Les Bleus font-ils fausse route ?

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Une autre histoire ?
Par Maxime DUPUIS (à Knysna)|Ecrit pour TF1|2010-06-15T14:00:09.000Z, mis à jour 2010-06-15T14:00:09.000Z

Est-il vraiment raisonnable de demander aux Bleus d'être ambitieux et de faire le jeu ? Empruntés dans les trente derniers mètres, les Français seraient peut-être efficaces en partant de loin et en aspirant leurs adversaires. Comme en 2006. Moins glamour certes. Mais peut-être salvateur.

Les joueurs de l'équipe de France sont au moins d'accord sur un point. Face à l'Uruguay, ils ont plutôt fait preuve de "solidité défensive". Cette sacro-sainte solidité qui est le dénominateur commun des équipes qui vont loin en Coupe du monde. Gagner un Mondial sans une assise défensive est à peu près aussi plausible que traverser l'Atlantique à la nage. Lors de douze dernières années, l'équipe de France a construit l'essentiel de ses succès sur une organisation sans faille. C'était le cas en 1998, avec le fantastique quatuor Lizarazu, Blanc, Desailly, Thuram et la triplette de récupérateurs constituée de Petit, Deschamps et Karembeu. Huit ans plus tard, les Bleus ont atteint la finale du Mondial avec une formation défensive, bâtie pour contrer son adversaire. La quête de 2000 restant une exception, le potentiel offensif de la bande à Zidane lui octroyant une marge plutôt confortable.


Après l'échec de l'Euro 2008, un virage à 180 degrés avait été prôné par la DTN et Gérard Houllier en particulier. La révolution du jeu bleu était en marche et devait amener les Tricolores, Raymond Domenech en premier lieu, à changer de mentalité, ouvrir le jeu et se transformer en équipe offensive, agréable à voir jouer. Les éliminatoires de la Coupe du monde, laborieux au possible, n'ont pas vraiment changé la donne. Domenech a continué à faire du Domenech et ce n'est qu'à Tignes, après la mi-mai, que le sélectionneur national a tenté de faire bouger les lignes en lançant son 4-3-3 à un récupérateur, avec cinq joueurs à vocation offensive sur le pré (Malouda, Gourcuff, Ribéry, Govou, Anelka). L'idée - tardive - a fait long feu.


Partir de loin


Contre l'Uruguay, Raymond Domenech est revenu à son 4-2-3-1. Et même si les joueurs assurent que ce retour aux bonnes vieilles habitudes n'a rien de définitif et pourrait être ponctuel, il semble établi que le 4-3-3 est redevenu une option de rechange, au cas où. Patrice Evra, capitaine de l'équipe de France, a d'ailleurs laissé entendre que le système mis en place au Cap permettait de partir "sur des bases solides. Quand tu commences une compétition, tu te sens costaud. Tu ne te fais pas bouger." C'est déjà un bon début. Après, il ne reste qu'un "détail" à régler, comme le confiait Eric Abidal : "Marquer un but". Au minimum.


Vendredi au Green Point Stadium, les Français ont eu le ballon et n'ont jamais réussi à percer le mur sud-américain, semblant empruntés et en manque d'imagination. On peut mettre ça sur le compte de performances individuelles insuffisantes, évidemment. Mais aussi sur une culture footballistique française qui, finalement, ne sied peut-être avec le jeu posé. Si Gourcuff est un métronome, les joueurs qui l'entourent sont avant tout des perce-murailles, qui gagnent en efficacité lorsqu'ils sont lancés et partent de loin. Et que dire des avant-centres tricolores ? Mis à part Gignac, qui a le profil d'attaquant de surface, Anelka, Henry et Cissé sont des joueurs qui aiment la profondeur. Pour la trouver, il ne faut pas attaquer à plat mais partir de loin. Et donc aspirer son adversaire en jouant plus bas pour s'ouvrir des espaces. C'est une autre philosophie, moins glamour qu'un 4-3-3 sur le papier, mais peut-être plus adaptée à l'équipe de France et à ses joueurs. Plaire et gagner, c'est peut-être un peu trop pour ces Bleus-là. Gagner serait déjà pas mal.