Koh-Lanta : Exclu. L'abandon de Brahma : "Je n'oublierai jamais ce que m'a dit Yassin"

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BRAHMA
Par Alexis Hache|Ecrit pour TF1|2017-04-14T21:50:51.682Z, mis à jour 2017-04-18T09:34:22.425Z

L'éducateur spécialisé du Val-d'Oise a pris une décision radicale en choisissant d'abandonner « Koh-Lanta : Cambodge ». Un choix qu'il ne regrette pas.

On dit toujours que ceux qui abandonnent Koh-Lanta finissent par le regretter. Vous avez des regrets aujourd'hui ?

Je n'ai pas du tout de regrets d'avoir abandonné. C'est une décision que j'ai mûrement réfléchie et en prenant du recul, en faisant le bilan de cette expérience, je me suis rendu compte que j'avais appris beaucoup de choses sur moi-même, sur ma vie et ma vision des choses. Ç'a été bénéfique, c'est pourquoi je ne regrette pas.

Qu'est-ce qui a eu raison de votre mental là-bas ?
C'est une accumulation de choses. Dans un premier temps, les conditions de survie sont difficiles, mais il faut aussi ajouter les conditions météo qui jouent sur le moral et la rupture avec les proches qui a été très difficile pour moi. Cette accumulation m'a fait craquer mentalement.

Ce manque de vos proches, vous l'avez ressenti d'un coup ?

Pendant 13 jours, j'ai tenu le coup. A partir du treizième jour, il y a eu comme une goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Je me suis mis à pleurer, je n'étais pas bien, j'ai eu une baisse de régime totale. Comme une voiture qui roulerait sur la réserve. Il me restait très peu d'énergie, mais j'ai quand même roulé sur la réserve jusqu'au seizième jour où je n'avais plus une goutte d'énergie. La voiture s'est arrêtée de rouler. 


Vincent vous avait surnommé « Jean-Michel Positif ». C'est dur de rester positif quand tout s'acharne ?
Vincent a parfaitement résumé mon personnage. C'est ma nature, mon état d'esprit, je ne sais pas faire autrement. Dans toutes les épreuves de ma vie, j'ai toujours vu le verre à moitié plein. Dans Koh-Lanta, malgré les conditions difficiles, j'ai toujours eu cette « positive attitude », jusqu'au treizième jour où j'ai perdu cet état d'esprit. Je pense que le fait d'avoir été positif pour moi-même et pour le groupe dans ces conditions très difficiles a puisé davantage dans mon énergie. Et je ne l'ai pas vu venir. 


Vous dites que votre abandon a été mûrement réfléchi. Est-ce que vous n'auriez pas dû faire en sorte que les Bleus votent contre vous la veille au conseil pour éviter de les pénaliser le lendemain ?
Ça faisait plusieurs jours que je pensais à faire ce choix et il était important pour moi de le dire à mon équipe. Ce que j'ai fait. Je leur ai dit, donc au moment du conseil, ils savaient que j'avais une grosse baisse de régime et que j'envisageais d'abandonner. J'ai pris le soin d'avertir l'équipe car je savais que ça l'impacterait directement. Après, chacun a fait son choix, peut-être ont-ils pensé que ça irait mieux le lendemain. 


Vous abandonnez juste avant le confort qui vous aurait peut-être permis de téléphoner à vos proches qui vous manquaient. Et en plus de ça, c'est l'épreuve de la boue dans laquelle vos cheveux longs auraient été un atout pour les Bleus...
Je pense en effet que j'aurais été une plus-value sur cette épreuve, si je n'avais pas tiré la boule noire ! Peut-être aussi que le coup de téléphone m'aurait reboosté, mais à ce moment-là je saturais. J'étais dans un état d'épuisement total. 


Vous comprenez les réactions des Bleus, qui oscillent entre tristesse et colère ?
C'était un cocktail d'émotions. Et bien sûr je peux les comprendre. J'ai bien conscience de l'impact de mon abandon sur l'équipe. Indirectement, je leur inflige un coup au moral alors que l'aventure est déjà très difficile. 


Pensez-vous qu'ils auraient eux aussi dû mieux comprendre votre choix ?
C'était un peu comme un cheveu sur la soupe quand ils ont appris ma décision. Ils n'attendaient vraiment pas ça de moi. C'était un choc assez brutal que je parle d'abandon avec l'image que je véhiculais en étant tout le temps positif. Forcément, ça a généré de la frustration. Mais je suis convaincu qu'ils ont compris par la suite, car j'ai bien pris le temps de leur expliquer les choses. Ce qui ne veut pas dire qu'ils ont accepté. 


Les mots de Yassin avant votre départ vous ont touché ?
Le message de Yassin m'a extrêmement touché. Ce sont des mots que je n'oublierai jamais, de toute ma vie. Parce qu'il a eu raison à 100%. L'un de mes objectifs dans cette aventure était d'apprendre des choses sur moi-même. Et Yassin m'a fait prendre conscience de choses alors qu'il n'était même pas dans mon équipe. C'était très, très fort. Adversaire ou pas, une vérité reste une vérité. Il m'a fait prendre conscience de l'impact positif que je peux avoir sur un groupe. 


Pourtant vous travaillez avec des jeunes en difficulté, que vous aidez au quotidien. Vous ne voyiez pas l'impact que vous avez sur ces gens-là ?
J'essaye toujours de faire la distinction entre le cadre professionnel et la vie privée, parce que mon comportement n'est pas le même. On m'a toujours dit que je faisais du bien, juste parce que j'arrivais le matin avec le sourire. Mais je ne suis pas forcément à l'aise avec les compliments et c'est compliqué d'être objectif sur soi-même. Je suis comme ça naturellement, donc je ne le réalise pas. Je minimise souvent ce que j'apporte à un groupe alors que je ne devrais pas. 


On a pu voir vos qualités de patience à l'œuvre dans les jeux, notamment lors de l'épreuve du puzzle de cordes. Mais ça n'a pas suffi lors de l'épreuve qui a mené à la dissolution des Jaunes, quand il fallait positionner les boules blanches en haut des plans inclinés. Comment expliquez-vous cette défaite ?
Il m'a manqué du temps car je suis arrivé en dernier. L'équilibre n'est pas du tout mon point fort et quand je suis arrivé, nous avions trop de retard. Les autres n'ont peut-être pas trouvé le bon binôme qui fonctionnait. Avec Sandro, ça marchait bien, mais trop tard. 


Ç'a été dur de voir l'équipe jaune dissoute ?
Non, parce que je m'entendais bien avec tout le monde mais je sentais un noyau entre Sandro,Corentin, Félicie et Maria dont je ne faisais pas partie. Du coup, intégrer une nouvelle équipe a été assez facile pour moi. J'aime beaucoup faire de nouvelles rencontres. Quand je suis arrivé chez les Takeo, c'était des nouvelles têtes, des nouvelles rencontres, que du positif. Ça m'a fait du bien. 


Vous avez d'ailleurs retrouvé Frédéric qui paraissait être votre coup de cœur du début de l'aventure, c'était comme si vous vous connaissiez déjà.
Totalement ! Certaines choses ne s'expliquent pas, c'est du feeling, c'est sincère, c'est un mélange de beaucoup de choses. Avec Frédéric, c'est passé tout de suite, naturellement. C'est un petit coup de foudre ! 


Comment expliquez-vous la série de défaites des Bleus ?
Le premier truc qui me vient à l'esprit, c'est la boule noire. Elle nous a terriblement pénalisés. On n'a pas pu mettre en avant nos point forts car Vincent, notre joker, a été mis de côté trois fois de suite ! Je pense aussi que dans l'ensemble, notre équipe est un cran en-dessous des Rouges. 


Vincent vous a impressionné ?
Il m'a surtout fait du bien ! C'était un élément qui nous manquait. Il a découvert la canne à sucre en partant explorer notre île. Il a été un leader par l'action que ce soit sur les épreuves ou sur le camp. Il était très simple à vivre et pour moi, c'est la plus grosse alchimie que j'ai ressentie dans cette aventure. Ça collait parfaitement. Le point commun qu'on avait, c'était que nous n'étions pas dans le noyau Félicie/Maria/Sandro/Corentin. Il avait aussi cette « positive attitude » qui le rapprochait de moi. Il me rassurait beaucoup, en me disant que je n'étais pas le moins bon dans les épreuves. Il m'a montré que je pouvais être une plus-value et que j'avais ma place à Koh-Lanta. 


Il fait partie de vos favoris pour la victoire finale ?
Je pense en tout cas qu'il a toutes les qualités sportives et humaines pour aller au bout, même s'il représente forcément un danger pour les autres. Sinon, il y a aussi Mathilde et Corentin qui peuvent aller loin selon moi. 


A votre retour, vous avez lancé une ligne de vêtements dans une démarche solidaire. Parlez-nous un peu de ce projet.
C'est un projet que j'ai mûri pendant et à mon retour de Koh-Lanta. Là-bas, on est des aventuriers, mais certains vivent ça au quotidien : ne pas manger à sa faim, dormir dehors, subir une rupture avec ses proches... Pour moi, ce sont des aventuriers de la vie. Je me suis demandé ce que je pouvais faire pour venir en aide aux personnes qui vivent dans des conditions de grande précarité. J'ai envie de véhiculer un message. J'ai fait une vidéo pour montrer la réalité quotidienne de ces gens-là. Et j'ai donc lancé cette ligne de vêtements, Bramline, pour favoriser une économie solidaire. Les tee-shirt véhiculent des messages comme « On est ensemble ». Unité, solidarité, ce sont des valeurs que je veux transmettre. L'objectif à moyen terme est de travailler avec un atelier d'insertion employant des gens coupés du monde du travail.

en savoir plus : Brahma, Yassin, Sandro, Mathilde, Corentin