Comment Domenech a perdu la bataille

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Comment Domenech a perdu la bataille
Par Maxime DUPUIS (à Knysna)|Ecrit pour TF1|2010-06-21T11:30:03.000Z, mis à jour 2010-06-21T11:30:03.000Z

Il reste une infime chance de voir les Bleus en huitièmes de finale de la Coupe du monde. Mais il y a également de fortes probabilités pour que le sextennat de Raymond Domenech se termine demain sur un constat d'échec, dans la confusion la plus totale. Comment en est-on arrivé là ?

- AUCUNE LIGNE DIRECTRICE


En début de semaine, Florent Malouda a eu cette phrase sibylline mais finalement lourde de sens. Lorsqu'on lui demandait quelles étaient les consignes de Raymond Domenech dans le secteur offensif, il a lâché le plus naturellement du monde et sans vouloir être offensant envers le sélectionneur national, qu'il n'y avait "pas de consignes", sinon celle de "se lâcher". Léger ? Un peu, oui. Et sur le terrain, ça s'est senti. Entre les joueurs qui se cherchent, ceux qui reculent, d'autres qui se marchent sur les pieds, l'équipe n'a jamais trouvé la bonne formule. Et Raymond Domenech y est forcément pour quelque chose. "Tout le monde est responsable", assurait Jérémy Toulalan vendredi.


Ajoutez à cela les effets finalement dévastateurs du passage au 4-3-3 pour un retour précipité au 4-2-3-1 avant le premier match face à l'Uruguay. Tout le monde s'est évertué à dire que c'était pareil, que les deux systèmes étaient connus des Bleus puisque le second était celui de l'équipe durant les qualifications... N'empêche : changer d'organisation, pourquoi pas, ne pas la travailler une seule fois en près d'un mois et la remettre sur pied le jour d'une première rencontre de Coupe du monde, c'était plutôt osé, pour ne pas dire inconscient.


- UNE AUTORITÉ EN BERNE


Le footballeur Raymond Domenech, dans les années 70 et 80, avait de l'autorité. Il en imposait sur les terrains par sa rudesse. Le sélectionneur national qu'il est devenu semble avoir lâché la rampe. On y a cru, pourtant. Au début du rassemblement, et même un peu avant, les gestes forts se sont succédé. Il y a eu la rencontre de Barcelone, tout d'abord. Celle-là où Raymond Domenech a annoncé à Thierry Henry qu'il le retiendrait dans les 23 malgré une saison compliquée, mais que le meilleur buteur de l'histoire des Bleus démarrerait la compétition sur le banc. Il y a ensuite eu la liste des 30, délestée de quelques joueurs aux caractères plutôt affirmés, comme Karim Benzema ou Samir Nasri. Enfin, la décision de confier le brassard de capitaine à Patrice Evra, aux dépens de William Gallas - qui l'a mal vécu - ou d'Eric Abidal, a été le dernier des gestes marquants.


Pour le reste, le quotidien de ces dernières années a repris ses droits. Joueurs qui n'en font qu'à leur tête, sur le terrain et en dehors, certains cadres qui repoussent Gourcuff. Qu'il y ait des affinités électives, très bien. "On ne peut pas être les meilleurs amis du monde", lance Toulalan. De là à ce que le sélectionneur laisse faire... Il n'y a qu'un pas, franchi, alors qu'il n'aurait jamais dû l'être. Franck Ribéry voulait le côté gauche, au détriment de l'équilibre de l'équipe. Il l'a eu. William Gallas ne souhaite plus parler à la presse pour des raisons nébuleuses. OK. Nicolas Anelka qui passe ses matches à jouer en soutien... d'un attaquant qu'il devrait être. Pas grave, on continue. Il a fallu que le joueur de Chelsea insulte Domenech pour voir la porte de sortie. Mais si la presse n'avait pas révélé l'information et qu'Anelka avait accepté de s'excuser, il ne se serait rien passé. "Le Mexique est une équipe, on est onze joueurs", a justement relevé Toulalan, vendredi. A qui la faute ? Elle se partage entre individualistes forcenés et un sélectionneur dépassé par les événements.


- UN ENNEMI IMAGINAIRE


"On n'est pas loin de l'Euro 2008", a confié Raymond Domenech jeudi soir. Quatre jours plus tard, il semble même que ce soit pire. Elimination au premier tour à venir, même méfiance envers l'extérieur, le sélectionneur n'a pas changé. Sur les hauteurs de Knysna, dans le Pezula hôtel, camp retranché où les joueurs passent le temps à faire "des jeux" ou enchainer les parties de PlayStation dans une salle installée à ce dessein, tout le monde vit caché. Les séances se déroulent pour la plupart à huis clos. Quand elles sont ouvertes à la presse, c'est un quart d'heure. Ou grève générale. L'équipe de France reste repliée sur elle-même. A des milliers d'années lumière des Danois, basés dans la même ville et qui prennent du plaisir dans de Mondial. Comme l'a confié Morten Olsen, sélectionneur du Danemark, "je veux voir les joueurs avec le sourire." Très loin de l'équipe de France.


Si les 23 ont une part de responsabilité évidente, Raymond Domenech n'a pas montré l'exemple. Comme à l'Euro où il avait fait déplacer une séance d'entraînement au dernier moment pour semer les suiveurs, le sélectionneur se cache. Et finit même par se couper de ses joueurs. Avant l'Uruguay, pour que ses plans ne soient pas dévoilés dans la presse, Domenech a préféré continuer à travailler le 4-3-3. Le jour du match, il décidait de se passer de Florent Malouda et de titulariser Abou Diaby dans un 4-2-3-1, qu'ils n'avaient plus travaillé depuis des mois. Tout cela a été annoncé aux intéressés dans la journée précédant le match. Patrice Evra, capitaine désigné par Domenech, n'avait même pas été prévenu. "On le sentait venir", a juste cru bon de dire le Mancunien. Sentait-il venir également ce début de compétition cauchemardesque ? Et dire que les Bleus ont encore une infime chance de passer...