L'oeil de Téléfoot - Comment le FC Metz, fidèle à ses valeurs, s'est sorti de la spirale du déclassement

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Le génial Cheick Diabaté
Par CReaFeed - Luc Magoutier|Ecrit pour TF1|2017-05-02T15:00:00.626Z, mis à jour 2017-05-09T10:22:06.558Z

Auxerre, Sochaux, Strasbourg, Valenciennes, Laval… De nombreux clubs qui ont longtemps vécu en Ligue 1 végètent désormais en Ligue 2. Le FC Metz a vu de près ce déclassement mais a su échapper à la fatalité, grâce notamment à sa formation et à l'implication de figures historiques.

Une joie mêlée de frustration envahit le stade Saint-Symphorien en cette chaude soirée de mai 1998. Metz vient de l'emporter 1-0 contre Lyon sur un but de Bruno Rodriguez pour le compte de la 34e et dernière journée de Division 1. Avec 68 points au compteur, le club du président Carlo Molinari vient de vivre une année exceptionnelle. Premier pendant treize journées sur trente-quatre, il échoue toutefois à la deuxième place, seulement distancé à la différence de buts par le RC Lens, qui remporte le titre de champion. Les supporters font la fête, fiers du parcours de leur équipe. Les drapeaux, les fumigènes sont de sortie. Robert Pirès, Frédéric Meyrieu, Sylvain Kastendeuch et les autres joueurs se prennent au jeu et célèbrent ce résultat historique, le meilleur de l'histoire du FC Metz.

[Mars 1996 : Robert Pirès avec les Espoirs et le FC Metz]

Un homme pourtant se morfond. "Moi, à ce moment-là, j'avais envie d'être ailleurs, se souvient l'entraîneur de l'époque Joël Müller pour le magazine So Foot. On tape un sprint et on perd pour rien du tout. C'est difficile. Metz sortait de quatre grandes saisons, ça aurait pu être l'aboutissement de tout". Ce sera plutôt le début des galères pour la formation de l'historique président Carlo Molinari. Les Grenats vont connaître des descentes régulières en Ligue 2, voire en National en 2012, sans toutefois jamais sombrer et en trouvant les ressources nécessaires pour parvenir à retrouver le haut niveau.

De la Ligue des champions à la Ligue 2

L'année après son titre de vice-champion, Metz dégringole à la dixième place, son moins bon classement depuis 1994. Pis, le club se fait éliminer lors du tour préliminaire de la Ligue des champions par le modeste club finlandais d'Helsinki. Après deux autres saisons dans le ventre mou de la première division (11e en 2000, 12e en 2001), l'impensable se produit : les Lorrains finissent 17e du Championnat et retrouvent la Ligue 2 pour la première fois depuis 1967, après 35 saisons consécutives au plus haut échelon national, marquées par deux victoires en Coupe de France (1984, 1988), une en Coupe de la Ligue (1996), huit participations européennes avec en prime un match légendaire en 1984 où le FC Metz élimine le grand FC Barcelone, chez lui au Camp Nou (1-4), après avoir perdu le match aller 4-2 à Saint-Symphorien. 

Depuis, les Messins font régulièrement l'ascenseur entre la Ligue 1 et la Ligue 2, voire le National. Au cours des quinze dernières années, le FC Metz a connu la désillusion d'une relégation à six reprises. Ce chiffre ressemble à première vue à celui d'un club en souffrance et instable. Il prouve au contraire la force d'une formation capable de se remobiliser pour continuer à exister dans l'élite nationale à l'heure du football business qui fragilise son modèle de club familial et rigoureux. Son bassin de population de moins de 400.000 habitants limite le potentiel économique et financier du club. "On a subi un contrecoup qui nous a amenés en National, explique à France Football Carlo Molinari, 84 ans, désormais vice-président de Bernard Serin depuis 2009. À ce moment-là, on a touché le fond. Mais on a donné la preuve évidente d'une forme de solidarité, d'une forme de capacité à savoir rebondir".

Le centre de formation tourne à plein régime

Pour se reconstruire et éviter de sombrer dans les abysses des divisions inférieures, Metz s'est toujours appuyé sur son centre de formation. "On a souvent eu des jeunes joueurs capables de venir rapidement nous aider à remonter", appuie Philippe Gaillot, directeur général adjoint du FC Metz. Ce recours aux jeunes joueurs fait partie de la philosophie du club inculquée par Carlo Molinari lors de son passage à la tête du club entre 1967 et 2009. "C'est lui qui est à l'origine de cette grosse proportion de formation dans le club, poursuit Gaillot. C'est notre ADN et c'est Carlo Molinari qui a contribué à l'entretien et au développement d'un centre de formation fort durant toutes ces années". Le club à la Croix de Lorraine révèle alors des joueurs comme les défenseurs Gaëtan Bussmann et Franck Béria, le milieu polonais Ludovic Obraniak ou l'attaquant Diafra Sakho. 

Cette stratégie est payante pour remonter en Ligue 1. Pas pour y rester. En 2007/2008, Metz décide de repartir en Ligue 1 en faisant confiance à ses jeunes joueurs qui ont écrasé la Ligue 2 un an auparavant. Résultat : une dernière place en Ligue 1 avec seulement 24 points au compteur. "Ça montrait les limites de ne s'appuyer que sur la formation pour se maintenir en Ligue 1, reconnaît aujourd'hui Philippe Gaillot. On avait pris, dans certains domaines, du retard sur les aspects structurels. On était très bons sur la formation, mais on a fait beaucoup d'erreurs sur le recrutement, avec des choix qui n'ont pas fonctionné". Comme justement lors de la saison 2014-2015. Metz décide de recruter plusieurs éléments d'expérience comme Sergueï Krivets, Florent Malouda ou Modibo Maïga. L'expérience est un échec et les Lorrains repartent au purgatoire pour une saison, après une triste 19e place au classement et seulement 30 points récoltés.

[La joie des joueurs du FC Metz après leur montée en Ligue 1]
 

Objectif : Stabiliser le club en Ligue 1

Cette année, la saison n'est pas encore terminée mais le FC Metz a déjà fait mieux d'un point de vue comptable. La formation, actuellement 15e avec 36 points soit quatre d'avance sur le barragiste Lorient, est en passe de se maintenir. L'équipe a trouvé un équilibre entre des joueurs qui ont participé à la montée en Ligue 1 l'année dernière (Doucouré, Mandjeck, Didillon), des jeunes du centre de formation (Sarr, Hein) et le recrutement à la fois d'éléments expérimentés et habitués au plus haut niveau (Jouffre, Cohade, Erding, Diabaté) et des profils plus prometteurs (Fallette, Nguette, Mollet).

A la tête de ce collectif, l'entraîneur Philippe Hinschberger, arrivé l'année dernière en cours de saison, a le profil parfait pour diriger un groupe à la fois jeune et chevronné. "Il est bien rentré dans le logique de club qu'on a voulu installer, décrit Philippe Gaillot. On avance en étant tous sur la même longueur d'ondes. Il est en bonne situation. Il est dans l'ADN du club. Il adhère complètement à notre fonctionnement". Il obtient surtout des résultats qui permettent au FC Metz d'espérer un avenir plus calme en Ligue 1. 

L'objectif avoué des dirigeants est de stabiliser le club entre la 10e et la 15e place dans les cinq ans. Une ambition en adéquation avec le budget actuel des Grenats : 30 millions d'euros, le quinzième cette saison en Ligue 1. Une façon de confirmer la plus grande réussite des Messins depuis quinze ans : être parvenus à rester dans l'élite du football professionnel français. Il pourrait y rester. Son centre de formation occupe la huitième place en France.