Melvil Poupaud : "Paul est un monstre avec un côté très humain"

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Melvil Poupaud
Par Karelle Bourgueil - TF1 PRO|Ecrit pour TF1|2018-08-23T08:48:29.800Z, mis à jour 2018-08-23T08:58:29.986Z

Alice Moreau, belle-fille d’un homme politique influent à Lyon a été assassinée. Le tueur, c’est Paul Brodsky, psychologue et père de famille aimant. Melvil Poupaud, pour la première fois à l’affiche d’une série télévisée, se glisse dans la peau de ce serial killer aux diverses facettes.

Quels éléments vous ont convaincu de tourner dans cette série ?
Dès la lecture du premier épisode, j’ai été très attiré par ce personnage qui m’a captivé jusqu’au dernier jour de tournage. C’est un rôle que je n’avais jamais interprété. Le développement de l’histoire sur plusieurs épisodes offrait plusieurs facettes à explorer car Paul Brodsky joue lui-même une infinité de personnages : un bon père de famille, un mari attentionné, un psychologue investi dans son travail, un serial killer…. Je n’avais jamais fait de série télé mais depuis quelques années, on assiste à son âge d’or en France. Ce genre prend une autre dimension et j’avais envie d’y participer. J’ai également apprécié l’exigence artistique du producteur  Jean-Benoit Gillig, qui m’a convaincu de faire ce projet. Il y avait une vraie ambition de cinéma.*

Comment décririez-vous Paul Brodsky ?
C’est un monstre avec un côté très humain. Paul est à la fois très tourmenté et en même temps attachant. Il est repoussant et diabolique mais conserve un côté enfantin. J’ai tenté de le rendre proche de moi et, à travers moi, de le rendre proche du public. J’avais envie que les téléspectateurs puissent s’identifier car, comme nous tous, il est multiple. Avec sa fille, Paul est un très bon père de famille. Quand il est au travail, c’est un psychologue à l’écoute de ses patients. Avec sa femme, c’est encore un homme différent. Mon but était de faire en sorte que chaque Paul Brodsky soit crédible et joué avec sincérité. Il dessine aussi. Il a un côté artiste. Il ne tue pas ses victimes au hasard et développe une certaine relation avec elles avant de passer à l’acte. Ce n’est pas un abruti et il fait même preuve d’une certaine intelligence. Les serials killers, que j’ai entendu s’exprimer dans des documentaires, sont souvent des gens très intelligents et très narcissiques. Paul Brodsky aussi se perçoit comme un être supérieur, c’est peut-être l’aspect le plus désagréable de ce personnage.

Que vous inspire cette histoire ?
Elle me subjugue car nous avons tous des zones d’ombre et un jardin secret. Certains cultivent une passion pour le train électrique, d’autres celle d’aller jouer au foot avec leurs copains et lui, c’est d’assassiner des jeunes filles d’un certain style ! Insoupçonnable montre que le concept d’identité est abstrait. Nous endossons tous plusieurs rôles dans la même journée. On est tous multiples. Le couple aussi occupe une place assez importante dans cette histoire. Certains devraient se reconnaître dans ce que vivent Paul et sa femme : les embrouilles, les moments de tendresse, le fait que l’on n’a pas forcément le temps de s’occuper l’un de l’autre parce qu’il y a les enfants, le travail, les activités diverses…

"J’ai fait quatre mois de culturisme avec un coach"

Comment vous êtes-vous préparé à interpréter ce personnage multiple ?
Dans la même journée, nous tournions des scènes d’épisodes différents. Je pouvais jouer le matin une scène où Paul Brosky était avec sa femme en bon père de famille et enchaîner sur une scène de crime. Le tournage est tellement long que l’on finit par vivre avec le personnage. C’est comme une cohabitation. C’est grâce à la transformation physique que je me suis le plus approprié le rôle. L’aspect serial killer n’est finalement pas l’essentiel. Plus que le côté psychologique du tueur en série, c’est le côté bestial et effrayant qui m’a interpellé et cela passait vraiment par la transformation physique. Je suis quelqu’un de plutôt fin et pas spécialement sportif. Il a fallu que je prenne du volume pour qu’une menace corporelle se dégage du personnage et aussi pour que je ressente une certaine puissance pendant les scènes de meurtre. Et ce fut le cas ! C’était à la fois troublant et fascinant. J’ai senti, peut-être pour la première fois de ma vie, que j’avais l’ascendant pour dominer quelqu’un.

En quoi a consisté cette préparation physique ?
J’ai fait quatre mois de culturisme avec un coach, Fred Mompo, champion de culturisme à très haut niveau. Cet entraînement de quatre séances par semaine était accompagné d’un régime. Ce fut radical ! Cette modification physique était plus forte que n’importe quel autre changement mental. J’étais en pleine possession de mes moyens et je pense que cela profitait au personnage.

"Les scènes de crime étaient très marquantes"

Gardez-vous à l’esprit le tournage de certaines séquences ?
Les scènes de crime étaient très marquantes parce que mes victimes ne réagissaient pas de la même façon. Certaines avaient peur, je le sentais dans leurs corps ou dans leur façon de se comporter. Cette frayeur était peut-être liée à des choses enfouies. D’autres filles prenaient ça tout à fait à la rigolade et m’encourageait même à y aller plus fort. C’était assez étonnant de voir comment dans des moments extrêmes les acteurs se comportent. Il y avait aussi des scènes assez émouvantes, notamment celles entre Paul et sa fille qui courent tout au long des épisodes. Enfin, les scènes de confrontation avec Chloé Fischer et les longs interrogatoires où Paul essaye de la manipuler mais où l’on ne sait finalement pas qui a le pouvoir sur l’autre étaient très intéressantes. Il y a un rapport de fascination entre ces deux personnages. Ils ont chacun leurs zones d’ombre. Ces face-à-face revêtaient une dimension particulière.

Quels sont vos projets ?
Je fais un spectacle musical avec Benjamin Biolay, Songbook, pour lequel nous partirons en tournée à partir de novembre dans toute la France avant de passer à l’Olympia au mois de février. Côté cinéma, j’ai joué dans Une jeunesse dorée avec Isabelle Huppert, en salles début 2019, et je viens également de finir un film sous la direction de François Ozon où j’interprète un père de famille, fervent catholique.