Le bateau ivre

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Le bateau ivre
Par Laurent VERGNE|Ecrit pour TF1|2010-06-21T16:15:05.000Z, mis à jour 2010-06-21T16:15:05.000Z

Le football français vient de traverser le week-end le plus invraisemblable de toute son histoire. 48 heures au cours desquelles il n'a jamais été question de jeu ou de terrain, mais d'insultes, d'exclusion, de traitre, de mutinerie et de démission. 48 heures dans l'oeil du cyclone.

Au rythme où se déroulent les évènements, difficile de savoir comment se terminera l'aventure française en Afrique du Sud. Mais une chose est sûre, il y aura un avant et un après Coupe du monde 2010. Le regard porté sur le football français par le reste du monde n'est plus ce qu'il était il y a encore 48 heures. Il y a deux jours, la consternation se limitait au seul domaine sportif, après la débâcle de Polokwane face au Mexique (0-2). C'était déjà beaucoup. Mais ce n'était rien à côté de ce qui nous attendait ce week-end. Plus personne ne parle de la vraisemblable élimination tricolore. Parce qu'il y a aujourd'hui beaucoup plus grave.


La France du foot a le vertige. Il y a de quoi. Sa sélection a complètement perdu la tête. Il faut se pincer pour croire que tout est vrai. Depuis la parution de l'édition de samedi du journal L'Equipe, avec à sa Une les insultes qu'aurait prononcées Nicolas Anelka à l'encontre de Raymond Domenech à la mi-temps de France-Mexique, les scènes les plus surréalistes se sont succédés. Si quelqu'un avait osé écrire un tel scenario vendredi matin, il serait passé pour un fou. Tout parait irréel. La conférence de presse tenue samedi après-midi par Jean-Pierre Escalettes et Patrice Evra, d'abord. Le grand pardon d'un Franck Ribéry au bord des larmes dans Téléfoot, ensuite.


Une forme d'égoïsme


Puis il y a eu le "climax" du Field of Dreams" (le terrain des rêves...), dimanche après-midi. La quatrième dimension. En moins de deux heures, chacun a pu assister, quasiment en direct, à une altercation entre Patrice Evra et Robert Duverne, à la démission de Jean-Louis Valentin, membre éminent de la FFF, devant le refus des joueurs de s'entraîner, puis à la lecture à la presse, par Raymond Domenech, d'une lettre "écrite" par ces mêmes joueurs pour justifier leur attitude. Une scène proprement hallucinante, au point qu'il y avait de quoi osciller entre le rire et les larmes.


Installés dans l'oeil du cyclone, là où, c'est bien connu, tout semble calme et tranquille, les membres du clan tricolore pris au sens large (joueurs, staff, dirigeants) ne semblent pas mesurer l'impact désastreux des derniers évènements. Ils ne comprennent pas à quel point le maillot bleu est désormais entaché. Tous sont en train de casser un beau jouet qui ne leur appartient pas. Il y a une forme d'égoïsme dans cette attitude. On pense tout particulièrement à celle des joueurs, qui ont commis une faute majeure dimanche en refusant de s'entraîner à 48 heures d'un match décisif face à l'Afrique du Sud. Se souviennent-ils seulement qu'il leur reste cette rencontre à jouer? C'est à se demander.


Contradiction


Dimanche midi, Franck Ribéry a imploré les médias de laisser les Bleus tranquilles. "On va faire tout pour gagner ce match contre l'Afrique du Sud, jurait-il. On veut encore rêver et c'est important de gagner un match dans cette Coupe du monde. Je n'ai jamais été dans une situation comme ça. C'est très dur". Les propos du Munichois auraient pu paraître touchant s'il n'y avait eu la grande parade de l'après-midi, avec grève et mutinerie au programme. Zapper l'entraînement, de la part de joueurs qui veulent tourner la page et ne plus penser qu'au terrain, c'est au mieux un suicide collectif, au pire une marque de profond cynisme. Devant les caméras de TF1, Ribéry a lui-même admis que l'équipe de France était "la risée du monde entier". Il avait vu juste. Fallait-il en rajouter une couche (la plus épaisse de toutes d'ailleurs) quelques heures plus tard? Peut-on se contredire de façon plus évidente?


Même s'il faudra sans doute du temps, peut-être même beaucoup de temps, on peut imaginer que l'institution équipe de France, au sens large, survivra à tout ça. Mais il restera une tâche sur le maillot. L'histoire se souviendra que cette équipe-là, a donné, le temps d'un week-end, un spectacle pathétique, au retentissement bien plus nocif que son incapacité à gagner des matches.


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