Evra se braque contre Domenech

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Evra: 'Là, ça dépassait tout'
Par Cédric ROUQUETTE|Ecrit pour TF1|2010-06-25T22:30:02.000Z, mis à jour 2010-06-25T22:30:02.000Z

Patrice Evra a chargé Raymond Domenech, en y mettant les formes, vendredi sur TF1. Que le sélectionneur lui ait interdit de présenter des excuses au lendemain de la grève de l'entraînement a été vécu comme une censure insupportable. Mais Domenech prend cher aussi sur le reste.

Fracture avec le sélectionneur. Unité du groupe. S'il a veillé à conserver les formes, Patrice Evra a bien dessiné ce tableau, vendredi, sur TF1, cinq jours après la mutinerie de Knysna qui avait choqué la France. Sur ce point, le capitaine insiste : "C'était une décision du groupe, le groupe est resté uni jusqu'au bout, aucun joueur ne voulait descendre de ce but, je vous le dis avec une honnêteté totale et j'espère qu'on restera honnête jusqu'au bout." Evra balaie la thèse des leaders qui auraient pris des agneaux en otage et assure que tout le monde, aujourd'hui, est prêt à repartir à l'unisson derrière le maillot du coq. "Je n'ai pas de crainte, même s'il y aura des conséquences. Tout le monde a été touché par cet échec sportif, donc il y aura des changements. Mais moi je serai toujours fier de jouer pour mon pays, de jouer pour mon maillot. Je peux dire que le futur sélectionneur aura des joueurs unis et soudés pour redorer l'image de l'équipe de France. Il n'y a pas de miracle. Il faudra gagner des matches, des compétitions et s'ouvrir au public. L'équipe de France n'appartient à personne, elle appartient au peuple français. Il faut redonner cette impression, c'est une obligation."


"C'était la première fois de ma vie..."

Et c'est là que Raymond Domenech intervient. Le sélectionneur, qui a entretenu "une haine, une guerre avec la presse dès sa prise de fonctions", a pris cher dans l'intervention d'Evra. Pour l'avoir empêché de se présenter en conférence de presse la veille de France - Afrique du Sud. Pour ne pas l'avoir fait jouer ce match. Et pour tout le reste. Son absence face à la presse vingt-quatre heures après le clash, Evra ne la digère pas. "Cela a été un moment très difficile à vivre pour moi et pour l'équipe, c'est la première fois de ma vie que j'étais interdit de la liberté d'expression. On ne parle pas d'Evra, on parle du capitaine de l'équipe de France, du groupe. Cette interdiction, ça dépassait tout. Ça a beaucoup fait mal à moi et au groupe. Les Français avaient ce besoin d'entendre, de voir un visage après ce qui s'est passé. (Les excuses), c'était un sentiment sincère, c'était primordial. Je venais pour parler du match et pour des excuses, pour l'ensemble du groupe. Quand je me dis qu'on a refusé, j'ai une incompréhension totale pour ce geste". Evra veut croire que Domenech était isolé dans sa décision de le censurer. "Je me suis entretenu avec la ministre, le président de la fédération et Raymond Domenech. Elle (Roselyne Bachelot) a compris cette incompréhension."

"C'est moi qui ai payé"

L'autre rupture avec Domenech concerne le choix du sélectionneur de ne pas avoir fait jouer son latéral gauche lors du troisième match. "J'étais totalement en condition de jouer ce match, il n'y avait aucune choix de ma part, se plaint le joueur de Manchester United. Ne pas jouer n'a fait que confirmer les "on-dit". Il faut respecter les choix d'un entraîneur, c'est mon éducation, mais j'ai eu l'impression que c'est moi qui ai payé." Les joueurs dans leur ensemble, aussi, ont dû assumer l'attitude de Domenech avec les médias, selon le témoignage du capitaine. "La presse fait partie du jeu et si chaque jour tu ne donnes pas ce qu'elle devrait avoir, (...) tu laisses aux gens le pouvoir de dire des méchancetés sur ton cas. On a vu un titre qui a fait mal à tout le monde (NDLR : "Les imposteurs", dans L'Equipe), mais est-ce que ce n'était pas une explosion de la presse de ce qu'on ne lui a pas donné ?" Dès les minutes suivant son intervention, Evra a été critiqué pour n'avoir donné aucune explication quant à l'implosion du groupe et à la radicalité de son geste. "On a regretté l'impact social que ça a eu, a juste dit Evra. On était dans de telles conditions que parfois, par amour, on peut faire des gestes de maladresse."