L'oeil de Téléfoot - Ici c'est Paris : quand le PSG s'efforce d'être maître de sa région

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Presnel Kimpembe   Tampon Téléfoot
Par CReaFeed - Ilyes Ramdani|Ecrit pour TF1|2017-04-26T06:00:13.543Z, mis à jour 2017-04-27T15:24:07.819Z

Longtemps, l'hégémonie du PSG a été bousculée sur ses propres terres. Les meilleurs joueurs franciliens filaient à Lyon, Rennes ou Monaco, le public ne suivait pas forcément, les clubs amateurs et les pouvoirs publics voyaient le grand frère d'un œil méfiant. Aujourd'hui, le Paris Saint-Germain s'efforce d'asseoir son influence locale.

C'est son slogan qui le dit. Depuis son rachat par le fonds d'investissement qatari QSI en 2011, le Paris Saint-Germain aspire à "rêver plus grand". Plus grand, autrement dit plus loin, d'où une stratégie de développement axée en grande partie sur l'international. Marketing et communication en anglais, espagnol ou même mandarin ; recrutement de joueurs et d'entraîneurs étrangers ; stages de pré-saison et tournois d'exhibition aux quatre coins du monde…

Pogba et Mbappé ont échappé au PSG

Voilà pour la priorité. Mais, très vite, le PSG s'est rendu compte qu'il lui était impossible de sauter une étape. Autrement dit, de conquérir d'autres territoires avant d'être véritablement maître dans le sien. Et le chantier était suffisamment ardu pour le prendre au sérieux. En région parisienne, le Paris Saint-Germain a ainsi longtemps été perçu comme un "ogre" un peu méprisant, venu d'un autre monde et pas franchement en phase avec la réalité locale, ni très inséré sur le territoire où il recrute son public.

Ce constat porte en lui quelques conséquences nocives. Exemple dans le domaine du recrutement. Pendant des années, le PSG a échoué à mettre la main sur le vivier francilien, qui constituait pourtant l'un des plus gros bassins de footballeurs au monde. L'exemple de Paul Pogba, pur produit de la région, formé à Roissy-en-Brie puis à Torcy, est resté en travers de la gorge des dirigeants parisiens. Quelques années plus tard, c'est Kylian Mbappé, pourtant bien connu des recruteurs, qui a filé à l'AS Monaco après sa formation à Bondy et à l'INF Clairefontaine.

mbappe jeune

En août 2015, Olivier Létang, alors directeur sportif adjoint du PSG, regrettait d'ailleurs dans Le Parisien qu'un "joueur comme Pogba (puisse leur) échapper alors qu'il est de la région parisienne". Et le dirigeant parisien d'ajouter : "Nous n'avons aucune garantie de tomber dessus. Quand Matuidi est sorti de Clairefontaine, personne ne misait sur ce jeune qui est parti à Troyes. C'est après qu'il a eu une progression incroyable. Si on travaille avec une vraie cohérence, on a plus de chances de ne pas passer à côté d'une future étoile."

Pour attirer les jeunes Franciliens, le PSG sort son chéquier

D'où un travail de fond pour mettre en place cette "cohérence" dont parle Létang. "Ils ont compris que sur beaucoup de sujets, ils n'avaient pas forcément besoin d'aller voir très loin, note un agent habitué du Camp des Loges qui a souhaité conserver l'anonymat. Ils ont tout à portée de main : des joueurs, des entraîneurs, des terrains, des fans… Par rapport au tout début de l'ère QSI, ils ont beaucoup mis l'accent sur la région parisienne." A titre d'exemple, le PSG emploie aujourd'hui une vingtaine de recruteurs, contre huit seulement il y a cinq ans. Parmi eux, au moins six sont dévolus à temps plein à la région parisienne. Ils sont aperçus, de week-end en week-end, au bord des terrains pendant des matches de U11, de U13 ou de U15, même au niveau départemental. Avec la volonté qu'aucune pépite n'échappe à leurs radars.

Pour pouvoir recruter les meilleurs joueurs de la région, les détecter ne suffit pas. Il faut aussi pouvoir les attirer. Et pour cela, le PSG a développé deux armes : le chéquier et la séduction. La première est allée de pair avec l'augmentation du budget du club. Désormais, Paris propose des primes à la signature extravagantes pour les meilleurs adolescents de la région, de peur de se les faire chiper. Cette année encore, des sommes allant jusqu'à 300.000 euros ont été évoquées derrière les mains courantes pour des jeunes joueurs de 13 ou 14 ans. 

En plus de ces sommes folles, le quadruple champion de France en titre a développé tout un attirail pour enfin séduire ses cibles. Le centre de formation a été rénové et il va être bientôt déplacé à Poissy, dans des locaux ultra-modernes. Des jeunes du cru ont fait leur trou en équipe première, comme Adrien Rabiot ou Presnel Kimpembe, ajoutant du poids à l'argumentaire parisien. Enfin, le PSG a soigné ses relations avec les clubs amateurs et les éducateurs, souvent décisifs dans le choix de leurs jeunes.

"Il y a quelques années encore, ils venaient un peu à la sauvage, raconte Jordane Delaeter, directeur général de l'AS Poissy, club de CFA et voisin du PSG. Ils passaient un peu dans notre dos, en pensant qu'ils pouvaient se servir comme ils voulaient. Aujourd'hui, c'est fini. Ils font les choses de manière beaucoup plus propre, ils prennent contact avec nous quand un de nos joueurs les intéresse… Et on leur envoie avec plaisir, car tout le monde y trouve son compte."

Des partenariats avec les clubs franciliens

Plus globalement, le club parisien s'efforce d'entretenir des relations cordiales avec les clubs de la région parisienne. "C'est important pour eux ne pas avoir l'image d'un club en rupture avec son environnement, explique le dirigeant de Poissy. Ils font beaucoup de choses, ils offrent des places pour les matches, ils organisent des matches amicaux contre des petits clubs…" En revanche, selon nos informations, le PSG entretient des relations plus distantes avec certains autres clubs, comme le Paris FC, un de ses principaux rivaux dans le domaine de la formation. Le club de la capitaine se tient aussi à l'écart de certains événements : il n'inscrit pas ses meilleurs joueurs dans les championnats régionaux, il refuse de participer aux qualifications de la Danone Nations Cup contrairement à tous les autres clubs professionnels. 

Dans la stratégie du PSG à l'égard de la région capitale, tout un pan est également réservé aux initiatives sociales. Chaque mercredi, chaque week-end et lors de toutes les vacances scolaires, des centaines d'enfants sont accueillis dans les "écoles de football" de la PSG Academy. Disséminés partout dans la région, ces dispositifs offrent aux jeunes des souvenirs… et des équipements à l'effigie du club. Manière de rendre le Paris Saint-Germain encore plus populaire dans les cœurs des jeunes de la région, ainsi que de fédérer un engouement et une identité autour du club.

L'engouement est aussi savamment entretenu par le club parisien lorsqu'il s'agit des adultes. Après les avoir tenus à l'écart dans le sillage du "Plan Leproux", le PSG a renoué ces derniers mois le contact avec ses Ultras. Par petites touches, ceux-ci ont été réintégrés au Parc des Princes, où l'ambiance s'en est immédiatement ressentie. Les échecs consécutifs en Ligue des champions n'y sont pas étrangers : la direction du club est ainsi convaincue qu'il lui manque, pour passer un cap, un public et une ambiance dignes des plus grands. Impossible, donc, de se passer du soutien populaire local.

Impliquer les élus franciliens

Enfin, le développement francilien du PSG a dû passer, inévitablement, par des relations privilégiées avec les pouvoirs publics locaux. C'est ce qui a permis au club de concrétiser son installation prochaine à Poissy, où ses pros, ses jeunes, sa section féminine mais aussi ses handballeurs vont emménager en 2019. "Quand le PSG s'est montré intéressé, j'ai sauté à pieds joints sur l'occasion, raconte Karl Olive, le maire de la ville. On travaille main dans la main depuis quasiment 18 mois. On a des relations très privilégiées avec le club. J'y tiens beaucoup." 

En résulte un projet soutenu par la ville, mais aussi par le département, la communauté de communes ou encore la région Ile-de-France. Et, là encore, le PSG se refuse à être une forteresse fermée sur elle-même. "Déjà, les habitants ne voulaient pas de murs bétonnés en face de chez eux, sourit l'édile, lui-même ancien joueur et arbitre du club. Tout sera donc intégré au paysage local. Des passerelles évidentes seront mises en place avec les clubs, les écoles et les collèges de la ville… Sans que cela coûte un centime au contribuable. L'objectif, c'est que tout le monde soit gagnant."

A commencer par le club, explique celui qui fut aussi journaliste et directeur des sports de Canal+ : "En région parisienne, on a actuellement un des plus grands viviers de France en matière de jeunes joueurs. Et paradoxalement, peu de joueurs issus de la région sont passés par le PSG. Il fut un temps où le PSG n'a pas suffisamment travaillé sa préformation et sa formation. Là, le fait de proposer un outil extraordinaire va les aider dans ce sens. Il y a un vivier énorme, ils vont pouvoir en profiter encore plus." Ce qui, à terme, devrait leur être utile pour rêver plus grand.