Itinéraire d'une maman braqueuse - Cécile Rebboah raconte l'histoire d'un "acte désespéré"

Itinéraire d'une maman braqueuse - Cécile Rebboah raconte l'histoire d'un "acte désespéré"
Cécile Rebboah interprète cette femme ordinaire qui finit par se laisser dépasser par la vie.

Un jour, alors que Laura rentre plus tôt chez elle, elle découvre son conjoint dans les bras d’une autre. Elle le quitte immédiatement et part avec ses deux enfants. Le début d’un long engrenage...

Pourquoi avoir accepté ce rôle ?
J’ai adoré le scénario ! Interpréter une héroïne qui sombre est génial pour une comédienne parce qu’il y a beaucoup à jouer. On m’a tout de suite expliqué que le scénario était librement inspiré d’une histoire vraie. J’ai fait des recherches sur internet. J’ai aussi regardé plusieurs documentaires sur le surendettement afin de comprendre le cheminement intérieur de ceux qui sombrent dans les difficultés financières sans savoir comment s’en sortir. J’ai remarqué qu’ils passent leur temps à faire leurs comptes avec angoisse et à recalculer frénétiquement les mêmes sommes toujours dans le rouge.

Avez-vous lu le livre de Rose-Anne Vicari dont est inspiré le scénario ?
Non, parce qu’il s’agit d’une adaptation assez libre. Je l’ai rencontrée lorsqu’elle est venue sur le plateau. Mais à aucun moment, je n’ai pensé que j’incarnais une personne réelle quand je jouais et je n’ai pas cherché à coller à sa personnalité. En plus, j’aime m’approprier un sujet. Ce qui m’intéressait avant tout, c’était de comprendre l’engrenage qui conduit au surendettement et, parfois, à la dépression.

Comment décririez-vous votre personnage ?
Laura est une femme ordinaire, une battante qui fait preuve d’une très forte joie de vivre. Suite à des histoires d’amour compliquées, elle se retrouve seule à élever ses deux fils et rapidement, elle a du mal à joindre les deux bouts. Elle travaille, mais son petit salaire ne lui permet pas de vivre correctement dans une grande ville. Elle essaye de s’en sortir mais s’enfonce chaque jour un peu plus. A bout de force, elle finira par braquer un bureau de tabac en bas de chez elle. Mais il s’agit d’un acte désespéré. En y allant un matin très tôt à l’ouverture, il était évident qu’il n’y aurait pas beaucoup d’argent dans la caisse. Son geste n’est rien d’autre qu’un appel au secours.

Elle croise pourtant la route d’un homme qui aurait pu l’aider…
C’est vrai, elle rencontre Alexandre et en tombe rapidement amoureuse. Au début, elle hésite à se rapprocher de lui à cause de ses problèmes mais elle finit par céder. Cette relation lui fait du bien et lui apporte un souffle d’air et de joie qui la sort de son quotidien compliqué. Alexandre est un gentil garçon auquel elle pourrait se confier mais elle ne lui parle pas de ses problèmes d’argent - comme à personne d’ailleurs -, parce qu’elle est d’abord dans le déni puis par honte. Laura refuse d’inspirer la pitié et veut rester indépendante. Elle cache donc sa situation jusqu’au moment où elle craque et finit par faire n’importe quoi.

Que vouliez-vous transmettre à votre personnage ?
Je ne voulais pas que Laura apparaisse comme une victime dès le début. Au contraire, j’avais envie d’en faire une battante, de lui apporter beaucoup de vitalité. Il y a d’ailleurs plusieurs passages amusants dans le film. Laura est une femme joyeuse, qui a envie de tomber amoureuse et qui aime ses enfants mais dont la vie bascule à un moment. C’était important pour moi de montrer qu’elle ne porte pas le poids du monde sur ses épaules dès le départ. Au contraire, je trouvais intéressant de créer un contraste, de montrer son évolution.

Quel regard portez-vous sur son histoire ?
Mon regard est forcément bienveillant. Je pense que tout le monde peut un jour perdre pied comme elle. Son histoire est finalement assez banale. Les femmes sont plus touchées par les problèmes de surendettement parce qu’elles se retrouvent plus souvent seules à élever leurs enfants et sont généralement moins payées que les hommes. C’est un constat malheureux mais réaliste de notre société. A la fin du film, le plaidoyer de l’avocat de Laura fait écho à des problématiques très actuelles. C’est super de faire un film pour en parler.

Aviez-vous déjà travaillé avec Medi Sadoun ?
Non, je ne le connaissais pas. J’étais vraiment contente de le rencontrer et il propose une interprétation très intéressante, faisant de son personnage un homme un peu maladroit et surtout très touchant. Car cette histoire est aussi celle de personnes très seules, qui se rencontrent et lient leur solitude. C’est aussi le cas avec la voisine de Laura, interprétée par Claire Nadeau. Les deux femmes deviennent amies et ont une belle complicité alors qu’au départ, tout les oppose. Pourtant, elles se comprennent dans la dureté de la vie, la solitude, le manque… J’avais déjà travaillé avec Claire Nadeau et c’était un plaisir de la retrouver pour jouer ce binôme.

Vous avez reçu un prix au dernier festival de la fiction TV de La Rochelle…
Je ne m’y attendais pas mais ça m’a fait super plaisir. Il y a quelques années, j’avais déjà reçu le prix de la meilleure interprétation féminine au Festival de Saint-Tropez, où avait lieu de festival de la fiction française avant La Rochelle. J’ai mis ma nouvelle statuette dans ma bibliothèque, à côté de la première.

Quels sont vos projets ?
J’ai repris le chemin du tournage des Bracelets rouges. Je vais aussi incarner un personnage assez complexe dans le troisième volet de Peur sur le lac.

Interview : Aurélie Binoist

Itinéraire d'une maman braqueuse - Lundi 11 novembre à 21h05 sur TF1