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L'oeil de Téléfoot - A Nîmes, pourquoi "crocodile" n'est pas un vain surnom

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Cantona Nîmes
Par CReaFeed - Ilyes Ramdani|Ecrit pour TF1|2017-06-08T13:32:39.322Z, mis à jour 2017-06-08T13:32:54.331Z

Passé à deux doigts du National la saison dernière, le Nîmes Olympique a frôlé l'accession en Ligue 1 cette saison. Comme souvent dans son histoire, le club du Gard a fait parler ses forces : de la combativité, de l'envie et une capacité à réaliser des exploits. Des forces de "Crocodiles", en somme.

A Nîmes, on sait ce que représente le temps. On sait par exemple qu'en football, dix-huit mois, c'est une éternité. Petit rappel pour s'en convaincre : le 8 janvier 2016, au soir de la 20e journée de Ligue 2, Nîmes est dernier du classement, avec quatre victoires seulement au compteur. Fin mai 2017, à l'issue de la saison suivante, le NO finit 6e, à deux petits points de la Ligue 1. Le club gardois a non seulement réussi l'exploit d'éviter une descente qui lui semblait promise, mais il a réussi à se relever jusqu'à devenir un candidat sérieux à l'accession en Ligue 1.

Cette métamorphose doit beaucoup à l'identité de ce club, capable de déplacer des montagnes lorsqu'il s'appuie sur ses forces, mentales en grande partie. Il y a, bien sûr, une analyse sportive à faire de la "remontada" de la saison dernière. Il y a tant à dire sur l'apport de Bernard Blaquart, promu entraîneur de l'équipe fanion lorsque tout allait mal, sur la qualité de certains joueurs, comme le Marocain Rachid Alioui.

"Une équipe qui a envie et qui donne envie"

Mais il y a aussi, là-dedans, une part d'irrationnel. Il était impossible de parier sur le maintien de Nîmes en Ligue 2 avec ses huit points (!) de pénalité en début de saison 2015-2016. Cette sanction en forme de boulet avait été prise par la commission de discipline de la LFP suite à une affaire des matches truqués. Pour réussir l'exploit de se sauver, Nîmes a affiché un visage extraordinaire de combativité et de solidarité au fil des mois, pour parvenir à combler son retard.

"Nîmes, c'est une équipe de guerriers qui sait jouer au foot, analyse Philippe Dard, fondateur du site MaLigue2.fr. Tout en ayant des principes de jeu, ils arrivent, depuis l'arrivée de Blaquart comme entraîneur (en novembre 2015, ndlr), à se surpasser en permanence, à être un vrai collectif, une vraie équipe." Ces qualités ont été confirmées cette saison où, sans star, Nîmes a frôlé la Ligue 1 et où son entraîneur a été récompensé par ses pairs aux trophées UNFP.

Comme si, d'une certaine manière, les Nîmois faisaient honneur à leur surnom, "les Crocodiles". "Oui, je ne l'avais pas pensé comme ça mais il y a un peu de ça chez eux, sourit Philippe Dard. Ils croquent le foot à pleines dents. C'est une équipe qui a envie et qui donne envie." Faouzi Mansouri, ancien joueur du club entre 1975 et 1980, dit ceci dans le magazine Une à Nîmes : "L'esprit nîmois, c'est l'engagement total et le travail." Il cite aussi volontiers son ancien entraîneur, Kader Firoud, légende du NO (passé sur son banc entre 1955 et 1964 puis entre 1969 et 1978) : "On a toujours un crocodile dans le cœur." Kader Firoud

Un héritage de Napoléon

Dans le Gard, la métaphore animalière est plus qu'un symbole pour les autocollants et les casquettes. Surnom de la ville avant d'être celui du club, le crocodile est un héritage de la campagne d'Égypte menée par Bonaparte à la fin du XVIIIe siècle. Mais l'emblème a traversé les époques, et l'histoire du club est pleine de ces moments où les Crocodiles ont mordu. Où ils sont parvenus, comme ces deux dernières saisons, à arriver là où on ne les attendait pas. Les supporters n'ont par exemple pas oublié la saison 1995-1996 et la formidable épopée qui a fait du NO le premier club de troisième division à atteindre la finale de la Coupe de France, entrant encore un peu plus dans l'histoire du football français.

Rebelote la saison suivante : simple formation de National, Nîmes se qualifie pour la Coupe d'Europe des vainqueurs de coupes, Auxerre (son bourreau en finale de la Coupe de France) étant déjà qualifié en Ligue des champions. Là encore pour une première dans l'histoire du foot français, les Gardois réalisent l'exploit de se qualifier pour les huitièmes de finale, stade auquel les Suédois d'AIK les éliminent. "Ce club nous a fait vibrer, raconte François, supporter du NO âgé de 52 ans. Ces moments-là, je les raconte encore à mes enfants, à mes neveux…" La France du football a vibré face à l'élimination des Hongrois du Honved Budapest, devant les caméras de TF1 et sous les yeux du mythique joueur Ferenç Puskas.

Omar Belbey en action lors de la Coupe des coupes

"Nîmes, c'est avant tout une vraie ville de foot, décrypte Philippe Dard. C'est un club qui a une vraie histoire, une vraie identité. Et le public suit : il y a, aux Costières (le stade du NO, ndlr), une atmosphère et un appui qui sont un vrai plus pour les joueurs. C'est typiquement le genre de stades chauds où tu as envie d'aller. Et les joueurs donnent tout pour répondre à tout ça, ils ont envie de se surpasser. Tu n'as pas de vedettes, tu n'as pas de joueur au-dessus du lot, mais, historiquement, Nîmes présente des vrais collectifs."

"Tant que les mecs mouillent le maillot…"

"Il y a une âme ici que l'on ne retrouve pas à Montpellier, ajoute Faouzi Mansouri. Le public est prêt à venir supporter les Rouge et Blanc." C'est une constante que l'on retrouve dans l'histoire du club, et un champ lexical : combativité, honneur, solidarité, soutien… En 1996, un article de L'Humanité cite une phrase, en apparence anodine, de Pierre Mosca, directeur sportif d'alors : "J'ai fait le recrutement en fonction de l'état d'esprit d'abord." François, le supporter désormais exilé à Paris, confirme : "On a toujours accepté les défaites, les joueurs un peu moins bons ou les coups de moins bien à Nîmes… pourvu que les mecs mouillaient le maillot. Quand on porte ce maillot, il faut avoir la dalle."

Ce leitmotiv, le club continue de le cultiver. Il est aujourd'hui dirigé par Rani Assaf, bras droit de Xavier Niel à Free. Aujourd'hui, Nîmes a une situation financière stable qui devrait perdurer. Et, sur le plan sportif, le club a trouvé en Bernard Blaquart une sorte d'homme providentiel. "Il fait un travail énorme, confirme Philippe Dard. C'est un mec de la maison, qui connaît très bien les jeunes et la formation locale. C'est un passionné de jeu qui mérite ses résultats." Deux ingrédients auxquels il faut ajouter un public toujours présent et une passion au rendez-vous.

Nîmes, avec ce pedigree, peut envisager l'accession. Le fondateur du site spécialisé MaLigue2 y croit : "Nîmes a un vrai passé, y compris en 1re division, et il a toujours déplacé des montagnes. Alors, ça doit être son objectif. Le club peut se donner les moyens de le faire sur deux ou trois ans." Philippe Dard conclut sur la fibre sentimentale, si prégnante lorsqu'il s'agit du club du Gard : "C'est un club qui attire, qui donne envie. Il y a une belle histoire à écrire pour eux, maintenant."