Faites entrer l'accusé

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Faites entrer l'accusé
Par Anthony PROCUREUR|Ecrit pour TF1|2010-06-18T15:15:02.000Z, mis à jour 2010-06-18T15:15:02.000Z

Ses joueurs n'ont pas répondu présent face au Mexique (0-2). Mais c'est Raymond Domenech qui concentre la plupart des critiques. Attaqué sur ses choix à Polokwane ou son bilan depuis 2008, il est le coupable désigné alors que les Bleus ne sont pas encore éliminés. Même Aimé Jacquet s'y est mis.

Si Raymond Domenech a eu du mal à trouver des mots pour exprimer sa déception, d'autres les ont trouvé à sa place après la débâcle face au Mexique. Ils n'ont pas attendu que la France soit officiellement éliminée pour en faire le coupable idéal. Pourtant, ce sont les joueurs qui sont sur le terrain. Malgré tout, après le coup de sifflet final, c'est bien au sélectionneur qu'ont été adressés les mots les plus durs. Il n'y a guère que Bixente Lizarazu qui a mis les principaux acteurs face à leurs manquements, Nicolas Anelka en tête. "J'ai vu un joueur marcher. Marcher en Coupe du monde... Il n'était pas agressif, pas intéressé par le jeu. C'est une image symbolique", a mis en cause le champion du monde 98 sur TF1. "Sans défense, sans attaque, qu'est-ce que vous voulez faire en Coupe du monde ?", a-t-il résumé. Car, lorsque l'heure des bilans sera venu, certains cadres comme Eric Abidal, lui qui a coulé le premier face aux Mexicains, devront bien faire également leur autocritique.


En attendant, s'il est sans doute loin d'être le seul responsable, c'est Raymond Domenech qui se retrouve au ban des accusés. Et les attaques viennent de toutes parts. De ses ennemis de toujours, mais aussi des autres. Cet échec est-il le sien ? "C'est l'échec de l'équipe de France", rétorque le sélectionneur qui reconnaît avoir "certainement (…) des choses à (se) reprocher". Une clémence que le monde du football ne lui a pas accordé. "L'équipe de France est à l'image du sélectionneur. Il n'est pas bon, on n'est pas bons", a ainsi asséné Robert Pires. Face au Mexique, ses choix n'ont pas été les bons. Gourcuff sur le banc ? "L'entraîneur a pris cette décision, mais je ne suis pas vraiment d'accord avec cela", a taclé Zinedine Zidane. Même l'intéressé n'a pu s'empêcher de se montrer critique. "Le coach prend des décisions. Tout le côté offensif n'arrivait pas à se trouver et c'est moi qui ai fait les frais de ça, sans explication", a regretté le Bordelais. Anelka encore titulaire ? "Domenech l'a sorti à la pause mais il aurait dû le faire bien plus tôt", s'est agacé Lizarazu. Henry scotché sur le banc ? "Il n'avait pas respecté Zizou en 2006, il n'a pas respecté Titi, en le laissant comme un mal-aimé sur le banc", s'est emporté Christophe Dugarry sur Canal +.


Jacquet : "Domenech a sa part de responsabilité"


Même ses habituels soutiens l'ont abandonné. C'est notamment le cas d'Aimé Jacquet. Symbole de l'acharnement des journalistes en 1998, l'entraîneur des champions du monde avait encore renouvelé son soutien à Raymond Domenech la veille du match. "Il aura été un bon sélectionneur, et je mesure le poids des mots", disait-il dans L'Equipe. Emu aux larmes par le triste spectacle de ses Bleus à Polokwane, Aimé a changé de discours 24 heures plus tard. "Raymond Domenech a sa part de responsabilité, c'est lui qui a fait le projet, il a mis en place tout ce qu'il souhaitait, il n'a pas réussi, donc c'est pour lui un échec", a-t-il accusé au micro de RTL. S'il estime que "beaucoup de joueurs doivent aussi se poser certaines questions", il a contesté en revanche l'idée qu'il s'agissait d'un "échec politique" pour la Fédération française de football : "Non pas du tout. Le fédéral, le Président, a donné la possibilité au sélectionneur de réaliser ce qu'il voulait". Ce serait donc lui le fautif.


Pourtant, c'est toute la gestion de l'équipe de France et du cas Domenech après l'échec de l'Euro 2008 qui revient déjà sur le tapis. "Mon seul regret, c'est que nous avons perdu deux ans", a ainsi accusé Lizarazu. Raymond Domenech lui-même a eu cette phrase quelque peu malheureuse : "On n'est pas loin de l'Euro 2008" . Malheureuse car, en deux ans, qu'est-ce qui a changé ? Pas grand chose. Pour justifier son maintien, la FFF avait promis de la "générosité", sur le terrain et en dehors. Mais le patron des Bleus, déjà fragilisé par l'épisode de l'auto-gestion en 2006, n'a pas répondu à cette attente. En Afrique du Sud, l'équipe de France s'est de nouveau enfermée dans un camp de base retranché, à Knysna. En deux matches, elle n'a pas marqué le moindre but et n'a jamais vraiment été en position de le faire. Sans doute la suite logique d'une qualification arrachée in extremis en barrages. L'éviction sans tact de Vieira ou les mises à l'écart de Benzema, Ben Arfa et Nasri n'ont fait que confirmer la gestion discutable de l'équipe de France mais aussi le fossé entre Domenech et les Français. Si les Bleus étaient allés loin, personne n'aurait rien eu à dire. Mais ça n'est pas le cas...


Deux ans pour rien ?


Alors qu'un miracle peut encore sauver les Bleus, plus personne ne semble y croire. Face à l'Afrique du Sud, cela pourrait être le dernier de match de Raymond Domenech aux commandes de l'équipe de France. Et c'est bien la seule bonne nouvelle que retiennent de nombreux observateurs. Mais le chantier laissé par Domenech est tel qu'il suscite aussi de nombreuses inquiétudes. "Ce soir (jeudi), c'est l'enterrement du football français. Dans quel état ce sélectionneur va laisser ce football français ? Dans un état de déliquescence et d'abandon total, s'est indigné Jean-Michel Larqué sur RMC. On passe aujourd'hui à un profond ressentiment. Les footballs pro et amateur sont divisés. C'est la faute d'un homme et de ceux qui lui ont fait confiance. Plus personne ne croit dans le foot français". "Ce ne sera pas facile pour Laurent Blanc de reconstruire sur des fondations en ruine", a pour sa part prévenu Lizarazu. A Knysna, Domenech doit aujourd'hui se sentir bien seul.