Altitude et altitude...

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Altitude et altitude...
Par C. R. (Avec AFP)|Ecrit pour TF1|2010-05-26T20:08:07.000Z, mis à jour 2010-05-26T20:08:07.000Z

Les Bleus ont passé une semaine en altitude à Tignes. Ils joueront plusieurs fois en altitude durant la Coupe du monde en Afrique du Sud. Mais ça n'a rien à voir. D'ailleurs, les Bleus ont fait le choix de poursuivre leur préparation au niveau de la mer. Il y a débat.

Si l'équipe de France a choisi d'aller s'oxygéner à Tignes pour la septième fois depuis 1997, il y a bien une raison. Une part de superstition. Une dose de nécessité physique. La force de l'habitude. Cette année, la station savoyarde permet aussi aux Bleus de suivre un stage d'acclimatation sur-mesure avant deux rencontres qu'elle disputera à plus de mille mètres d'altitude. Sur-mesure ? Pas tout à fait, malgré les apparences. Ce stage "sera parfaitement inutile", selon Véronique Billat, directrice d'une unité de physiologie de l'exercice à l'Inserm, dans la stricte perspective d'une acclimatation aux hauteurs sud-africaines. Grégoire Millet, chercheur à l'Institut des sciences du sport de Lausanne (Suisse), juge lui aussi cette semaine "beaucoup trop courte et trop éloignée de la compétition" pour que les joueurs améliorent leur endurance en fabriquant des globules rouges supplémentaires.


Redescendus sur terre mardi soir, les Bleus - attendus ensuite à Tunis, à la Réunion, puis à Knysna, avec la mer juste à côté - ne côtoieront plus les sommets ces prochaines semaines. Alors que vingt-deux équipes sur trente-deux ont choisi de séjourner à plus de 1000 mètres d'altitude pour s'habituer, le parti-pris de l'équipe de France a de quoi étonner, selon les spécialistes consultés. Les Bleus ont opté pour un hôtel cinq étoiles au bord de l'Océan Indien alors qu'ils joueront deux de leurs trois matches de poule à 1300 et 1400 mètres d'altitude, tandis que d'éventuelles demi-finale et finale auront lieu à Johannesburg, à 1750 mètres. "Leur choix me semble osé, d'autant que les effets de l'altitude sont à la fois biologiques - avec une fatigue accrue - et techniques, puisque les trajectoires de balle seront modifiées", s'étonne Paul Robach, responsable du pôle de recherche biomédicale à l'Ecole nationale de ski et d'alpinisme, située à Chamonix.


"C'est en altitude ?"


Même scepticisme pour Grégoire Millet, qui prévoit "un avantage particulièrement visible des équipes bien acclimatées en deuxième mi-temps, lorsque la fatigue se fera sentir", notamment "pour les milieux de terrain qui courent au moins 10 à 15 kilomètres par match". Selon lui, l'idéal aurait été "de dormir entre 1200 et 1500 mètres, pour s'adapter à la raréfaction de l'air sans s'épuiser" et d'alterner entraînements intenses en plaine et séances plus techniques sur les hauteurs. Les sportifs d'endurance connaissent ce modèle depuis longtemps. "Mais c'est un modèle théorique, mais beaucoup de choses restent à établir pour les sports collectifs, puisque l'effort est un peu différent. Il y a beaucoup de sprints à répéter, d'où l'importance de conserver une bonne explosivité", nuance cependant le chercheur.


Plus favorable à la stratégie des Bleus, Véronique Billat estime justement que rester en plaine leur permettra "de s'entraîner fort et vite, d'éviter un déconditionnement musculaire et de mieux dormir". La fraîcheur physique compenserait alors une moindre acclimatation. "Pour que ça marche, encore faut-il qu'ils montent en altitude trois jours avant un match pour surmonter la phase d'adaptation aiguë", insiste la chercheuse. Sinon, la capacité physique du groupe risque de plonger. Robert Duverne, le préparateur physique des Bleus, sait tout cela. Il est un de ses anciens élèves. Pourtant, cela n'arrivera pas. Pour l'instant, la FFF envisage seulement de changer d'hôtel en cas de qualification pour les huitièmes de finale, selon le programme. Mais le camp français s'étonne des réserves que son choix d'hébergement entraîne. Dans les couloirs de la FFF, on nous disait il y a quelques semaines : "On s'est rapproché des rugbymen, qui ont l'habitude de jouer à Johannesburg, pour leur demander comment se préparer en altitude. Ils nous ont dit : "ah bon ? C'est en altitude ?"