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L'oeil de Telefoot.fr - Ribéry, Kanté... Le National, chemin alternatif pour rêver des Bleus et de la Ligue 1

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N'Golo Kanté   Oeil de Téléfoot
Par Lucile Alard - Agence CReafeed|Ecrit pour TF1|2017-01-03T17:16:48.701Z, mis à jour 2017-01-12T15:33:22.818Z

Troisième division du foot français, le National accueille de nombreux jeunes qui ont vu la porte du monde professionnel se refermer devant eux. Mais les parcours de Ribéry, Valbuena ou Kanté l’ont prouvé : évoluer dans l’antichambre du professionnalisme ne signifie pas la fin des ambitions.

Ils s’appellent Mathieu Valbuena, Franck Ribéry, N’Golo Kanté, Olivier Giroud ou encore Laurent Koscielny. Pas de doute, il y a là de quoi construire une belle équipe autour de ces actuels ou anciens internationaux français. Mais le maillot bleu n’est pas leur seul point commun. Avant d’atteindre la sélection, ces joueurs, aujourd’hui reconnus, ont tous évolué à un moment de leur carrière en National, la troisième division du football français. Pour ceux qui ont manqué le passage au monde professionnel à l’orée de leurs vingt ans, ces parcours prouvent que toucher son rêve du doigt reste possible et que le foot offre parfois une seconde chance. A condition de travailler, de persévérer et d’avoir un mental prêt à affronter toutes les difficultés présentes sur la route.

Thomas Ephestion (21 ans) fait aujourd’hui le bonheur de Béziers en National. Il rêvait de faire celui de l’OM.  "J’ai été deux ans stagiaire à Marseille, nous dit-il. J’ai même fait une préparation estivale avec les pros sous Elie Baup (à l’été 2013, NDLR). Tout s’est plutôt bien passé. Ils m’ont proposé un contrat amateur d’une saison à la fin mais j’ai refusé car je pensais trouver mieux ailleurs. Cela n’a pas été le cas." Après Créteil dans ses jeunes années, Valenciennes et Marseille jusqu’à la fin de la saison 2014-2015, le milieu de terrain n’a pas franchi la barrière qui le séparait du monde professionnel. Le constat est le même pour Antoine Léautey (21 ans) qui effectue un joli début d’année sous le maillot de Boulogne, troisième de National. "J’étais sur une grosse saison avec Caen, le joueur le plus décisif de la réserve, se souvient-il. Je pensais que j’allais signer pro, mais non. Ils m’ont proposé d’aller à Avranches, leur club partenaire en National. J’ai refusé, un peu par fierté, parce que j’étais déçu de ne pas signer pro."

"Le football ce n’est pas un sprint, c’est un marathon"

Leur parcours rappelle celui de dizaines d’autres jeunes footballeurs. Au haut niveau, les places sont chères. Les plus coriaces s’acharnent mais la tentation de tout arrêter n’est jamais très loin, comme le décrit Thomas Ephestion. Quand il a quitté Marseille à l’été 2015, il s’est retrouvé sans club. Après six mois à s’entretenir sans contrat aux côtés de la réserve des Girondins, il a fini par signer à Béziers en janvier 2016. Il y a débuté… avec la réserve. "Quand tu passes un an et demi à t’entraîner avec les pros à Marseille et que tu joues ensuite en DHR, c’est très compliqué. Certains choisissent d’arrêter le foot." Mathieu Valbuena, dans des propos relayés par le site officiel de l’Olympique de Marseille, raconte les mêmes doutes lors de son début de carrière mouvementé. Non conservé par les Girondins de Bordeaux à l’issue de sa formation en 2003, il a trouvé un point de chute à Langon Castets en CFA2. "Passer du milieu professionnel d’un centre de formation au monde amateur n’est pas facile. […] J’avais le football en moi et ne pouvais pas me contenter de cela. J’aurais pu baisser les bras."

"Il y a des moments où l’on se dit que tout est fini", abonde de son côté Antoine Léautey. "Maintenant, je ne me prends plus trop la tête avec ça, poursuit l’attaquant de Boulogne. Le but c’est de viser le plus haut possible. L’important pour moi c’est surtout de jouer et si ça marche, tant mieux." Signer professionnel reste "l’objectif" mais se projeter serait trop dangereux. "Quand on voit que Kanté était à Boulogne à mon âge et qu’après, il a signé à Caen, c’est sûr que ça motive. Mais chacun son parcours, relativise celui qui a aussi porté le maillot du PSG dans sa jeunesse. Le football, ce n’est pas un sprint, c’est un marathon. Si ça se trouve, l’an prochain, je serai en L2 ou j’aurai tout arrêté."

Dans la grande loterie du football, passer professionnel et jouer en Ligue 1 après un passage en National reste une trajectoire envisageable. Ils sont plusieurs à en avoir les moyens selon Dominique Berthelot, observateur privilégié de ce championnat pour le site Foot-National. Thomas Ephestion et Antoine Léautey en font partie comme, selon lui, Umut Bozok, qui fait les beaux jours de Marseille Consolat (9 buts depuis le début de la saison).

Pour ces jeunes joueurs, le National peut être "une vitrine". Il est de plus en plus "regardé par les suiveurs", explique Alain Pochat, l’entraîneur de Boulogne. La suite dépend, en plus des qualités intrinsèques du joueur, d’une subtile alchimie : "Il y a plusieurs critères pour réussir ce genre de parcours, il faut un travail au quotidien bien sûr, avoir une bonne hygiène de vie, faire des sacrifices. Il faut avoir un esprit de compétition à toute épreuve mais garder la tête froide, être bien conseillé et faire attention aux sollicitations. Il y a aussi une question d’opportunité : celle de rencontrer le bon coach, celui qui va donner confiance au joueur et qui va le lancer au bon moment."

"Avant je cherchais un confort, un plus beau club"

Les exemples Kanté, Valbuena ou encore Ribéry ? "Evidemment que ça peut jouer un rôle moteur, estime Alain Pochat. Ce sont des trajectoires fulgurantes qui marquent les esprits des jeunes. Mais il faut apprendre à relativiser. On n’a pas des parcours comme ça tous les jours." Thomas Ephestion évolue au même poste qu’un N’Golo Kanté. Pas question de le nier, celui qui est aujourd’hui un international est "un modèle dont la carrière donne de l’espoir." L’admiration pointe dans la voix du joueur quand il évoque celui qui, aujourd’hui, "se balade à Chelsea." Mais pas question non plus de s’éparpiller. Thomas Ephestion a retenu les leçons de son passé. "Dans chaque échec, j’essaie de tirer quelque chose de positif. Je sais qu’il n’y a qu’une seule voie : travailler. Avant je cherchais un confort, un plus beau club. Mais l’important n’est pas là. Il faut jouer parce que c’est essentiel pour être visible."

Pour la prochaine fenêtre de mercato, il est pisté par plusieurs clubs de Ligue 1, notamment Montpellier selon Foot-National. Lui attend une proposition concrète pour en dévoiler davantage. Mais il en est persuadé, il a les clés pour prendre sa chance si elle se présente. "Si tu tombes, tu sais ce qui t’attend, donc tu fais en sorte de ne pas tomber de nouveau. La suite, c’est du bonus. Les joueurs de National qui arrivent chez les pros s’en sortent bien car ils ont connu la galère et sont peut-être davantage prêts psychologiquement." Justement, pour Piotr Wojtyna, qui a encadré les jeunes années de Kanté à Suresnes, "c’est le mental qui fait la différence." "J’ai eu des garçons plus doués que lui qui n’ont pas pu percer," constate celui qui entraîne toujours au sein de ce club du 92.

Reste ensuite à trouver le rythme dans un championnat à l’échelon supérieur. "Quand un joueur de 20 ou 21 ans arrive à enchaîner les matches en National c’est déjà la preuve de son mental et de sa qualité", souligne Alain Pochat. La marche peut encore être haute. "Entre le National et la Ligue 1, il y a un fossé," reconnaît Thomas Ephestion avec du recul. Il a déjà goûté, en amical avec Marseille, au niveau au-dessus. "Dans tout ce que tu fais, il faut aller plus vite, se remémore-t-il. En National, il y a peut-être plus de coups et d’intensité." S’il parvient à signer professionnel, il y aura forcément une pression supplémentaire : "Quand tu passes d’un échelon à l’autre, tu te demandes toujours si tu seras au niveau." Mais c’est le lot de tous les footballeurs. Thomas Ephestion sourit : "Avant de jouer la finale de l’Euro, Griezmann et Pogba avaient sûrement une appréhension."