Samuel Verkampt témoigne : "Un pompier doit être capable de se remettre en question"

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ITV SAMUEL LILLE 43 ANS SERGENT CHEF
Par Marine Madelmond|Ecrit pour TF1|2017-01-22T16:30:17.772Z, mis à jour 2017-01-22T16:30:17.772Z

Les téléspectateurs ont eu rendez-vous avec plusieurs pompiers de France à l’occasion de la diffusion de "Pompiers : leur vie en direct" sur TF1. A 43 ans, le Sergent-Chef Samuel Verkampt est un pompier miraculé. En exclusivité pour MYTF1, il s'est confié sur sa carrière et sur deux de ses interventions diffusées aujourd’hui.

1/ A quel moment vous avez su que vous vouliez être sapeur-pompier ?

Mon grand-père et mon père étaient sapeurs-pompiers. Depuis mon enfance, j’ai toujours voulu faire ce métier. Mais, il m’est arrivé un grave accident quand j’avais 7 ans. J’étais en vélo et un poids-lourd m’a renversé et roulé dessus. Mes jambes ont été comme broyées.

2/ Pourtant, vous avez réussi à atteindre vos objectifs et vous n’avez jamais abandonné votre rêve…

J’avais très peu de chance d’être pompier, j’ai subi de nombreuses opérations pour mes jambes. Les médecins voulaient même m’amputer, mais mon père n’a jamais voulu. C’est dans un centre de rééducation, quand j’ai vu d’autres enfants avec des membres amputés, que j’ai compris que je ne pouvais pas me permettre de rester comme ça. Il fallait que j’arrive à marcher et à courir de nouveau. Je voulais prouver à tout le monde que je pouvais être pompier, même après mon accident. Mon plus grand souhait était de devenir professionnel, et c’est ce que je suis aujourd’hui.

"Avec l’expérience et les formations en interne, on apprend à dire des phrases réconfortantes"


3/ Dans le premier épisode de Pompiers : leur vie en direct, une cycliste a été renversée par un poids-lourd. Une situation que vous avez malheureusement déjà  connu…

Il faut savoir qu’à Lille, il y a  des interventions toutes les trois minutes. Et c’est très rare d’assister à un accident en direct. C’était inimaginable de tomber sur un tel cas, alors que c’est finalement mon histoire. Je sais par où est passée cette dame puisque j’ai vécu la même chose. Heureusement, elle n’a eu aucune blessure.

4/ Comment gérez-vous la panique chez les individus en état de choc, comme cette dame renversée ?

C’est psychologique car on ne maîtrise pas la douleur de la victime. Avec l’expérience et les formations en interne, on apprend à dire des phrases réconfortantes. Pour le cas du petit garçon qui a fait une chute à l’école, je pouvais m’adapter car je suis moi-même papa.

5/ L’incendie est aussi une partie importante de votre travail bien que les appels pour ce type d’interventions sont rares…

Il faut savoir que les incendies représentent que très peu de nos interventions  (ndlr en 2015, 7% des appels concernaient un incendie contre 77% pour des interventions de secours à la personne*) mais c’est le feu qui nous attire le plus. Cette discipline est différente, même si à chaque départ, on a cette même adrénaline. C’est l’enjeu et l’action qui diffèrent.

6/ Après plusieurs années de carrière, une intervention vous a-t-elle marqué ?

Oui, en 2001, j’étais pompier volontaire. Il y avait un feu dans une maison avec trois enfants à l’intérieur. J’ai vu un premier jeune sortir de la maison en feu, et un autre est sorti par le toit. Mais une petite fille de 4 ans est morte ce 17 février 2001.  

" Et ça m’a donné le courage d’aller voir la personne qui m’avait renversé à l’âge de 7 ans"


7/ Est-ce important pour vous que les téléspectateurs voient votre quotidien en tant que pompier ?

Je sais qu’en France, les sapeurs-pompiers sont appréciés. Mais les reportages sont aussi importants pour voir l’intérieur de notre métier, découvrir le matériel que l’on met en place et les différentes situations.

8/ Quelles sont les qualités pour être un bon sapeur-pompier ?

Il faut être capable de s’adapter à chaque situation en quelques secondes, de trouver une solution rapidement et de guider une manœuvre sans jamais paniquer. Un pompier doit être à l’écoute de la victime, ouvert, courageux, altruiste et capable de se remettre en question.

9/ Vous avez participé à plusieurs émissions diffusées sur TF1, notamment Grands Reportages, ce passage à la télévision a-t-il changé votre vision des choses ?

Il faut savoir que l’émission Grands Reportages a été diffusée le 9 avril. Et ça m’a donné le courage d’aller voir la personne qui m’avait renversé à l’âge de 7 ans. Il était malheureusement décédé deux ans plus tôt, mais j’ai vu sa famille. Je voulais leur dire que je ne lui en avais jamais voulu. Ça peut arriver à tout le monde.

*Statistiques publiées par la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC)