Abidal : "On peut avoir honte"

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Abidal : 'On peut avoir honte'
Par Maxime DUPUIS (à Bloemfontein)|Ecrit pour TF1|2010-06-23T12:00:03.000Z, mis à jour 2010-06-23T12:00:03.000Z

Visiblement ému, pas certain de continuer en Bleu,Eric Abidal dresse un bilan peu reluisant de la Coupe du Monde de la France. Le Barcelonais, qui s'est mis volontairement en retrait avant le match face à l'Afrique du Sud, remercie au passage Raymond Domenech.

ERIC ABIDAL, une dernière défaite face à l'Afrique du Sud (2-1) et une élimination au premier tour de la Coupe du monde. Du banc, comment avez-vous vécu cette dernière ?
E.A. : C'était le match de l'espoir après ce qui s'est passé dimanche. On est un peu déçu de ne pas passer le premier tour. L'objectif en Coupe du monde est toujours d'aller au bout. On a eu la chance de le faire en 2006 (ndlr : les Bleus ont perdu la finale). Il y a eu beaucoup d'envie et on y a cru jusqu'au bout. On veut s'excuser auprès des Français pour tout ce qui s'est passé. On avait la chance d'être en Coupe du Monde, on n'a pas fait le parcours qu'on aurait souhaité. Mais voilà, il y aura une grande explication. Tout n'est pas arrivé par hasard. On avait les joueurs pour. Je pense que chacun aura l'occasion de s'excuser.


Vous souhaitez vous excuser. Pourquoi ? Vous estimez avoir fait une bêtise en séchant l'entraînement ?
E.A. : Ce week-end on n'a pas fait les bons choix. On aurait pu réagir différemment après l'exclusion de Nico (Anelka). Le groupe était mécontent et l'a montré .On veut s'excuser auprès de nos supporters pour nos prestations. C'est ce qu'ils regardent en premier. On se devait de donner le meilleur. Des choses ont fait qu'on n'y était pas. Mais on avait envie.


Tous les joueurs étaient-ils vraiment d'accord pour boycotter l'entraînement ?
Dans le bus, le capitaine a dit que s'il y en avait qui voulaient descendre, il n'était pas trop tard. Tout le monde pouvait le faire, mais personne n'est descendu. Je considère donc que tout le monde y était favorable. C'est juste malheureux que ça soit arrivé deux jours avant un match important.


Vous expliquez qu'il y avait de l'espoir dans ce match mais étiez-vous dans de bonnes dispositions psychologiques pour jouer ?
E.A. : Il est vrai que les événements des trois derniers jours n'ont pas été faciles pour tout le monde. Il aurait fallu faire abstraction. Je pense que le coach a aligné la meilleure équipe possible. On a fait une bonne entame de match et on aurait pu marquer avant. Le score aurait été tout autre au final. Il est frustrant de jouer les trois matches de cette manière-là. Et, surtout, de ne pas passer le premier tour. On a beaucoup déçu nos supporters. On doit leur demander pardon.


Y a-t-il un sentiment de honte quelque part ?
E.A. : On peut avoir honte. On n'avait pas le groupe le plus difficile. On devait pouvoir faire mieux.


Vous n'avez pas souhaité jouer ce match face à l'Afrique du Sud. Pourquoi ?
E.A. : J'ai eu une explication avec l'entraîneur. Voilà. Je pense que c'était le bon moment de vider son sac. Je lui ai simplement expliqué que je n'étais pas un tricheur, quand je suis à 100%, je le sais. Quand je ne le suis pas, il faut savoir le dire. Je sais que l'entraîneur m'apprécie énormément, il peut compter sur moi. Mais je préférais que ce soit un joueur à 100% de ses capacités plutôt qu'un joueur affecté par tout ce qui se passe depuis un certain nombre de temps. Je l'ai un peu poussé à faire ce choix-là et il a aligné une défense qui a affiché autant de qualités que la précédente.


Le malaise ressenti durait-il depuis longtemps ?
E.A. : Je ne voulais pas que mon problème personnel affecte le groupe alors je prenais sur moi. Mais il me semble que certains choix n'ont pas été faits. Les gens savent que lorsque je parle, c'est qu'il y a un problème.


Quels sont les choix que Raymond Domenech n'a pas faits ?
E.A. : Des choses tactiques, des choix d'hommes. On n'a peut-être pas fait jouer les meilleurs joueurs à leur meilleur poste. Moi, j'ai joué dans l'axe. Me mettre à gauche et en concurrence avec "Pat" (Evra), ça ne m'aurait pas dérangé. Même si j'avais dû aller sur le banc. Ce sont plein de choses. La fatigue fait aussi la différence...


Qu'avez-vous à dire à Raymond Domenech qui a joué son dernier match à la tête des Bleus ?
E.A. : Merci tout d'abord car il m'a permis de jouer en équipe de France. J'ai pu vivre une finale de Coupe du monde en 2006, ce qui reste un des meilleurs moments de ma vie. Aujourd'hui, ce n'est pas facile pour tout le monde. Ni pour un sélectionneur qui se fait tout le temps critiquer. Je tiens tout de même à lui dire merci.


Arrivez-vous à imaginer la suite et vous projeter dans l'avenir ?
E.A. : La suite, c'est dans pas longtemps. Il y a un Euro à jouer, il faut se qualifier et tourner la page très vite. Mais ce Mondial, on va en parler pendant longtemps. Cet échec servira peut-être pour la suite...