Donovan, c'est l'Amérique

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Donovan, c'est l'Amérique
Par Anthony PROCUREUR|Ecrit pour TF1|2010-06-26T16:00:02.000Z, mis à jour 2010-06-26T16:00:02.000Z

Aux Etats-Unis, Landon Donovan est un héros. Pourtant, l'Europe s'est toujours refusée à lui. Loin de sa Californie, le milieu offensif a eu du mal à briller. Mais son passage réussi à Everton l'a changé et il entend le prouver face au Ghana, ce soir. Avant de tenter à nouveau sa chance ?

A 28 ans, Landon Donovan a depuis longtemps conquis l'Amérique et le coeur des Américains. C'est le genre d'histoire dont raffolent les Etats-Unis. A 17 ans, attaqué par un Alligator, il frôle la mort. Onze plus tard, il conduit l'équipe nationale à sa troisième phase finale de Coupe du monde. Entre temps, il est devenu la star de la Major League Soccer et de la sélection. Il fait tomber tous les records de sélections (125) et de buts (44). Egalement meilleur passeur de l'histoire de l'équipe américaine, il a été élevé mercredi dernier au rang de héros national, d'"American Idol" comme l'a baptisé la presse. Le même soir, il qualifie les USA pour les 8e de finale et il sauve son mariage. Les Américains adorent. "J'ai traversé beaucoup de choses depuis quatre ans", confie un Donovan ému après son but face à l'Algérie (1-0). "Je suis si heureux que cela ait culminé de cette manière. Cela me fait croire en le bien dans le monde et si vous essayez de faire les choses bien, c'est bon de voir que vous êtes récompensés", ajoute-il dans un murmure, des larmes coulant sur ses joues. Celui qui posait auparavant en costume de Captain America sur son site internet est une icône. On parle même de faire un film sur sa vie.


Adulé aux Etats-Unis, le joueur le plus doué de sa génération n'a pourtant jamais réussi à s'exporter en Europe. Ça n'est pas faute d'avoir essayé. Et ce, à plusieurs reprises et dès son plus jeune âge. Après une Coupe du monde des moins de 17 ans où il explose en 1999, il rejoint le centre de formation du Bayer Leverkusen. Premier échec. Le Californien ne parvient pas à s'adapter et il est finalement prêté aux San José Earthquakes entre 2001 et 2005. Sur le sol américain, il brille. Pas de problème. Mais lorsqu'il retourne au Bayer, c'est à nouveau le fiasco. Sept petits matches en puis s'en va. Il pose alors ses valises au Los Angeles Galaxy. Il inscrit 60 buts en trois saisons et attire de nouveau les recruteurs européens. Le Bayern Munich lui donne une troisième chance. En vain. Il restera de novembre 2008 à mars 2009 sans beaucoup quitter le banc des remplaçants. Finalement, il doit attendre un prêt de quatre mois à Everton pour enfin convaincre. Mais le Galaxy refuse de le laisser partir...


Bradley : "Il a grandi"


Mais, à en croire son entraîneur Bob Bradley, Donovan n'est plus le même. Il "a montré lors de l'année écoulée une grande maturité, beaucoup de confiance et de motivation. Il décrit volontiers combien il a changé. Je crois que le bon terme, c'est qu'il a grandi". Quand il revient sur ses désillusions européennes, le joueur évoque en effet "une personne égocentrique, qui pensait avoir déjà tout vu et n'était pas prête". Une image de joueur égoïste et mégalo qui lui a longtemps collé à la peau malgré un titre de meilleur jeune lors du Mondial 2002. "Quand on est jeune, tout est facile. En 2002, tout me semblait simple car je ne me prenais pas la tête. Je ne pensais pas trop à l'équipe ou à mes partenaires. Je me contentais de donner le meilleur de moi-même à chaque sortie, avoue-t-il aujourd'hui. En vieillissant, on se rend compte qu'il faut que tout le monde soit sur la même longueur d'ondes si on veut gagner".


Sur un plan professionnel, Donovan dit avoir connu sa période la plus difficile après le Mondial 2006 en Allemagne, où les Etats-Unis n'avaient pas franchi le premier tour et où lui-même avait livré trois matches médiocres. Il faut dire que son statut d'icône n'a pas toujours été facile à porter. "Pour être franc, ça m'a pesé à une époque. Cela représentait beaucoup de pression et de stress. Maintenant, je me rends compte que je n'ai pas besoin de m'encombrer de ce genre de considérations", explique-t-il. Aujourd'hui, il assume : "J'ai la chance d'avoir reçu un don. Ce serait dommage de ne pas l'exploiter. Alors, j'ai le choix : je peux me cacher ou je peux accepter la situation. Désormais, j'ai décidé d'en prendre mon parti". En Afrique du Sud, il a marqué deux buts cruciaux - celui de la réduction du score alors que la Slovénie menait 2-0 et celui de mercredi - après une très bonne saison en Angleterre.


L'intérêt du PSG


Son passage à Everton est-il un tournant ? "C'est une expérience qui n'a pas de prix. Je suis devenu un meilleur joueur", explique-t-il. Ce séjour lui a surtout prouvé qu'il pouvait être compétitif dans le championnat le plus relevé du monde, dont il a été désigné meilleur joueur du mois dès son arrivée, en janvier. Si les Etats-Unis lui ont apporté ses plus grands moments de gloire, Donovan n'a donc pas abandonné son rêve de briller un jour en Europe. "J’aimerais jouer au Barça et être Messi pour un jour", espérait-il ainsi avant la Coupe du monde. A cette époque, ça n'était pas le Barça mais le PSG que l'on disait intéressé."Il y a eu un intérêt", avouait-il il y a toujours un an. S'il continue de briller, d'autres clubs pourraient se réveiller. Mais le sextuple footballeur américain de l’année peut-il encore faire mentir la méfiance des clubs européens ? Un nouveau but en 8e de finale, comme l'avait déjà fait il y a huit ans face au Mexique, pourrait l'aider.