Coupe de la Ligue, comment la mal-aimée a sauvé sa peau

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Par Paul Giudici - Agence CReafeed|Ecrit pour TF1|2016-12-09T13:23:05.534Z, mis à jour 2016-12-09T13:24:16.516Z

Format repensé, dotations augmentées, clubs protégés… À chaque renouvellement de droits, la Coupe de la Ligue innove pour perdurer dans le paysage du foot français.

Les huitièmes de finale de la Coupe de la Ligue auront lieu les mardi 13 et mercredi 14 décembre. Placés entre deux journées de Championnat et au cœur d’un marathon de fin de première partie de saison pour les clubs, la compétition va encore offrir l’occasion aux entraîneurs de faire tourner leur effectif. Dans la plupart des stades, l’ambiance sera minimaliste. Ça n’a pas changé : la compétition n’intéresse guère. Du moins, pas à ce stade de l’année. Avant les demi-finales, personne ne fait de la Coupe de la Ligue un objectif.

“Soit on la supprime une bonne fois pour toute, soit on arrête de lui taper dessus, nous dit Xavier Gravelaine, directeur général du SM Caen et ancien consultant. Moi qui l’ai commentée pendant près de dix ans, j’entendais toujours le même discours : “Y’en a marre.” Puis, arrivés en quarts ou en demi-finales, les mêmes voyaient le bifteck et se disaient “on peut être européen !” C’est un peu démago.”

C’est le gros point fort de cette compétition. Il suffit de gagner quatre ou cinq rencontres pour se retrouver en Ligue Europa. Les autres suent tout au long de 38 journées de L1 pour un résultat identique via le Championnat, quand la Coupe de France “coûte” sept victoires. Mais cela ne suffit toujours pas à inciter tout le monde à jouer la Coupe de la Ligue à fond.

Pour continuer de voir son bébé exister, la Ligue de football professionnel (LFP) s’est peu à peu pliée aux exigences des clubs. Comprendre : des gros clubs. A la différence de la Coupe de France, il ne s’agit pas de s’enthousiasmer devant les exploits des petits. La Coupe de la Ligue, c’est la vitrine du football professionnel. La présence en finale des grosses écuries y est hautement recommandée.

Pour y parvenir, le format a évolué. Désormais, les six équipes européennes en début de saison font leur apparition un tour après leurs congénères de L1. Mieux, les quatre premiers du dernier exercice - le PSG, Lyon, Monaco et Nice la saison dernière -  sont désignés tête de série et ont l’assurance de ne pas se croiser avant les quarts de finale… “Ça me dérange, déplore Gravelaine. Protéger les gros qui entrent après un ou deux tours, ce n’est pas la meilleure formule. Une coupe doit conserver son système avec tirage intégral.”



Caïazzo : “Une barre haute à 25 millions d’euros... en se disant qu’on ne l'atteindrait jamais.”

Malgré ces avantages, les présidents ont profité du nouvel appel d’offres sur ses droits télé, en décembre 2015, pour exiger de nouvelles adaptations. “La décision de prolonger a été décidée par deux choses, explique Bernard Caïazzo, président du comité de surveillance de l’AS Saint-Etienne, du syndicat de clubs Première Ligue et membre du comité de pilotage de l’appel à candidatures de la Coupe de la Ligue. Un, qu’il n’y ait plus de prolongation pour ne pas se retrouver à jouer jusqu’au bout de la nuit l’hiver. Deuxièmement, on avait fixé volontairement une barre haute à 25 millions d’euros de droits télé en se disant qu’on ne l'atteindrait jamais. A partir du moment où cela a été le cas, les clubs, de façon unanime, ont voté pour.”

Les dotations pour l’exercice 2016-17 sont exactement de 21,5 M€, en hausse de 87%. C’est dû en grande partie à l’acquisition des droits TV par le groupe Canal +, qui diffuse désormais l’intégralité de la compétition. France Télévisions ne dispose plus que de la meilleure affiche de chaque tour, qu’elle a le droit de co-diffuser avec la chaîne cryptée. “Désormais, un club qui se qualifie pour les quarts de finale touche pratiquement 1 M€ (765 000 € en réalité), avance Caïazzo. Ce n’est pas négligeable pour des clubs de milieu de tableau voire de L2.” Le vainqueur empochera lui 2,5 M€ contre 1,7 l’an dernier. Ces sommes ne permettront pourtant à personne de changer de train de vie. Traditionnellement, le pactole est reversé en grande partie en primes aux joueurs et au staff.

Sans ces aménagements, Caïazzo assure que les clubs auraient “arrêté de jouer la compétition.” “On aurait estimé que la rentabilité n’était pas assez intéressante et que cela entraînait trop de fatigue”, poursuit-il. La menace est classique. A chaque débat sur la rénovation du foot pro en France, la proposition visant à supprimer la Coupe de la Ligue s'immisce quelque part. En mai 2015, même Frédéric Thiriez, alors encore président de la LFP (2002-2016) et défenseur le plus ardent de cette coupe avait avancé cette idée dans une interview à L’Équipe. “Si je n'obtiens pas la majorité (sur la Ligue 1 à 18 clubs), je demanderai la suppression de la Coupe de la Ligue. Il faut absolument alléger le calendrier. C'est une mesure, à mon avis, idiote. Mais je la proposerai, la mort dans l'âme.”



Gravelaine : “On retrouvera plus souvent le Paris-SG où Monaco en finale”

Il n’en a rien été. Le calendrier est toujours aussi lourd. Parmi les cinq grands championnats (Allemagne, Angleterre, Espagne, France, Italie), seule la Premier League anglaise fonctionne sur le même modèle, mais sans trêve hivernale. “C’est une bonne coupe, nous promet au téléphone Noël Le Graët, président de la Fédération française de football (FFF) et créateur de la coupe de la Ligue en 1994 alors qu’il présidait à la LFP. Il a été décidé de faire entrer les européens plus tard. Peut-être qu’il y a une contestation des clubs moyens ou de Ligue 2. C’est un débat qui aura lieu à la Ligue. Mais elle a toujours un intérêt. Sur un match, on ne sait jamais, et elle est toujours très bien suivie.”

La Ligue ne manque jamais de communiquer sur la réussite de sa compétition. Dernière en date : l’affluence pour les seizièmes de finale. Près de 125 000 spectateurs se sont massés dans les enceintes. Une première depuis dix ans. Ces chiffres sont à relativiser. Dans la plupart des clubs, les premiers tours de coupe sont offerts aux abonnés et les places mises à la vente sont parfois vendues à un prix symbolique.

Au fil des ans et des changements de format, la LFP a réussi à concocter une coupe qui joue son propre rôle et où l’aléatoire n’est plus l’essence de la compétition. “Il est évident qu’avec cette formule, on retrouvera plus souvent le Paris-SG ou Monaco en finale”, en convient Gravelaine. Il faut remonter à 2006 et la victoire de Nancy pour retrouver un lauréat qui ne fait pas partie du Top 8 français. Qu’un club de L2 puisse remporter l’épreuve, comme Gueugnon en 2000, est devenu inconcevable.

C’est l’un des écueils de la nouvelle formule. Avant l’hégémonie parisienne - le PSG a gagné les trois dernières éditions - la Coupe de la Ligue permettait à des clubs moins fortunés de glaner un titre et de dépoussiérer la vitrine. “C’est le seul trophée de l’ère moderne du club, rappelle Caïazzo en référence à la victoire de l’ASSE en 2013. Ne comptez pas sur nous pour la dénigrer. Cela reste un trophée et permet à des équipes moins riches de créer la surprise.” “Je l’ai toujours défendue, insiste Gravelaine. Ceux qui la critiquent ont un double discours. Certains sont parfois bien contents de sauver leur saison grâce à la Coupe de la Ligue alors qu’ils ont manqué leur Championnat.”

Alors que la dernière finale entre Paris et Lille (2-1) a accueilli 10.000 spectateurs de moins que celle d’il y a deux ans entre Paris et Lyon (2-1), la LFP a décidé de délocaliser les trois prochaines éditions en Province. Cette année, le Parc OL à Décines accueillera l’événement. Bordeaux en aura les honneurs en 2018, puis ce sera au tour de Lille en 2019. Malgré les critiques et réserves, cela ressemble à tout sauf à une tournée d’adieux.