Il fera ses adieux après France-Croatie : Philippe Tournon, les Bleus au cœur

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Philippe Tournon Chef Presse France
Par Yohan ROBLIN|Ecrit pour TF1|2018-07-15T09:12:24.422Z, mis à jour 2018-07-15T09:12:28.382Z

Ce vendredi, à deux jours de la finale de la Coupe du monde, le chef de presse des Bleus Philippe Tournon a reçu un hommage appuyé de Matuidi et Griezmann. À bientôt 75 ans, cet ancien journaliste à L'Équipe en poste depuis 1983 s'apprête à vivre son dernier match avant la retraite. TF1 vous dresse le portrait d'un personnage (de l'ombre) attachant et emblématique.

Il est le Bleu le plus capé de l'histoire de l'équipe de France. Dimanche 15 juillet, à Moscou, Philippe Tournon va vivre sa 337e et dernière sélection. À bientôt 75 ans, c'est lui l'homme que vous voyez ou entendez lors des conférences de presse de Didier Deschamps et des joueurs avant et après chaque rencontre des Bleus. 

Toujours affublé de son survêtement officiel, c'est lui qui désigne - stylo à la main et cahier à spirale sous les yeux - les journalistes qui auront le droit de poser leur question. L'inoxydable chef de presse, en poste depuis 1983 (presque) sans interruption, va prendre sa retraite une fois passée la finale de la Coupe du monde entre la France et la Croatie au stade Loujniki (à 17h en direct sur TF1 et en live commenté sur LCI).

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Avec l'équipe de France, le natif de Montauban a tout vécu. Il a vu passer 9 sélectionneurs et 253 joueurs en 35 ans de métier, restant tout au long de ces années attaché à son téléphone et aux SMS plutôt qu'aux mails. Entré en 1983 à la Fédération française de football, à la demande conjointe de Fernand Sastre et Michel Hidalgo, respectivement président de la FFF et sélectionneur de l'équipe nationale, l'ancien journaliste à L'Équipe, devenu le grand manitou de la com' des Bleus, a connu les triomphes aux Euros 1984 et 2000 et à la Coupe du monde 1998. Tout le monde a en tête l'image de Luis Fernandez lui tombant dans les bras après son tir au but décisif à Guadalajara en 1986. Il a aussi des moments moins reluisants avec la tunique tricolore. On pense au France-Bulgarie de 1993 et à l'élimination au premier tour du Mondial 2002 co-organisé par la Corée du Sud et le Japon.


Une vie (quasiment) tout en Bleu

Au fil du temps, Tournon s'est mué en homme de confiance des sélectionneurs. Michel Hidalgo, Michel Platini, Gérard Houllier, Aimé Jacquet, Roger Lemerre et Jacques Santini, tous se sont reposés sur ses compétences, lui prêtant régulièrement une oreille attentive. Mis sur la touche par Raymond Domenech en 2004, il ne participe pas la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud, période qui coïncide avec l'épisode du bus de Knysna. À ce jour, l'une des pages les plus sombres de l'histoire du foot français. Cette débâcle précipitera son retour aux affaires. Six ans après avoir pris sa retraite, l'ancien chef de presse est rappelé par Laurent Blanc. Il se voit alors confié la mission d'apaiser les relations entre l'équipe de France et les médias, qui se sont alors dégradées. 

"J'ai commencé à le fréquenter et à travailler avec lui dans un moment singulier. Il a repris sa place et j'ai perdu la mienne quelques jours après le retour d'Afrique du Sud", se souvient pour TF1 François Manardo, son successeur de 2008 à 2010, aujourd'hui consultant pour RMC Sports. "Évidemment, il était dans l'empathie parce qu'il avait vécu cette situation en 2004. Quand j'ai senti que cet homme partageait ma situation et la comprenait, je me suis glissé dans une collaboration intelligente avec lui. Humainement, le courant est très bien passé." En 2012, après un Euro raté, Laurent Blanc est remplacé à la tête de la sélection par un autre "Bleu de 98" en la personne de Didier Deschamps. "DD", que Philippe Tournon connaît bien, lui demande de rester, ce qu'il accepte volontiers.



Philippe Tournon France Chef Presse


Sous l'ère Deschamps, le chef de presse est convié à jouer les prolongations. Mais, en 2014, l'idée d'une retraite après le Mondial lui traverse alors l'esprit. "Dans ma tête, c'était assez écrit, finir au Brésil, ce sera magnifique", racontait-il à VL Média. "Avant la Coupe du monde, Didier m'a convoqué dans son bureau. Il me fait : 'Tu veux arrêter ? Mais attends, tu es en pleine forme, tu as recréé une bonne ambiance avec les médias. Non, l'Euro en France, tu le fais avec nous'". Il le convainc finalement de poursuivre l'aventure jusqu'au Mondial 2018.

"Un personnage des Tontons Flingueurs"

Très respecté des joueurs et du staff des Bleus, Philippe Tournon animait ce vendredi 13 juillet son avant-dernière conférence de presse. Blaise Matuidi lui a rendu un hommage appuyé. "Je tiens à le remercier. On se connaît depuis maintenant huit ans. On a passé beaucoup de temps ensemble. Il était là pour me remonter les bretelles à chacun de mes retards", s'est amusé le milieu des Bleus. "Il a été une part important dans le projet de l'équipe de France durant toutes ces années." Quelques minutes plus tard, Antoine Griezmann a remis le couvert. "Fifi, c'est notre petit grincheux. Il est très bon dans ce qu'il fait. C'est un chouette type", a-t-il égrené. Des mots qui ont touché l'historique chef de presse, qui s'est éclipsé peu après avoir adressé un baiser en direction de l'assistance. 


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Un geste rare de la part du Montalbanais, qui nous a habitués à agir dans l'ombre. D'ailleurs, peu sont à le connaître. Comment est-il en dehors des quelques minutes où on peut l'apercevoir à côté du sélectionneur et des stars de l'équipe de France ? "Il me fait penser à un personnage du film Les Tontons Flingueurs de Georges Lautner. Si vous le mettriez avec Lino Ventura, Bernard Blier... il ne détonnerait pas. C'est un personnage truculent", nous assure François Manardo. "Professionnellement parlant, j'ai tout de suite vu il connaît toutes les ficelles. Philippe dans la maîtrise de son sujet, ça dépasse le cadre du réseau. Il a une culture de l'équilibre très délicat à trouver qui n'a pas d'équivalent. C'est quelqu'un qui sait jouer les équilibristes, sans jamais être déloyal ou se compromettre. Il sait toujours où est la mesure. Il a un sens qui est l'autre, le joueur, le sélectionneur ou le journaliste, qui n'a pas d'équivalent. Il n'y a pas d'école pour ça." Dimanche, Philippe Tournon sera une dernière fois sur le banc des Bleus, avec l'espoir de décrocher lui aussi sa deuxième étoile après 1998.

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