Les entraîneurs étrangers réussissent-ils mieux ?

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Zinédine Zidane   Real Madrid
Par Julien Kobana|Ecrit pour TF1|2017-02-23T14:41:42.378Z, mis à jour 2017-02-23T14:55:09.861Z

Dans les cinq grands championnats européens, les entraîneurs étrangers réalisent de belles performances. Zidane, Jardim, Conte, et Ancelotti se dirigent vers le titre. Juste une coïncidence ?

Ce n’est pas peut-être pas un hasard. Claudio Ranieri a été sacré meilleur entraîneur de l’année lors des « The Best » organisés par la Fifa, devant Diego Simeone, et Zinédine Zidane alors qu’aucun des trois n’officient dans leur pays. Au regard de ces résultats et des performances de leurs clubs dans les grands championnats, il semblerait que les entraîneurs étrangers obtiennent de très bons résultats. Explications.


La France et l’Italie font de la résistance

Sur les cinq dernières années, les cinq grands championnats ont connu des fortunes diverses. En Italie et en France, la Juventus et le PSG ont presque tout gagné. Pour le club piémontais, à chaque fois, un technicien italien était sur le banc, avec Antonio Conte (2011-2014) et Massimiliano Allegri (depuis 2014). 

En France, Laurent Blanc a décroché trois titres, succédant à l’Italien Carlo Ancelotti, lui aussi vainqueur de la Ligue 1 en 2012-2013. La performance de l’Italien était une anomalie dans le paysage footballistique français, dans la mesure où avant lui, il fallait remonter à 1994 pour voir un entraîneur étranger à la tête d’un club champion de France. C’était le Portugais Artur Jorge avec le PSG.


Pep Guardiola, José Mourinho et la spécificité anglaise

En Bundesliga, le cas est particulier. Depuis 1997, tous les entraîneurs champions d’Allemagne étaient originaires d’Outre-Rhin, exception faite pour Louis Van Gaal (Bayern Munich 2009-2010). Mais en 2013, l’Espagnol Pep Guardiola a pris la tête du Bayern et a remporté trois titres, et aussi une Ligue des Champions. Depuis 2000 (Sven Goran Eriksson, Lazio), le Portugais Mourinho est lui le seul entraîneur étranger à avoir remporté la Serie A (2009 et 2010). Il a aussi gagné la Liga (2012) et la Premier League (2015, après deux sacres en 2005 et 2006). 

D’ailleurs, en Angleterre, quatre des cinq derniers clubs champions avaient un entraîneur étranger à leur tête ! C’était le cas de Leicester en 2016 (l’Italien Claudio Ranieri), Chelsea en 2015 (José Mourinho), Manchester City en 2014 (le Chilien Manuel Pelligrini), et en 2012 (l’Italien Roberto Mancini) La seule exception concerne 2013 et le dernier titre de Sir Alex Ferguson... un Ecossais.



L’Espagne est quant à elle une « terre d’accueil » pour les entraîneurs étrangers. Si Luis Enrique est double champion en titre, avant lui, l’Argentin Diego Simeone (Atletico Madrid 2014) et José Mourinho (Real Madrid 2012) ont inscrit leurs noms au palmarès de la Liga. Avant eux, l’Allemand Bernd Schuster (Real Madrid, 2008), l’Italien Fabio Capello (Real Madrid, 2007) ou encore le néerlandais Franck Rijkaard (FC Barcelone 2005 et 2006) étaient quelques-uns des exemples de techniciens non espagnols sacrés champions (auxquels il faut par exemple rajouter Louis Van Gaal ou Johan Cruyff originaires des Pays-Bas )


Diego Simeone et José Mourinho


Le talent avant la nationalité ?

Actuellement, Zidane avec le Real, Jardim avec Monaco, Ancelotti avec le Bayern et Conte avec Chelsea sont leaders de leurs championnat. Une coïncidence ? Pas vraiment. Mis à part l’Italie, qui comme on l’a vu fait surtout confiance aux entraîneurs locaux, la présence sur le banc de personnes en provenance d’autres pays pourrait être la conséquence d’un autre phénomène.

Aujourd'hui, les gros clubs sont souvent détenus par des grands groupes étrangers qui ne regardent pas la carte d’identité de l’entraîneur mais son palmarès et son talent. Ils sont à la recherche d’hommes capables de leur faire gonfler leurs palmarès sur la scène européenne. C’est le cas du PSG qui a recruté Unai Emery, triple champion d’Europe avec le FC Séville ou de City qui a recruté Pep Guardiola, lui aussi triple champion d'Europe (deux fois avec le FC Barcelone, et une fois avec le Bayern).


Unai Emery


Une audace et un style qui donne des résultats

Mais d’où vient cette réussite ? Si on peut dire que Zidane connaît bien la Liga, Jardim a dû prendre le temps. Mais depuis son arrivée en Ligue 1 il a toujours fini sur le podium et son équipe possède à ce jour la meilleure attaque d’Europe. Est-ce le signe que les entraîneurs « locaux » sont trop formatés et que les entraîneurs étrangers apportent une touche différente et plus efficace ? Guardiola et Ancelotti sont en effet réputés pour leur intelligence tactique et le style offensif de l’entraîneur monégasque enthousiasme l’Europe. Pourtant, il ne faut pas oublier que José Mourinho a déjà été licencié à quelques reprises (Chelsea, Real Madrid) et qu’Arsène Wenger est souvent critiqué pour son manque de titres ces dernières années. 

La raison de leur réussite pourrait s’expliquer par l’apport d’un jeu qui casse les barrières et capable de faire la différence (même si par exemple Emery n'a vraiment pris ses marques que depuis début 2017). Lors de la victoire de l’équipe de France en Coupe du Monde en 1998, on avait vanté les mérites d’une sélection dont les joueurs s’étaient aguerris à l’étranger et bénéficiaient d'une toute nouvelle approche du football. Cela vaut aussi peut-être pour les techniciens étrangers actuels qui occupent les premières places en championnat. Néanmoins, les contre-exemple sont nombreux, comme par exemple Rémi Garde, arrivé en novembre 2015 pour sauver Aston Villa, mais qui quitte malgré tout le club en mars 2016 alors que l'équipe était dernière de Premier League.


Pep Guardiola & Carlo Ancelotti


Un succès même en Ligue des Champions

Un autre chiffre plaide en faveur de la réussite talent d’un entraîneur étranger : sur les 10 dernières Ligues des Champions, 3 clubs l’ont remporté avec sur leur banc un entraîneur « local » et un seul (Luis Enrique) sur les 5 dernières années. En Angleterre, Giggs, qui était pressenti pour prendre la tête de Swansea dénonçait récemment le manque d’entraîneurs britanniques sur les bancs de touche. Mais il semblerait que les Anglais aient aussi du mal pour avoir de bons résultats à la tête de leurs équipes (clubs et sélection). 

La solution serait peut-être d’apporter une formation européenne aux entraîneurs pour qu’ils puissent acquérir des compétences plus vastes. Cela a été le cas pour Zidane qui, lorsqu’il passait ses diplômes, a côtoyé Guardiola ou encore Ancelotti lors de ses stages, avec ensuite la réussite que l'on connaît.