Interview d'Odile Vuillemin, interprète du rôle d'Alexandra Lange

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L'emprise
Par Karell Bourgueil|Ecrit pour TF1|2015-01-21T10:34:00.000Z, mis à jour 2015-01-23T08:45:23.000Z

Criminologue depuis cinq ans dans "Profilage", Odile Vuillemin change totalement de registre et se glisse dans la peau d'Alexandra Lange. Insultée, battue et humiliée devant ses enfants pendant douze ans, cette femme s'est défendue d'un coup de couteau mortel alors que son mari tentait de l'étrangler. Après trois jours de procès, elle a finalement été acquittée par la cour d'assises de Douai le 23 mars 2012. Très touchée par cette histoire, Odile Vuillemin s'est investie corps et âme dans ce personnage.

"J’AI PLONGÉ SANS FILET"

Qu’est-ce qui vous a plu dans ce projet ?

Malgré le sujet difficile, j’ai trouvé le scénario sublime. J’ai eu quelques appréhensions mais je n’ai pas hésité très longtemps. Interpréter le rôle d’Alexandra est un challenge de comédienne magnifique. Les statistiques de femmes subissant des violences sont ahurissantes, sans compter les victimes qui ne parlent pas. Je ne pouvais pas refuser de défendre cette cause.

Avez-vous rencontré Alexandra Lange ?
Oui. Très émue par son histoire, j’avais besoin de comprendre ce qu’elle avait vécu pour pouvoir construire un personnage crédible. Il était hors de question de ne pas être juste. Pour autant, L’emprise n’est pas un biopic. L’histoire est celle d’Alexandra Lange mais plusieurs éléments ont été universalisés pour toucher le plus grand nombre. Après l’avoir rencontrée, j’ai lu beaucoup de témoignages et de livres sur le sujet, notamment Je vous laisse juges… de Luc Frémiot. J’ai beaucoup travaillé en amont avec Claude-Michel Rome. Je l’ai submergé de questions ! Je me suis sentie très en sécurité sur le tournage, ce qui m’a permis de partir dans toutes les folies. J’ai plongé sans filet.

Qui est Alexandra dans «L’emprise» ?
C’est une jeune fille en soif d’émancipation. Elle rencontre Marcelo dont elle tombe extrê-mement amoureuse et bascule dans l’enfer de l’emprise. Un mécanisme dont il est impossible de sortir. Cela commence par l’annihilation de la personnalité qui ôte toute estime de soi. Petit à petit, le seuil de normalité est totalement dénaturé et recevoir des coups fait partie du quotidien. Prise dans l’engrenage, la personne n’a plus conscience de la réalité et subit totalement les événements.

Comment expliquez-vous qu’Alexandra reste malgré tout avec Marcelo ?
Cette manipulation très forte, mêlée au sentiment amoureux, à la honte et à la culpabilité l’inhibe totalement. Il faut que les femmes victimes de violences trouvent des structures d’accueil qui leur permettent de déculpabiliser. Le public a souvent du mal à comprendre ce que vivent ces femmes. Lui expliquer est le but de ce film.

Quels sentiments Alexandra éprouve-t-elle pour son mari ?
Au début de leur histoire, elle l’aime. Ensuite, le sentiment amoureux est un peu biaisé à cause de la manipulation dont elle est victime. Même quand Marcelo est interné, Alexandra se demande s’il va guérir. L’amour laisse toujours l’espoir de pouvoir changer les choses malgré la peur et les coups.

Connaissiez-vous les autres comédiens ?

Je n’avais jamais travaillé avec eux. Marc Lavoine est d’une générosité rare. Fred Testot était très présent et attentionné pour me relever physiquement et mentalement après les prises. J’étais ravie de tourner avec lui. Nous avons travaillé main dans la main et je lui portais une confiance absolue. Il a rarement interprété un tel rôle et sa prestation est extraordinaire. Sam Karmann était lui aussi très investi. J’ai également fait de belles découvertes avec Lolita Chammah et Micky Sebastian toutes deux très justes et très touchantes. Ce fut un tournage bouleversant.

Avez-vous rencontré des difficultés ?
Les séquences du procès ont été les plus bouleversantes. Alexandra prend conscience de tout ce qu’il s’est passé. Les scènes de coups étaient finalement moins difficiles car, durant son calvaire, Alexandra est dans le déni, le mode de survie de toutes les femmes battues. Réalisée sans doublure, la séquence du meurtre a cependant été particulièrement complexe. Elle m’a provoqué une immense colère. J’ai également eu beaucoup de mal à tourner la scène où Marcelo frappe sa fille dans les escaliers. Je devais la rejoindre mais mon corps ne répondait plus. J’ai eu besoin de beaucoup de temps avant d’y parvenir.

Que pensez-vous du réquisitoire de Luc Frémiot ?
L’émotion dans sa voix est déroutante de sincérité. Il a fait preuve d’un acte extrêmement courageux et admirable. Je lui voue un grand respect. J’ai eu la chance de le rencontrer et son humanité m’a beaucoup touchée. L’emprise défend une cause très importante. Je suis heureuse que TF1 ait le courage de porter ce film sans concession.

Rendez-vous lundi 26 janvier à 20h55 sur TF1.