De Maubeuge au Mondial russe, l'ascension fulgurante de Benjamin Pavard

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Par Allan DELAMOTTE |Ecrit pour TF1|2018-07-01T13:37:23.461Z, mis à jour 2018-07-01T13:38:15.815Z

A 22 ans, Benjamin Pavard a surpris son monde samedi face à l'Argentine (4-3) en inscrivant une superbe frappe du droit, permettant l'égalisation française à 2-2. Titulaire à droite de la défense au détriment de Sidibé, le natif de Maubeuge a connu un parcours atypique.


Pour Benjamin Pavard, le conte de fées est total. Appelé pour la première fois en Bleu le 2 novembre 2017 dans l'anonymat complet, le défenseur de Stuttgart s'est très rapidement fait un nom en équipe de France, au point de débuter le Mondial dans la peau d'un titulaire, au détriment de Djibril Sidibé, pourtant bien placé pour démarrer dans le onze de Deschamps. Reconnu pour son sens du placement et ses qualités défensives, Pavard a montré une nouvelle facette de son talent samedi face à l'Argentine en huitième de finale de la compétition. 

 Servi par Lucas Hernandez à 20 mètres du but, sur l'aile droite, le joueur de 22 ans a décoché une frappe lumineuse de l'extérieur du droit qui a fini sa course dans la lucarne droite d'Armani, impuissant. Interrogé dans Téléfoot ce dimanche sur son but, Pavard n'en revient toujours pas : "J’ai même pas dormi une minute, je suis encore sur un petit nuage. Marquer en Coupe du monde c’est énorme, je ne réalise pas encore. Je regarde en boucle les images de mon but, en plus c’est celui qui permet d’égaliser. On a montré qu’on était une grande équipe."

Un défenseur complet

Pour Didier Deschamps, ce genre de geste effectué par Pavard n'est pas surprenant : "Il est très adroit dans cet exercice (ndlr : les frappes de loin). A l’entraînement, il est capable de faire ce genre de gestes. Il a des bonnes positions pour frapper. Même si c’est un très bon défenseur, il est capable de faire de belles choses offensivement."

Nouveau dans ce groupe France, le milieu défensif de formation a été bien accueilli par ses nouveaux coéquipiers : "Tout le monde me met en confiance, que ce soit les joueurs, le staff. Je pense que cela s’est vu sur ce but" a-t-il expliqué toujours au micro de Téléfoot. Questionné sur le but latéral droit ce dimanche en conférence de presse, Antoine Griezmann a salué le geste, particulièrement difficile à réaliser : "C’était une frappe parfaite. Tu peux en faire 10 comme ça, il y en a 9 qui partent en tribunes. Celle-ci est partie pleine lunette et c’était vraiment un beau geste et un beau but."


Discret mais efficace

Idem pour Florian Thauvin, qui ne tarit pas d'éloges sur l'ancien Lillois : "Il a marqué un but exceptionnel hier, un but important. Personnellement, c’est la première fois que je le vois faire une frappe comme ça mais j’avais déjà remarqué qu’il avait de bonnes qualités de finition à l’entraînement. Benjamin, c’est un très bon garçon, un garçon humble, il est là, il fait son petit bout de chemin, il dérange personne, il respecte tout le monde. On est vraiment contents et fiers de l’avoir avec nous et il démontre toutes ses qualités pendant cette compétition, je lui souhaite plein de bonnes choses."

Nageant en plein rêve, Pavard a pourtant connu des moments difficiles dès son plus jeune âge, notamment lors de sa formation. "On a fait beaucoup de sacrifices. Je suis entré à l'internat à l’âge de 10 ans, ils ont fait beaucoup d’efforts, beaucoup de kilomètres pour moi, je les remercierai jamais assez" a-t-il déclaré au micro de TF1, ému aux larmes après un message de félicitations de ses parents. Né à Maubeuge le 28 mars 1996, Benjamin a baigné dans le foot dès ses premiers pas. Son père, Frédéric, a évolué pendant un temps en National, avec le club de Maubeuge. A neuf ans, il est repéré par Lille et Lens mais opte pour les Dogues afin de poursuivre sa formation.

->> VIDÉO - Séquence émotion quand Pavard pleure dans Téléfoot

Éxilé à 20 ans

Dès ses débuts en Ligue 1, en janvier 2015, le joueur montrait une maturité impressionnante. "Il avait beaucoup d’aplomb, de caractère, de personnalité. Il tentait des choses difficiles. Ça pouvait passer pour de la suffisance vu de l’extérieur. Mais il était mature, réservé, à l’écoute" se souvient celui qui l'a lancé en professionnel, René Girard, interrogé dans Libération. Après une seule saison en Ligue 1, Pavard quitte la France à seulement 20 ans. Acheté cinq millions d'euros par Stuttgart, ce changement radical a été difficile à digérer dans un premier temps : "Pas facile de quitter ses parents, il faut se débrouiller seul pour tout et il y a la langue. J’ai quitté Lille avec l’habitude de ne pas me livrer à fond durant les entraînements."

A Stuttgart, Pavard a appris à être intraitable défensivement, notamment grâce à son coach Hannes Wolf : "J’ai fait l’apprentissage de la rigueur : 'Tu es une machine, tu dois tout donner chaque minute qui passe, il y en a d’autres pour prendre ta place.' Il m’a aussi appris à éliminer les gestes qui ne servent à rien, pour ne pas mettre l’équipe en danger." Une consigne qu'il a également appliqué en équipe de France, pour le plus grand bonheur de Didier Deschamps.

en savoir plus : Coupe du Monde 2018 : France - Argentine