Cesc Fabregas, profession : bouche-trou

Voir le site Téléfoot

error
Par Emmanuel GUERIN|Ecrit pour TF1|2013-10-02T15:54:00.000Z, mis à jour 2013-10-03T16:02:31.000Z

A Barcelone comme en sélection, Cesc Fabregas est un faire-valoir, un second choix, un joker... Le milieu espagnol est pourtant un joueur de grand talent. Dans n'importe quel club, n'importe quelle sélection, il serait un titulaire indiscutable.

Francesc Fabregas dispute déjà sa troisième saison avec le FC Barcelone. Pour la première fois depuis qu'il est revenu en Catalogne, son entraîneur, Tata Martino, semble décidé à le faire évoluer à son poste. Car depuis deux saisons, les entraîneurs de l'Espagnol ont pris l'habitude de l'utiliser en attaque, que ce soit avec le Barça ou en sélection. Fabregas n'a pourtant de cesse de le clamer, c'est un milieu de terrain. Et quand il est à son poste, les autres en profitent.

Formation à la Masia
Fabregas est un Catalan, un vrai. Né à Arenys de Mar le 4 mai 1987, il adule depuis son plus jeune âge le FC Barcelone. Après avoir évolué dans plusieurs clubs locaux, il est repéré par le Barça. A 10 ans, il intègre le prestigieux centre de formation blaugrana : la Masia. Durant son apprentissage, il évolue principalement au poste de milieu récupérateur, tout comme son idole Pep Guardiola. Dans le moule barcelonais, le jeune Espagnol progresse et apprend aux côtés de ses coéquipiers.

Il y côtoie certains de ses actuels coéquipiers à l'image de Lionel Messi et Gerard Piqué. Les années passent mais le Camp Nou et l'équipe première semblent encore loin. Fabregas regarde avec admiration les Xavi, Iniesta et autres Thiago Motta mais sent qu'il sera bien difficile de s'imposer au sein de cette équipe. A 16 ans, il est approché par Arsène Wenger. L'opportunité est belle, le Catalan la saisit. Le 11 septembre 2003, il rejoint officiellement le club d'Arsenal.

Fabregas file à l'Anglaise
Ses premiers mois en Angleterre sont pourtant difficiles. Loin des siens, Fabregas a le mal du pays. Il ne parle pas la langue, découvre un nouveau pays, de nouvelles coutumes. Ainsi, sa rencontre avec Philippe Senderos sera déterminante. « Je ne connaissais absolument rien à l'Angleterre, alors Philippe m'a énormément aidé. Depuis que je suis à Londres, Philippe a toujours été formidable avec moi », avait-il expliqué à l'issue de sa première saison avec les Gunners. Mais c'est tout seul qu'il aura répondu aux critiques.

En effet, de nombreux doutes entourent l'arrivée du joueur espagnol. Certains le disent trop frêle pour la Premier League anglaise. Les autres ne lui voient pas l'étoffe d'un grand. Fabregas fera rapidement taire les sceptiques. Dès le mois d'octobre 2003, Arsène Wenger offre ses premières minutes au jeune espagnol en League Cup contre Rotherham United. Il devient le plus jeune joueur de l'histoire des Gunners à endosser ce maillot (16 ans et 177 jours). Quelques mois plus tard, il devient le plus jeune buteur du club.
error

Eclosion d'un génie
Lors de cette saison, Arsenal remporte la Premier League en restant invaincu. L'Espagnol, qui n'a pas évolué en championnat, ne peut décrocher ce titre. Il découvre la Premier League la saison suivante, profitant des blessures successives de Patrick Vieira, Gilberto Silva ou encore Edu. Il est fréquemment titulaire et dispute pour la première fois de sa carrière une compétition européenne : la célèbre Ligue des Champions. La saison se termine en beauté avec une victoire en FA Cup face à Manchester United.

A l'été 2005, le capitaine des Gunners, Patrick Vieira, choisit de rejoindre la Juventus Turin. Cesc Fabregas est son successeur désigné. S'il a toujours reconnu que son idole était Pep Guardiola, le milieu ibère reconnait s'être inspiré du jeu du Français pour progresser. « Patrick m'a aidé à grandir en tant qu'homme et que joueur. Je lui dois beaucoup et, quand j'y repense, je me dis que j'ai une dette envers lui ». Avec ses qualités techniques, Fabregas prend la relève de l'ancien capitaine des Gunners.

De milieu relayeur à meneur de jeu
C'est une réussite. Aux côtés de Gilberto Silva, Fabregas allie taches défensives et relances millimétrées. Grand artisan du bon parcours d'Arsenal en Ligue des Champions, il retrouve son club formateur en finale. Arsenal est dominé par le Barça (1-2), des retrouvailles malheureuses pour le Catalan. La saison se termine sans titre mais Fabregas (50 matches disputés) a pris une dimension internationale. La preuve, Luis Aragonés le convoque pour le Mondial 2006.

L'été est mouvementé, le Real Madrid essaie de le recruter mais Arsenal se montre inflexible. Quelques mois plus tard, Fabregas signe un nouveau contrat avec les Gunners. L'Espagnol est désormais installé dans l'entrejeu londonien, son influence est considérable. En championnat, il délivre 13 passes décisives, ce qui en fait le meilleur passeur d'Angleterre. Les récompenses individuelles se multiplient durant cet exercice, il est élu Golden Boy 2006 (Meilleur joueur de moins de 21 ans décerné par Tuttosport).
error

Capitaine Fab
L'été 2007 est un nouveau tournant dans la carrière de l'Espagnol. Thierry Henry rejoint Barcelone et Fabregas devient le véritable meneur de cette équipe. A titre individuel, il répond présent, termine meilleur passeur de la Premier League (20 offrandes) et reçoit le prix de meilleur jeune du championnat. A titre collectif, une nouvelle saison sans titre s'achève. Sans titre en club car en Sélection, Fabregas triomphe avec la Roja lors de l'Euro. Son premier trophée majeur.

Fin 2008, Arsène Wenger dépossède William Gallas du brassard de capitaine pour le donner à Fabregas. « Un jour, il était venu me demander ce que ça me ferait de devenir le capitaine d'Arsenal. Je n'oublierai jamais ce moment. Nous avons passé dix minutes à parler non seulement du brassard mais aussi de ma vie personnelle. Sur le moment, je me suis senti vraiment privilégié. Quand vous avez le brassard, vous vous devez d'être encore meilleur », raconte l'intéressé. Il fera honneur à ce brassard, multipliant les performances de grande qualité.

Retour de l'enfant prodigue
Les louanges pleuvent, Thierry Henry n'hésite pas à dire que Fabregas peut devenir le meilleur joueur du monde. Arsenal ne gagne toujours pas mais Cesc enchaîne les saisons de haut niveau, à dix passes décisives ou plus en championnat. En 2010, il s'envole pour l'Afrique du Sud avec la Roja. Il devient champion du monde et offre le but à Andres Iniesta en finale. L'été suivant, il signe au FC Barcelone contre 36 millions d'euros. Un « cadeau » selon Arsène Wenger. Durant les premiers mois, il remporte trois titres (SuperCoupe d'Espagne, SuperCoupe d'Europe et Mondial des Clubs).

Le Barça impressionne et Guardiola aligne une équipe en 343 pour mettre dans les meilleures dispositions l'enfant du pays. Cela fonctionne, les statistiques de Fabregas sont impressionnantes, son entente avec Messi remarquable. Cela se gâte par la suite. Dans les matches importants, Cesc est rarement utilisé. La doublette Iniesta-Xavi lui est préférée au milieu et il évolue de plus en plus souvent en faux 9, pour suppléer Messi. En fin de saison, il remporte un nouveau titre (la Coupe du Roi) mais a clairement perdu sa place de titulaire. Ses statistiques cachent une réalité décevante : 48 matches, 15 buts et 20 passes décisives.


Fabregas a trouvé sa place
Sa deuxième saison débute à merveille. Tito Vilanova, qui avait tout fait pour qu'il revienne au Barça, semble lui faire confiance. Ses premiers matches sont de grande qualité mais il est de nouveau critiqué après une baisse de forme. « Il y a une mini-campagne contre moi. Il y a plusieurs médias qui exagèrent ma mauvaise passe et je ne comprends pas pourquoi (...) Un mauvais match efface dix bons matches », lance Fabregas pour se défendre. Et comme l'exercice précédent, l'Ibère ne dispute pas les rencontres cruciales et est trimballé entre le milieu et l'attaque (48 matches, 14 buts et 12 passes décisives). La Liga sera son lot de consolation.

En sélection aussi, Vicente Del Bosque décide de l'utiliser en pointe. Cela paye puisque l'Espagne remporte l'Euro 2012 et Fabregas figure dans l'équipe type de la compétition. Attaquant n'est pourtant pas son poste. Tata Martino semble l'avoir compris. Depuis le début de la saison, l'entraîneur argentin impose un turnover important et Cesc peut évoluer au milieu. Une position dans laquelle il brille, il en est déjà à 7 passes décisives et 1 but en championnat. Il sera encore utilisé en attaque mais ce ne sera que du remplacement. Cesc Fabregas est un milieu, il ne faut pas l'oublier.