en 2010). Pierre Arrighi, spécialiste franco-uruguayen de la sélection nationale nous parle d’elle.  

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Comment s’est forgé le football uruguayen ? 

"Ça commence en 1901, bien avant les premières confrontations internationales officielles en Europe, les Argentins et les Uruguayens traversent le Rio de la Plata pour s’affronter régulièrement jusqu'à 15 fois par an. Petit à petit, le style de l’Uruguay se différencie. L’Argentine produit très vite beaucoup de techniciens tandis que l’Uruguay, un pays plus petit mais plus démocratique, intègre rapidement les meilleurs joueurs, qu’ils soient de couleur, issus des milieux populaires ou de l’élite. Et ça, c’est révolutionnaire dans une zone où, au Brésil, en Argentine ou encore au Chili la discrimination, raciale ou sociale, reste très forte. Aussi, pour contrer la supériorité technique, l'Uruguay déploie un système défensif dont le but avoué est d'empêcher le développement du jeu adverse: marquage serré, mépris du jeu-spectacle, contre-attaque surprise. On dit alors: 'L'Argentine domine. But uruguayen'." 

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Quelle est la spécificité du foot pratiqué par la Celeste ? 

"Jusqu’à la moitié du XXe siècle, les Uruguayens règnent sur le foot sud-américain (les fameuses 4 étoiles : deux "tournois olympiques mondiaux" en 1924 et en 1928, deux coupes du monde en 1930 et en 1950) grâce à des types qui n’étaient pas forcément des génies mais qui avaient un très fort caractère, un sens aigu du collectif, et pratiquaient l'autogestion tactique, souple et créative, au cours même de la partie. Ainsi, l'Uruguay gagne ses quatre étoiles sans véritable entraîneur. Ce jeu mental intègre, c'est vrai, l'apport d’entraîneurs hongrois qui dirigeaient certains clubs de la capitale. Si aujourd'hui l’Uruguay produit moins de joueurs 'intellectuels' qu'avant, certaines figures (Godin, Forlan, par exemple) sont de vrais capitaines-penseurs de jeu. Ils savent que pour gagner un match il n'est pas nécessaire d'être meilleur : qu'il s'agit avant tout de survivre et d'exploiter, le moment venu, l'erreur de l'adversaire. La consigne, la même, est toujours là: 'avec moins, faire plus'. Dans le fond, la 'garra' c'est ça."

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En équipe d'Uruguay, c’est qui le patron ?

"Le sélectionneur Oscar Tabarez est dans la lignée de ceux qui l’ont précédé à la tête de la Céleste : il est discret avec un pouvoir limité sur les joueurs. Il prépare mais dit toujours : 'L'histoire, ce sont les joueurs qui l'écrivent sur le terrain'. Il consulte beaucoup Cavani, Suarez et Godin, les cadres. Le 'chef' qui se détache, c’est Godin, dans une moindre mesure que Forlan mais plus que ne l’était Diego Lugano."

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