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L'oeil de Telefoot.fr - A l’OM, c’est enfin l’année Thauvin

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Florian Thauvin   OM Oeil de Téléfoot
Par Lucile Alard - Agence CReafeed|Ecrit pour TF1|2016-12-21T14:36:33.554Z, mis à jour 2016-12-22T11:41:40.196Z

Vincent Labrune en a rêvé. Rudi Garcia est en train de le faire. Florian Thauvin est (enfin) un joueur important à l’OM. Après un premier passage loin d’être concluant, l’ailier a mûri, progressé et enchaîne désormais les belles performances. L’avenir de Marseille, cela pourrait bien être lui.

Sa frappe enroulée est venue épouser parfaitement la lucarne de Vincent Enyaema. Florian Thauvin s’est offert, le 18 décembre face à Lille, un but qui s’annonce comme un des plus jolis du championnat version 2016/2017. Dans cette action, il y a tout le début de saison du joueur de l’OM résumé en quelques secondes : de la fluidité, de l’insouciance et de la réussite. Dans son couloir droit, il est en train de retrouver le jeu qui avait fait de lui l’un des plus grands espoirs du football français lors de son explosion avec Bastia en 2012/2013. A Marseille, peu y croyaient encore. Mais pour sa troisième année avec le club phocéen, le gaucher né à Orléans devient enfin un joueur qui compte. Thauvin, c’est cinq buts et quatre passes décisives* depuis le mois d’août. A 23 ans, il a encore un avenir et celui-ci pourrait bien s’inscrire à l’OM où il est actuellement prêté par Newcastle avec une option d’achat obligatoire en fin de saison, estimée à 11 millions d’euros. Ces dernières semaines prouvent deux choses. Il n’a rien perdu de son football. Et Marseille, qui a parié sur lui très vite, tient bien un joueur capable de porter une équipe.

L’impression visuelle ne laisse guère de doute. Quand Thauvin joue cette saison, il joue libéré. Olivier Saragaglia, qui l’a encadré à Grenoble (2008 - 2011), est le premier à le constater : "Aujourd’hui, il a mûri, grandi et il arrive à gérer la pression et à enfin se libérer." "J’ai l’impression qu’il a retrouvé un équilibre intérieur", disait de lui Frédéric Hantz, son ancien entraîneur à Bastia (2011 - 2013), dans une interview accordée au Parisien, publiée le 9 décembre. Il virevolte sur son côté droit, n’hésite pas à redescendre pour demander le ballon et conserve sa force de percussion qui met à mal ses adversaires dans les un contre un. Bafétimbi Gomis est le leader de ce groupe et porte le brassard autour de son bras. Maxime Lopez est le jeune espoir à qui tout réussi pour ses premiers pas chez les pros. Mais Florian Thauvin, lui, est l’homme en forme. Rudi Garcia ne s’y est pas trompé et lui donne les clés. Thauvin est le joueur qui cumule le plus de temps de jeu parmi les joueurs de champ à l’OM : 1604 minutes jouées toutes compétitions confondues avant le dernier match de l’année civile, mercredi contre Bastia.

"Aujourd’hui, il y a plus de réussite que de déchet dans son jeu"

La différence avec son premier passage (2013-2015) dans la cité phocéenne est flagrante. Malgré des premiers pas plutôt convaincants, le champion du monde des moins de 20 ans en 2013 n’est pas parvenu à s’inscrire dans la durée et est devenu peu à peu la cible des sifflets des supporters du Vélodrome. A Marseille, il faut "être performant tout de suite", rappelle Saragaglia. Avec tout juste une saison de Ligue 1 derrière lui, Thauvin n’était pas prêt à assumer le climat si particulier du club. Sa vraie-fausse arrivée à Lille fut un boulet. Après avoir signé pour quatre ans avec le LOSC en janvier 2013, il avait été prêté à Bastia jusqu’à la fin de la saison. Il avait finalement refusé de se rendre à Lille l’été venu et préféré faire le forcing pour signer à Marseille. "Quand on est un jeune joueur et qu’on est mis en lumière très tôt, il y a une énorme pression des supporters, ce n’est jamais facile, analyse l’actuel entraîneur-adjoint de Châteauroux. Passer, en un peu plus d’un an, de la Ligue 2 à un des clubs les plus médiatisés en France, ce n’est jamais évident. Quand il est parti de Bastia pour aller à Marseille à 20 ans, j’ai trouvé que c’était trop tôt. L’étape de Lille aurait été plus propice, avec plus de sérénité et surtout moins de pression."

Lors de sa deuxième saison sous le maillot phocéen, Thauvin a eu beau conserver la confiance de Marcelo Bielsa, il n’est jamais parvenu à trouver son rythme. Sous la direction de Rudi Garcia, les choses ont changé assure Saragaglia. "Avec Bielsa, il faisait un travail défensif énorme. Là, il se replace, mais il fait moins d’efforts défensifs. Cela lui donne plus de jus pour attaquer, enchaîner les percussions, les provocations, et les duels face aux défenseurs. C’est un joueur qui élimine mais qui a besoin d’être bien physiquement pour le faire. Il n’était peut-être pas prêt physiquement pour jouer comme Bielsa lui demandait. Ensuite, le public l’a pris en grippe. Aujourd’hui quand il se trompe, il n’est plus une cible car il y a plus de réussite que de déchet dans son jeu ce qui n’était pas le cas avec Bielsa." Et tant pis si l’équipe actuelle compte moins de talents que celle dans laquelle il évoluait il y a trois ans, quand Mathieu Valbuena, André-Pierre Gignac, Dimitri Payet ou encore André Ayew l’accompagnaient en attaque. Florian Thauvin n’a pas réussi à éclore à leur côté. Sa réussite de 2016, il la doit à sa capacité à faire évoluer son jeu.

Être constant au plus haut niveau, le nouveau défi de Thauvin

Terminé, le temps pas si lointain où il semblait déconnecté de l’équipe. L’homme a gagné en expérience, le joueur également. "Il n’a jamais refusé le duel, il a toujours voulu aller au bout de ses actions mais il faut savoir le faire à bon escient, détaille Saragaglia. Aujourd’hui, il lève aussi la tête et n’oublie pas ses partenaires. Quand il y a un bon ballon à donner, il le donne plutôt que de s’enfoncer dans des actions individuelles." Ses quatre passes décisives sont là pour prouver qu’il peut aussi bien faire jouer ceux qui l’entourent. Il pourrait battre son record personnel du genre: 7 en 2014/2015.

Enchaîner, c’est maintenant le principal défi pour Florian Thauvin. Que ce soit à Marseille ou lors de ses quelques mois sans saveur à Newcastle - trois titularisations en Premier League en une demi-saison -, il n’a jamais trouvé de constance dans sa carrière. L’intéressé est le premier à le reconnaître. Sa prise de conscience prouve le chemin parcouru. "Le problème, c'est que dès que j'avais une bonne période, je me relâchais, je me reposais sur mes lauriers, expliquait-il en conférence de presse après la victoire face à Lille (2-0). Aujourd'hui, quand je me sens bien, je veux enchaîner, enchaîner, enchaîner le plus longtemps possible."

Olivier Saragaglia veut croire que les conditions sont remplies pour qu’il y parvienne. "Il marche beaucoup à l’affectif, il faut lui faire confiance et lui montrer qu’on a besoin de lui. Tant qu’on lui fera sentir, il sera efficace." Rudi Garcia l’a compris. Le coach, qui avait voulu le faire venir à Lille, soigne et encourage son joueur plus que d’autres, à l’image de ces propos tenus en conférence de presse au début du mois de décembre : "Il donne le maximum à chaque match, il est très généreux. C'est la base d'un futur joueur de grande qualité. Il ne calcule pas. Il est récompensé de ce qu’il donne à l’équipe mais il doit encore travailler."

A 23 ans, encore une belle marge de progression

Les axes de travail sont tous trouvés. Il doit "être plus simple loin du but" assénait son entraîneur, ce même jour de décembre. "Il doit être plus efficace devant le but et donner davantage de passes décisives, souligne de son côté Olivier Saragaglia. Il peut faire beaucoup mieux et doit marquer 10 à 15 buts dans une saison." A cette condition, il pourra rêver d’équipe de France, que lui promet déjà son coéquipier Bafétimbi Gomis. "Il faut être patient, tempère Olivier Saragaglia, on a tendance à trop s’enflammer en France. Il peut être international. Il a un profil atypique en plus. Mais il doit d’abord confirmer, aligner une saison complète à ce niveau-là, et à un moment les portes de l’équipe de France s’ouvriront peut-être. Mais là c’est encore un peu tôt."

Le retrouver un jour en Bleu serait une preuve supplémentaire de sa force de caractère. Olivier Saragaglia se plaît à raconter cette anecdote : "A 16 ans, quand il était encore au centre de formation, on lui a dit qu’il était fini pour le foot à cause d’un problème au dos. Il est resté huit mois en salle avec un préparateur physique, sans jamais aller sur le terrain. Il n’a jamais abandonné. Ça prouve son gros mental. D’autres auraient abandonné, surtout à son âge. Mais lui a persévéré et a réussi à retrouver les terrains." Aujourd’hui, cette persévérance paye à nouveau. Les critiques sont en train de se taire.

Thauvin pourrait même devenir le joueur-phare du projet des nouveaux propriétaires de l’Olympique de Marseille, comme Vincent Labrune en avait l’intention quand il l’a recruté pour 12 millions d’euros. Lui ne demande que ça. "J’adore l’OM, je suis très attaché à ce club, expliquait-il en conférence de presse à la fin du mois de novembre. Je me suis battu pour venir, puis pour revenir. C’est une chance énorme de jouer à l’OM pour un footballeur. J’en suis conscient. Je me sens très heureux ici et je n’ai pas peur de faire toute ma carrière à l’OM."


*Toutes les statistiques ont été arrêtées le 18 décembre après la victoire de Marseille contre Lille (2-0).