Egos, la deuxième lame

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Egos, la deuxième lame
Par M.D. et C.R.|Ecrit pour TF1|2010-05-29T11:24:07.000Z, mis à jour 2010-05-29T11:24:07.000Z

Les jeunes personnalités écartées, Raymond Domenech a poursuivi l'oeuvre de dégonflement des egos par quelques autres choix plus subtils ou plus techniques, ces derniers jours.

LE BRASSARD POUR EVRA


Certains gestes en disent parfois plus qu'un long discours. Mercredi face au Costa Rica, Raymond Domenech n'a pas seulement décidé de transformer le système de jeu des Bleus. Le sélectionneur a également donné le brassard de capitaine de l'équipe de France à Patrice Evra. Un geste loin d'être anecdotique. Alors que Thierry Henry n'était pas sur le terrain au coup d'envoi, le capitanat aurait "logiquement" dû revenir à William Gallas, 78 sélections au compteur. Dans des temps pas si reculés, il en aurait été ainsi et la force de l'habitude aurait primé. Mais le sélectionneur, dans sa quête de remise à plat, a décidé de promouvoir Patrice Evra. Une révolution tout en douceur et d'autant plus habile que, même si elle a un peu surpris sur le coup, elle est incontestable aux yeux des acteurs. Parfois capitaine à Manchester United, Evra est de l'avis général un joueur exemplaire, qui est monté en puissance lors du stage de Tignes. Ses prises de parole ont marqué le groupe. D'ailleurs Henry n'a pas récupéré le brassard à son entrée en seconde période. Pas nécessaire.


VIEIRA ET GALLAS : PAS DE PASSE-DROITS


La République des passe-droits a été enterrée en équipe de France dans la foulée de l'Euro 2008. Un virage à 180 degrés a été opéré dans la gestion de certains cas. A l'Euro, les trentenaires avaient la main, au nom de tout ce qu'ils avaient apporté. En espérant qu'ils pourraient rééditer leurs perfs d'antan. Vieira ? Retenu malgré une blessure musculaire à une cuisse. "Il s'entraîne" répondait Domenech. Son joueur, en réalité, se contentait de trottiner au milieu de séances avec ballon sans rapport avec ce que ses muscles pouvaient endurer. Deux ans plus tard, le grand récupérateur était absent de toutes les listes. Avec des trémolos dans la voix mais une certaine lucidité sur son niveau de jeu. Ce fiasco a aussi inspiré à Domenech une ligne dure dans la gestion du cas Gallas. En d'autres temps, le défenseur, deux fois blessé au mollet, aurait été choyé et protégé au nom de son bilan, notamment à la Coupe du monde 2006. Depuis qu'il a engagé une course contre la montre, le Londonien n'entend qu'un seul discours : "sois à 100%, ou les Bleus joueront sans toi". Il a joué 45 minutes sans donner l'impression d'aller au bout de ses efforts, à Lens. Le suspense continue.


HENRY SANS ANELKA


L'Espagne - France (0-2) de mars 2010 a été une caricature : des attaquants qui estimaient ne pas devoir défendre, qui pensaient pouvoir faire la différence seuls, qui semblaient vouloir dire au sélectionneur que leur qualité individuelle était snobée par le plan de jeu demandé. Ribéry le clamait assez franchement. Anelka, quelques mois plus tôt, avait brandi sa liberté de mouvement comme un étendard, feignant de voir qu'elle coupait Gourcuff de ses attributions. Alors, Domenech a décrété la rupture. Si Ribéry se sent conforté par le 4-3-3 né à Tignes, puisqu'il joue à gauche comme il le demandait, Henry et Anelka peuvent se sentir aujourd'hui moins indispensables qu'ils le pensaient peut-être. Dans ce système, sauf cascade de blessures, ils n'ont pas leur place en même temps. Ce sera l'un, ou l'autre. A Lens, c'était Anelka, avec Henry sur le banc. Et on peut même imaginer que les deux trentenaires partagent une banquette un de ces jours puisque ce système épouse mal le registre de "second attaquant" que chérit le joueur de Chelsea. Il appelle une vraie pointe. Un buteur puncheur dévoreur d'espaces. Gignac ou Cissé par exemple.