Le coeur du problème

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Le coeur du problème
Par Eurosport.fr|Ecrit pour TF1|2010-03-09T17:20:00.000Z, mis à jour 2010-03-09T17:20:00.000Z

L'Olympique Lyonnais a incontestablement marqué le football français en ce début de millénaire. Mais il lui manque toujours au plus haut niveau européen cet exploit majuscule qui change le regard des gens sur un club. Celui qui frappe les esprits, mais gagne surtout les coeurs.

Dans 15 ou 20 ans, que restera-t-il de l'Olympique Lyonnais d'aujourd'hui? De cet OL qui, sur une décennie, a dominé l'hexagone, imposant une hégémonie jamais entrevue jusqu'alors dans l'histoire nationale. Même Saint-Etienne, du temps de sa splendeur, devait partager les titres et les honneurs, avec l'OM ou Nantes. Mais que racontera-t-on aux générations suivantes pour résumer en une image, en une phrase, en un match, l'empreinte que les Lyonnais auront laissée dans la mémoire collective du football français?


Le coeur du problème

Pour Lyon, à quel moment se référer? Ces moments qui, transcendant l'esprit partisan, n'appartiennent plus au club lui-même, mais à tous. Ces instants, toujours uniques, rien ne vaut la scène de la Coupe d'Europe pour les créer. Saint-Etienne a sa victoire mythique contre Kiev et les poteaux carrés de Glasgow. Marseille, ses succès contre Milan et sa coupe aux grandes oreilles. Le PSG restera à jamais associé à la victoire contre le Real, avec la tête de Kombouaré. Bordeaux a vécu sa campagne glorieuse de 85 et celle de 96 en UEFA, avec la victoire contre Milan. Même Monaco, à travers son formidable parcours de 2004, qui l'a vu se hisser en finale de la Ligue des champions après avoir sorti le Real et Chelsea, a su toucher au-delà de son maigre public habituel.


Etre roi ou roi maudit


Et Lyon alors? Il se range plutôt dans la catégorie d'un FC Nantes. Les Canaris ont joué plus de 20 fois la Coupe d'Europe, atteint à deux reprises les demi-finales, dont une fois en C1, mais il leur manque cette touche de folie, cette performance hors normes, cette émotion qui emporte tout. Idem pour les Lyonnais. Depuis 10 ans, l'OL a été d'une régularité impressionnante au plus haut niveau. Le club rhodanien a disputé la Ligue des champions sans discontinuer. Il a franchi le premier tour systématiquement depuis 2003. Lyon a disputé des matches de très haut niveau et signé quelques victoires majeures. Le Real Madrid, face à qui l'OL est toujours invaincu en 5 matches, a été terrassé à deux reprises 3-0 (2005) et 2-0 (2006). Le Bayern Munich (battu 3-0 à Gerland en 2000-2001 puis 2-1 en Bavière quelques années plus tard) ou l'Inter ont également chuté face aux Gones. Mais...


Mais toutes ces victoires ont pour point commun d'avoir été obtenues en phases de poule. Cela n'enlève rien aux Lyonnais en termes de mérite. Mais si ce bilan impose le respect, il ne suscite pas la passion. Sur le fond, il manque d'épaisseur, les hommes du président Aulas n'ayant jamais dépassé les quarts de finale en C1. Sur la forme, il souffre d'un déficit émotionnel. La régularité n'a jamais fait fondre les foules ni permis une adhésion massive. C'est pourquoi l'OL reste le club d'une ville, au mieux d'une région, mais pas de tout un pays. Pour changer la donne, il manque donc encore à l'OL un acte fondateur, un match de légende. Une victoire incontournable ou, mieux encore, une glorieuse défaite, de celles qui ont souvent immortalisé les héros du sport français. Pour marquer durablement, il faut devenir un roi tout court ou un roi maudit. L'OL n'est ni l'un ni l'autre. Il n'a toujours pas son Glasgow 76, son Séville 82 ou son Munich 93.


Dans les matches à élimination directe, Lyon a sorti qui dans les années 2000? La Real Sociedad, le Werder Brême et le PSV Eindhoven, à chaque fois en huitièmes de finale. Il n'est jamais allé plus loin. Récemment, ses éliminations, répondant à la plus implacable des logiques (Roma en 2007, Manchester en 2008, Barça en 2009), n'ont pas ému grand monde. Au-delà d'une quatrième qualification pour les quarts de finale de la plus prestigieuse des compétitions, c'est peut-être cette place dans le patrimoine qui se joue. Celle-ci ne se mesure pas qu'à la taille du palmarès. Bien sûr, on n'est pas obligé d'être aimé pour être respecté. Mais quelque chose nous dit que l'OL ne perdrait rien à gagner, aussi, sur ce terrain là.