Odile Vuillemin, l'anticonformiste

Voir le site Profilage

Profilage
Par Muriel DEHAINAULT|Ecrit pour TF1|2009-04-08T12:14:00.000Z, mis à jour 2009-04-08T12:14:00.000Z

Quel a été votre premier sentiment à la lecture du scénario ?
Lorsque j'ai eu connaissance de ce projet, je venais de cumuler le tournage d'un long métrage avec des représentations au théâtre. J'étais épuisée et je pensais prendre des vacances. Mais quand Cyril Cannizzo, mon agent, m'a fait lire le scénario de Profilage, j'ai eu un coup de cœur immédiat. Il était inimaginable que je refuse ce rôle ! J'ai eu la sensation d'avoir fait une très belle rencontre avec le personnage de Chloé, dont j'ai rapidement eu une idée claire.
Laquelle ?
Chloé est un personnage complexe et difficile à cerner. Véritable électron libre, elle donne l'impression de vivre à côté de la réalité et a une interprétation très personnelle du monde. D'ailleurs, ses réactions sont souvent déconcertantes pour son entourage. Elle a adopté inconsciemment un mécanisme de défense qui trouve son explication dans son passé. En effet, elle a vécu dans sa jeunesse une expérience particulièrement traumatisante qui a profondément influencé sa personnalité et sa vie future. A un moment, elle a eu besoin de basculer dans le monde parallèle qu'elle s'était créé pour ne pas avoir à affronter sa souffrance et une réalité trop insupportable pour elle. Mais si cet univers personnel lui a apporté son équilibre, il n'est pas en adéquation avec le monde qui l'entoure. Cela explique son côté décalé et fantaisiste, ainsi que ses difficultés à s'intégrer dans des rapports humains classiques.
Comment avez-vous cherché à traduire ce côté décalé ?
Dans un premier temps, physiquement. Dès le départ, j'ai imaginé Chloé rousse. J'ai donc abandonné la teinture blond platine de mon précédent rôle pour retrouver ma couleur naturelle, ce qui a immédiatement changé mon allure. Pour les vêtements, je voulais que la penderie de Chloé soit essentiellement composée de robes pour leur aspect pratique. Eric Summer, le réalisateur, recherchait un côté Mary Poppins pour exprimer la fantaisie du personnage. Après de longues recherches infructueuses dans les magasins français, j'ai fini par lui montrer une de mes robes achetée à Londres... et il a adoré. Les Anglais avaient ce côté décalé qui nous manquait. Je suis donc partie à Londres où j'ai trouvé les tenues idéales ! J'ai également rapporté le sac jaune que Chloé porte constamment et qui colle parfaitement à son image. Sur le plateau et dans la série, il a même eu droit à un surnom : le « colonel Moutarde » !
Sur quels autres aspects avez-vous insisté ?
Pour construire ce personnage, nous avons cherché, avec le réalisateur, quelles attitudes pouvaient lui correspondre, en nous reposant totalement sur sa personnalité. Nous avons beaucoup travaillé sur les détails. Par exemple, Chloé ne sait pas marcher avec des chaussures à talons mais ne cesse d'en porter. Et malgré une apparence surprenante, elle est une professionnelle brillante. Mais elle agit de manière très sensitive. Ainsi, alors que la société a essentiellement développé la vue et la parole, nous avons voulu montrer que Chloé s'appuyait sur ses cinq sens pendant les enquêtes, touchant les objets, reniflant les odeurs... Nous nous sommes aussi amusés à créer son univers grâce à divers objets qui la rassurent, comme un Wakouwa* en forme de vache qu'elle emmène partout avec elle. J'ai l'habitude de construire mes personnages sur leurs failles. Avec Chloé, j'avais de la matière... Mais j'ai toujours voulu qu'elle reste profondément humaine.
Vous semblez très attachée à ce personnage...
Oui. Je la trouve émouvante parce que, malgré ses blessures, elle ne fait pas porter sa souffrance aux autres. Au contraire, grâce à son métier de psychologue, elle a appris à s'en servir. Elle n'est ni dans le conflit, ni dans la recherche de pouvoir et elle vit sa vie sans se soucier des apparences. Surtout, elle me touche parce qu'elle est très imparfaite. Je trouve que notre société impose de plus en plus de critères, gommant les individualités. J'aime les personnalités originales, qui ne se laissent pas enfermer dans un moule. C'est le cas de Chloé. Personnellement, je n'ai jamais été très conformiste. J'ai suivi un double cursus en psychologie et en chinois, puis j'ai voulu devenir comédienne, à la grande inquiétude de mes parents qui auraient aimé me voir choisir une voie plus traditionnelle et rassurante !
Quelles ont été les difficultés de ce rôle ?
Le personnage de Chloé exige une grande concentration. Je devais faire constamment attention à ne pas tomber dans l'excès ni dans la caricature pour rester dans la justesse du personnage. Très envahissant pour un acteur, ce rôle nécessite un travail délicat mais surtout passionnant. C'est réellement un beau cadeau pour une comédienne !
* petit jouet articulé en bois