Lost : Mythologie et culture pop [Page 2]

Voir le site Lost, les disparus

Lost Sonya Walger
Par Victor LOPEZ|Ecrit pour TF1|2010-05-25T22:01:00.000Z, mis à jour 2010-05-25T22:01:00.000Z

La mythologie de Lost prend sa source dans un foisonnement de références pop, digérées dans une série qui rejoue à sa façon tous les thèmes du fantastique. Passage en revue non exhaustif de ces références.

L'héritage culturel passé au filtre geek.
Loin de se limiter à la télévision, les inspirations de Lost puisent aussi abondement dans la littérature. Parcourir les titres des épisodes donne même l'impression de consulter la bibliothèque de leurs auteurs : A tale of two city (Dickens), Catch 22 (Joseph Heller), The Shape of things to come (H.G. Wells), Trough the looking glass (Lewis Carroll)... Ces références s'inscrivent dans une généalogie fantastique érudite mais toujours accessible, à l'image de celles à Lewis Carroll. Dès les premières images du pilote, le labrador de Walt apparait à Jack, étendu dans la jungle après le crash de son avion, comme le lapin blanc d'Alice au pays des merveilles. On pourrait énumérer ad vitam les références à l'écrivain (du personnage de Kate, qui, après Sydney Bristow d'Alias et avant Olivia Dunham de Fringe, apparait comme l'héroïne carrollienne revisitée par J.J. Abrams, au nom de la station « The Looking glass ») mais l'important est l'appropriation de la thématique de l'ouvrage : la traversée du miroir (le crash d'avion) métaphorise au pays des merveilles (sur l'île) les événements qui se produisent dans le « monde réel ».


"Lost utilise les thématiques fantastiques et l'audace conceptuelle comme un moyen de placer l'émotion en son centre."

lost s3 ep1 1

On lit beaucoup dans Lost, et pas seulement Alice, que Jack ne manque pas de faire découvrir à Aaron. Prisonnier des rescapés, Benjamin Linus arrive à manipuler Locke en partant d'un débat sur Hemingway et Dostoïevski, soulignant que le premier reste dans l'ombre du génie du second, comme notre aventurier chauve dans celle du leader Jack. Voilà une utilisation originale du savoir acquis au club de lecture des « Autres », dont une réunion nous est même montrée. Celle-ci éclaire différemment encore les conceptions artistiques des scénaristes. Juliette y a choisit Carrie de Stephen King, critiqué par un grincheux qui clame que « ce n'est même pas de la littérature, c'est du pop-corn car il n'y a pas de métaphores ». Or justement, le propre de la littérature fantastique, c'est son caractère métaphorique. Cet attachement à la littérature populaire, couplé à des références classiques, indique un net refus de hiérarchisation culturelle.


Lost se réfère autant aux comics (l'ours polaire sort des pages d'un Green Lantern que Walt récupère des bagages d'Hurley alors que des scénaristes comme Jeph Loeb ou Brian K. Vaughan viennent prêter mains forte à l'équipe d'auteurs) qu'à des écrits analytiques (le name droping philosophique, convoquant les auteurs de théories du contrat social comme John Locke et Rousseau). Et ces deux pôles ont autant d'importance aux yeux des créateurs de la série, puisqu'ils sont avant tout un réceptacle permettant l'éveil de l'imagination du spectateur.


En un mot : l'émotion.
Impossible enfin de ne pas évoquer les emprunts au septième art tant les références au cinéma de Lucas, Spielberg ou Zemeckis reviennent à chaque épisode. Un autre cinéaste des années 70, à la présence plus discrète dans Lost, constitue peut-être une clef cachée de la série : Francis Ford Coppola. Cité à deux reprises (Sawyer ne manque pas d'appeler Locke Colonel Kurtz en référence au personnage de Marlon Brando dans Apocalypse Now alors que le temple des Autres de la saison 6 fait écho à celui du même film), les films de Coppola sont traversés par les même préoccupations que Lost : la famille, la seconde chance et les voyages dans le temps. Recoupant ces deux dernières, le méconnu Peggy Sue s'est mariée envoie une femme divorcée 25 ans en arrière, et la fait retomber amoureuse de son mari. Véritable matrice des magnifiques épisodes de Desmond, le film montre la voie à Lost, en utilisant les thématiques fantastiques et l'audace conceptuelle comme un moyen de placer l'émotion en son centre.


Car même quand Hurley parle de Star Wars à Miles, c'est pour lui donner un conseil très humain : parler à son père. « C'était aussi l'attitude de Luke. Il apprend dans L'Empire que Darth Vador est son père, mais au lieu de ranger les sabres lasers et d'en parler, il s'énerve et se fait couper la main. Ils ont fini par régler ça, mais à quel prix ? Une étoile de la mort détruite, Bobba Fett mangé par le Sarlacc, et on s'est tapé les Ewoks... Tout ça aurait pu être évité s'ils avaient simplement communiqué ! Et soyons francs, les Ewoks étaient nazes, Dude ! ».


starwarsep04int15