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Abel Xavier, à jamais héros malgré lui

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Par Laurent TITY|Ecrit pour TF1|2013-10-17T15:44:00.000Z, mis à jour 2013-10-17T15:44:58.000Z

L'histoire récente des sélections portugaise et française aurait pu être bien différente sans l'affaire de la main d'Abel Xavier. Ce défenseur rugueux relativement anonyme a connu son heure de gloire le 28 juin 2000 à Bruxelles. Mais qui était ce joueur à la chevelure et à la barbe peroxydées ? Et qu'est-il devenu ?

La carrière d'Abel Xavier n'est pas vraiment ce qu'on pourrait appeler un long fleuve tranquille. Pourtant tout avait bien commencé avec un titre de champion du monde U20 en sélection et un championnat remporté trois ans plus tard avec Benfica. Puis vint l'Euro 2000, le penalty de Zidane, la suspension... et le début des problèmes.

Les jours heureux d'Abel
Abel Luis da Costa Silva Xavier, né le 30 novembre 1972 à Nampula (Mozambique), débute sa carrière professionnelle de footballeur à l'Estrela da Amadora en 1990. Arrière droit, Abel Xavier profite d'un physique avantageux (il mesure environ 1m90 pour plus de 80 kg) pour devenir un défenseur extrêmement dur sur l'homme et solide dans les duels. Le Benfica Lisbonne repère ses qualités assez rapidement et l'engage en 1993. Il y remporte un titre de champion (1994) avant d'entamer une carrière de globe-trotter qui le mènera en Italie (Bari), en Espagne (Oviedo), aux Pays-Bas (PSV) et en Angleterre (Everton).

Abel Xavier connaît également ses premières joies en sélection avec les moins de 20 ans portugais. En 1991, il remporte ainsi le Championnat du monde de la catégorie avec la génération Luis Figo et Rui Costa. Deux joueurs qu'il retrouvera par la suite en équipe A, notamment à l'Euro 2000 qui constituera un tournant dans sa carrière.

Le héros malheureux de l'Euro 2000
En 2000, Abel Xavier fait partie des joueurs importants de la sélection portugaise. Titulaire en défense aux côtés des indéboulonnables Jorge Costa et Fernando Couto, il marque plus la compétition par son look que par ses qualités de footballeur. Une chevelure et un bouc peroxydés qui ressortent d'autant mieux sur sa peau mate. Abel Xavier est un concept à lui seul. Mais ses digressions esthétiques mises à part, tout se déroule pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu'à ce 28 juin 2000.

« Je l'ai toujours dit, pour moi, l'arbitre a menti sur le terrain et en dehors. Il lui a fallu cinq secondes pour prendre sa décision, c'est étrange... » Abel Xavier (L'Equipe, juillet 2006)

Stade du Roi-Baudouin (Bruxelles), le Portugal affronte l'équipe de France en demi-finale. Le match est dominé par les champions du monde en titre, mais les Lusitaniens font mieux que se défendre et poussent les Bleus à jouer les prolongations. Il reste moins de cinq minutes à jouer avant la séance de tirs au but qui semble inéluctable. Mais les Français poussent toujours. David Trezeguet pénètre dans la surface, Vitor Baia se jette dans ses pieds, le ballon arrive à Sylvain Wiltord qui frappe. Abel Xavier s'interpose au niveau de son premier poteau et dégage en corner... de la main. Les Portugais contestent violemment la décision de l'arbitre M. Benkö. Luis Figo retire son maillot et quitte la pelouse avant même que le penalty ne soit tiré par Zidane, Nuno Gomes est expulsé. En raison de son attitude envers l'arbitre ce soir-là, Abel Xavier écopera de neuf mois de suspension (huit mois pour Nuno Gomes et six mois pour Paulo Bento). Ce match demeure aujourd'hui encore un véritable traumatisme pour les supporters portugais.

« Après ce penalty, j'ai été suspendu neuf mois, ce qui a évidemment été très mauvais pour ma carrière. Après l'Euro, huit Portugais sur onze ont signé de gros contrats, mais pas moi... » Abel Xavier (L'Equipe, juillet 2006)


Dopage, Islam et cinéma
Après les évènements de l'été 2000, Abel Xavier voit sa notoriété accrue, mais sa suspension pénalise lourdement la suite de sa carrière. Il parvient tout de même à évoluer dans des clubs tels que Liverpool, Galatasaray ou l'AS Rome. Pas mal pour un défenseur jamais vraiment considéré comme un joueur top niveau, malgré son statut d'international portugais.

Mais une fois de plus, Abel Xavier fera parler de lui pour de mauvaises raisons. Le 23 novembre 2005, il est à nouveau suspendu, pour dopage. Contrôlé positif à un stéroïde anabolisant (la méthandrosténolone), le défenseur alors sous contrat avec Middlesbrough, écope de dix-huit mois de suspension, bien qu'il clame son innocence. Une peine réduite par la suite à douze mois. Le club anglais le licencie. Deux ans plus tard, Abel Xavier termine sa carrière en Major League Soccer avec les Los Angeles Galaxy. Là encore, des problèmes extra-sportifs débouchent sur le licenciement du Portugais. Il ne s'entend pas, mais alors pas du tout avec l'entraîneur de l'époque, le Néerlandais Ruud Gullit. Après ces nouveaux déboires, il décide de mettre un terme à sa carrière en décembre 2009, âgé de 37 ans... et de se convertir à l'Islam. Il porte désormais le nom de Faisal, qui signifie « Arbitre ». Sans doute un clin d'œil à cette fameuse soirée bruxelloise qui a changé sa vie.

« Lentement, j'ai compris que c'est une religion qui professe la paix, l'égalité, la liberté et l'espoir (...) Ce n'est qu'après une connaissance approfondie et une expérience intense que j'ai pris cette décision. » Abel Xavier (A Bola, 2010)

Aujourd'hui, Abel Xavier occupe les fonctions d'entraîneur à Olhanense, un club de D1 portugaise. Les nouveaux investisseurs italiens du club souhaitaient pour cette saison une personnalité connue du grand public sur le banc de leur équipe. Les noms de Jorge Costa et Sa Pinto ont circulé, et c'est finalement le faux blond le plus connu de la planète foot qui a débarqué. Pourtant, l'ancien international déclarait dans le journal espagnol Marca avoir d'autres projets après sa carrière de footballeur : « Maintenant, je vais me consacrer au cinéma aux Etats-Unis. De plus, je vais travailler avec diverses ONG pour des projets humanitaires pour aider les nécessiteux en Afrique. » A ce jour, Abel Xavier a tourné dans quelques productions télévisuelles (séries et films) mais a toujours joué son propre rôle. On est loin des rêves hollywoodiens.

Une certitude : que ce soit en bien ou en mal, d'une façon ou d'une autre, Abel Xavier aura toujours le chic pour se faire remarquer.

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