Un coach mental au chevet des Bleues : l'idée novatrice de Diacre

COUPE DU MONDE 2019 - Pour préparer et vivre au mieux la Coupe du monde à domicile de l'équipe de France, Corinne Diacre a intégré un coach mental dans son staff. Une pratique pas si courante.

L'équipe de France aidée par un coach mental

C'est inédit dans l'histoire des équipes de France. Les Bleues, toujours à la recherche de leur premier grand titre, comptent dans leur staff un préparateur mental, Richard Ouvrard, qui a déjà œuvré auprès des handballeuses championnes du monde puis d'Europe.

Dans l'organigramme, la Fédération française le présente comme "optimisateur de la performance". Dans les faits, c'est un "coach mental qui aide les joueuses à formaliser des choses pour que le groupe vive mieux", décrit la sélectionneuse Corinne Diacre.

Interrogé par l'AFP, ce spécialiste de préparation mentale, responsable pédagogique d'un master à l'INSEP (Institut national du sport) veut "éviter toute illusion ou fantasme sur une méthode exceptionnelle ou miraculeuse."

Le natif de Nantes, 56 ans, évoque un "artisanat qui peut se pratiquer de façon formelle avec des rendez-vous réguliers individuels ou avec le groupe des joueuses (...) et de façon informelle aux repas, aux entraînements, aux réunions techniques avec les joueuses où j'observe, j'évalue, je questionne, je partage".

Richard Ouvrard cultive depuis de nombreuses années un joli carnet d'adresses chez les sportifs français. Parmi ces champions, on compte le triple champion olympique de canoë Tony Estanguet ou les anciens nageurs Alain Bernard, Amaury Leveaux et Yannick Agnel.

On trouve aussi sa trace dans les archives de la fédération française de voile, qui lui remit en octobre 2012 une prime de 1.000 euros pour son rôle pendant les Jeux Olympiques de Londres quelques mois plus tôt.

"Son discours est positif"

Plus récemment, c'est auprès des handballeuses françaises qu'il s'est distingué. Ce sont les joueuses elles-mêmes qui ont réclamé un tel profil, en 2016, au moment du retour du sélectionneur Olivier Krumbholz. "Il est arrivé à une période de transition entre deux coaches. Ça a été une aide supplémentaire, une autre vision des choses. On s'était dit que ça pourrait être un plus pour franchir des étapes qui ne pouvaient pas se régler de manière handballistique", raconte à l'AFP la pivot Béatrice Edwige.

Avec lui, "c'est beaucoup de dialogue, de discussions, d'échanges. Son discours est positif, il nous dit 'qu'est-ce qui t'a permis d'avoir ce résultat-là', plutôt que 'ça, ce n'était pas bien'. Certains vont s'imaginer que c'est un gourou ou je ne sais quoi. Ce n'est pas du tout ça... Dans certaines réunions, il ne parle quasiment pas", témoigne la championne du monde 2017 et d'Europe 2018.

Fort de ses résultats, il a été sollicité par Corinne Diacre avant la Coupe du monde pour accompagner les Bleues du foot tout au long de la compétition. Les Françaises ne sont jamais parvenues à remporter le moindre grand titre et leur mental friable a parfois été évoqué par le passé, à tort ou à raison, pour l'expliquer.

Ces derniers jours, sans rentrer dans les détails, les joueuses ont évoqué sans tabou sa présence à leurs côtés. Que ce soit pour des entretiens individuels - "il y a des choses plus intimes qu'on aime partager avec une seule personne", dit la capitaine Amandine Henry - ou collectifs.

"Ça nous aide, ça nous réunit encore plus pour aller au bout dans cette compétition. Il faudra rester solidaire. Des moments comme ça, ça ne fait que nous fortifier, c'est bien", souligne l'attaquante Viviane Asseyi.

"A chacun son métier"

"C'est super important d'être en cohésion toutes ensemble, de penser les mêmes choses, d'avoir les mêmes objectifs. Des fois, on sait qu'on a les mêmes objectifs, mais se le dire, c'est une autre chose", insiste Henry.

La préparation mentale est assez peu répandue dans le foot français, contrairement à d'autres disciplines. "C'est un sport où il y a beaucoup de moyens, c'est un peu étonnant qu'on ne pousse pas la machine à son paroxysme dans un domaine comme celui-là", considère Olivier Krumbholz.

Selon lui, il y a "parfois un peu d'obscurantisme" dans le football français sur l'évolution du coaching, quand d'autres sports "réfléchissent à la manière de réaliser les meilleures performances et à la personnalisation du travail" de l'athlète.

Certains entraîneurs redoutent-ils de perdre leurs prérogatives ? "Je ne me suis jamais senti dépossédé de quelque chose", répond-il à l'AFP, en soulignant qu'il ne participe pas au travail effectué par le préparateur mental pour respecter toute "confidentialité".

"Moi, j'ai mes compétences, mais je connais aussi mes limites et j'ai envie de dire à chacun son métier", explique aussi Corinne Diacre. "Mais il n'est pas là pour gérer la pression, absolument pas. On n'a pas de pression. Jouer au football, c'est magnifique. Quand on voit tous les gens qui doivent se lever le matin pour aller à l'usine, on a beaucoup de chance".

Une pratique qui reste secrète

Les cas d'utilisation de coach spécialistes dans l'approche mentale sont plutôt rares dans le football, le rugby ou les autres sports collectifs. Ou en tous peu mises en avant par les clubs, les sportifs ou les fédérations recourant à ces méthodes. Ce qui a rendu l'initiative des joueuses de l'équipe de France féminine de handball plutôt innovante, ne serait-ce que pour son esprit d'ouverture. En France, le coach mental le plus connu reste Denis Troch. D'abord connu, comme entraîneur de football, l'homme à la moustache s'est ensuite tourné vers d'autres horizons.

L'ancien footballeur pro, qui a lancé sa propre structure en 2010 (H-Cort Performance), s'est d'ailleurs démultiplié ces derniers mois. Un passage du côté de l'Olympique de Marseille, englué dans une saison compliquée en 2018/2019, un autre par Montauban, qui a joué la relégation en Pro D2, avant de se sauver.

Il s'était aussi intégré à la formation cycliste Groupama-FDJ il y a cinq ans. Son approche de cet autre milieu avait été plutôt novatrice . Troch pensait que le mental n'avait aucune incidence sur la performance, mais sur les qualités même du coureur-sportif. En clair, un bon mental pouvait permettre à l'athlète d'exprimer au mieux ses qualités physiques, techniques et stratégiques.

Le cas Noah

Parmi les exemples les plus connus de coaching mental gagnant, il y a l'improbable union entre le Paris Saint-Germain et Yannick Noah en 1996. Engagé par Michel Denisot à l'époque, contre l'avis de l'entraîneur de l'époque, Luis Fernandez, le vainqueur de Roland-Garros 1983 s'était totalement fondu dans le paysage du club de la capitale lors du stage d'avant-finale de la Coupe des coupes 1996.

Dans un entretien donné à France Football, il y a trois ans, Bernard Lama avait expliqué que Noah n'avait pas emmené le PSG vers le succès. Mais qu'il avait permis à Paris d'arriver sur la pelouse du stade du Roi Beaudoin de Bruxelles avec de la décontraction et non de la tension. Un petit détail qui avait tout changé selon le champion du monde 1998.

"Il a permis de décontracter le truc, de relativiser et de se concentrer sur l'objectif. Il n'a pas fait grand-chose d'extraordinaire, mais il a parlé individuellement avec chaque joueur, il a fait le point, pris le pouls", avait expliqué Lama à FF. "Et puis le samedi soir, il a insisté pour qu'on sorte tous ensemble, dîner de l'autre côté de la frontière espagnole (...)"

Le cas Noah, qui a remis ça dans d'autres conditions avec l'équipe de France de Coupe Davis, vainqueur de la compétition fin 2017 à Lille, reste une exception en football. Mais en ne reniant pas la dimension mentale que représente une Coupe du monde à domicile, Corinne Diacre a peut-être compris le plus important. Le principal ennemi de ses joueuses, c'est leur cerveau.

AFP avec fin A.C

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