Le jour où Rakitic a choisi la Croatie

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Coupe du monde de la FIFA 2018 - Argentine - Croatie : Le match quasi parfait d'Ivan Rakitic
Par Amandine REBOURG|Ecrit pour TF1|2018-07-13T16:00:30.795Z, mis à jour 2018-07-13T16:17:31.746Z

Dans "The Player's Tribune", Ivan Rakitic raconte son enfance de fils de réfugié en Suisse et pourquoi il a choisi de porter le maillot croate.

Il arrive parfois que le sentiment d'appartenance à un pays soit plus fort que celui dans lequel vous êtes né. Ivan Rakitic, milieu de terrain de l'équipe croate et joueur du FC Barcelone fait partie de ses personnes. Né à Rheinfelden, dans le canton d'Argovie (Suisse), de parents croates réfugiés, le jeune trentenaire bénéficie de la double nationalité. Après avoir fait ses gammes au sein de la Nati, dans les catégories jeunes, et après avoir étrenné ses premiers galons de joueur pro au FC Bâle,  il choisit de porter le maillot à damier en 2007. Un choix qu'il assume sans problème ou presque. Certains adresseront pourtant des menaces de mort à sa famille, l'accusant d'anti-patriotisme et il se retrouvera au centre d'un thème de campagne d'un parti helvétique bien à droite. Ce choix de porter le maillot des Flamboyants, il s'en explique dans <em>The Player's Tribune</em>ce site qui donne la parole aux sportifs en personne, comme l'avait déjà fait Romelu Lukaku durant ce Mondial.

Mes parents ont perdu beaucoup de gens qu'ils aimaient

Enfant de la guerre, ses parents ont fait le choix de quitter l'ex-Yougoslavie en 1991, lorsque la guerre a éclaté. "La Croatie que mon frère et moi connaissions était celle qui nous voyions à la télévision et dans les photos que mes parents nous montraient", écrit-il. "Enfant, c'était difficile de comprendre ce qu'il se passait dans les Balkans. Mes parents n'en parlaient jamais (...) Je me rappelle simplement que parfois, ils pleuraient lorsqu'ils avaient quelqu'un en Croatie au téléphone (...) Beaucoup d'amis et de personnes de notre famille ont dû rester là-bas et mes parents ont perdu beaucoup de gens qu'ils aimaient", raconte-t-il dans cette touchante tribune. Puis d'expliquer qu'à l'âge de 4 ou 5 ans, à la suite d'un reportage à la télévision, il a vu des images de cette guerre. "Je me suis allongé cette nuit-là, en me demandant comme on en était arrivé là ?"

En Croatie, une équipe nationale est née bien avant la proclamation de l'indépendance du pays. Signe selon lui, du poids et de l'importance de ce jeu, "alors quand mon père a pris un couteau et a ouvert cette boîte pour en sortir deux maillots de football croates pour mon frère et moi ... c'était très puissant. Ouais, nous faisons partie de ça aussi (...). La plus grande part de mon cœur appartient à la Croatie. Cela a toujours été comme ça", analyse-t-il. Alors en 1998, lorsque le pays dispute sa première Coupe du Monde de l'histoire, il se souvient de tout. De sa tenue, avec le maillot croate sur les épaules aux réponses de son père quand il posait des questions : "On en parle après. Maintenant, regarde le match", confie-t-il. 

Le choix du maillot à damier 

Ce ne sera qu'un peu plus tard, que le choix de la couleur du maillot se fera. "Pour être honnête, il fut un temps où je pensais que je ne jouerais jamais pour personne d'autre que la Suisse. Je ne pensais pas que c'était possible. Je jouais pour la Suisse. C'était mon équipe. Mais il y a dix ans, Slaven Bilić et le président de la Fédération croate de football sont venus me voir jouer à Bâle. Nous nous sommes rencontrés après pour parler. "Bilić était un de mes héros, il ne m'a jamais mis aucune pression. Il m'a juste expliqué comment il voyait l'équipe et je voulais en faire partie", poursuit-il. Comment a-t-il annoncer à ses parents qu'il avait décidé de défendre les couleurs de leur pays d'origine ? Avec une blague. "Je continuerai à jouer pour la Suisse", lance-t-il à son père. "Oh" lui répond le paternel, pas totalement satisfait de la tournure qu'a pris le dilemme. La blague tourne court quand, dans un sourire, Rakitic lui révèle le choix qu'il a fait : "Je vais jouer pour la Croatie (...). Les larmes ont commencé à remplir ses yeux et il a commencé à pleurer. Je pense beaucoup à mon père et quand je rentre sur le terrain pour la Croatie", écrit le coéquipier d'Umtiti au Barça... Si on ne connait pas encore l'issue de cette finale de Coupe du Monde, on sait désormais comment elle va s'entamer : par une pensée pour son père. 

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