Les gardiens, le complexe anglais

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Les gardiens, le complexe anglais
Par Anthony PROCUREUR|Ecrit pour TF1|2010-06-10T13:20:07.000Z, mis à jour 2010-06-10T13:20:07.000Z

Aux côtés des Rooney, Lampard et consorts, les gardiens seront le maillon faible de l'Angleterre en Afrique du Sud. Un mal chronique. Depuis David Seaman, personne n'a su prendre la relève. Au point que Fabio Capello peine à choisir son N°1 entre David James, Robert Green et Joe Hart.

Au moment d'aborder la Coupe du monde, le poste de gardien sera sans doute le principal, point faible de l'Angleterre. Pourtant, pendant longtemps, ce fut le cadet des soucis de la sélection aux Trois Lions. Gordon Banks, Peter Shilton, Ray Clemence ou David Seaman se sont transmis le témoin durant des décennies. Or, aujourd'hui, les portiers de sa Majesté sont régulièrement la risée de l'Europe. Alors quel est ce mal typiquement anglais ? La tentation est grande de mettre cette lacune sur le dos d'un manque de talent, tout simplement. Après tout, est-ce un hasard si environ le quart seulement des gardiens de Premier League sont anglais ? En Afrique du Sud, Fabio Capello fera le voyage avec David James (Portsmouth), Robert Green (West Ham) et Joe Hart (Manchester City). Aucun n'évolue dans un club du Big Four...


Mais le raccourci serait trop simple. En fait, depuis 2002 et le célèbre lob de Ronaldinho sur Seaman, l'Angleterre est traumatisée. Chaque erreur d'un gardien se paie désormais cash et entraîne une instabilité chronique. Paul Robinson devait incarner le grand gardien que toute l'Angleterre attendait mais il a eu du mal à se relever de sa boulette face à la Croatie en 2006. Son successeur, Scott Carson, ne fera pas mieux. Titularisé pour le match retour à Wembley, il montre la même fébrilité et se troue à son tour. L'Angleterre s'incline 3-2 et dit adieu à l'Euro 2008. Le joueur d'Aston Villa ne reverra qu'une seule fois l'équipe nationale. Ainsi, les sélectionneurs se sont succédés et ont essayé de nombreux gardiens, sans succès : Chris Kirkland, Ben Foster et jusqu'à Joe Lewis, pourtant gardien du club de troisième division Petersborough. On a même songé à faire naturaliser Manuel Almunia, l'Espagnol d'Arsenal.


Le traumatisme de 2002


Cette instabilité, c'est devenu le problème majeur de la sélection anglaise. Peter Shilton est bien placé pour en parler, lui qui a alterné les matches avec Clemence durant deux ans avant de prendre définitivement la place du titulaire lors du Mondial 1982. "Etre gardien de but titulaire dans une Coupe du monde, c'est une expérience unique. Ça n'a rien à voir avec l'approche que peut avoir un arrière droit ou un milieu gauche. Les spécificités du rôle du gardien de but sont démultipliées en Coupe du monde. Cela implique d'avoir quelqu'un en pleine confiance, souligne-t-il. Le titulaire doit sentir qu'il a l'adhésion de tous. Le problème de l'Angleterre, c'est que personne ne s'est imposé de façon très nette". Et pour perpétuer la tradition, Capello n'a jamais vraiment désigné clairement son numéro 1. "Il est impératif que Capello clarifie la situation pour ses trois gardiens. Il doit leur dire, untel est numéro un, untel est numéro 2, untel est numéro 3, et sauf blessure, ça ne changera pas", le presse Shilton.


Face aux Etats-Unis, samedi, David James tient la corde pour débuter. Un choix par défaut, semble-t-il. Green a disputé les cinq derniers matches des éliminatoires mais ne fait pas l'unanimité. Hart est le plus talentueux des trois mais n'a pas que 23 ans et n'a disputé que trois fois 45 minutes en sélection. Malgré ses excentricités et son âge avancé (bientôt 40 ans), le gardien de Portsmouth rassemble donc le plus de suffrages. Car il a un atout capital : l'expérience. "David James compte 49 sélections et possède tout ce qu'il faut : beaucoup d'expérience, une bonne agilité et le bon physique", l'a adoubé David Seaman. Pour l'ancien Gunner, le poste de gardien requiert de pouvoir gérer l'énorme pression d'une Coupe du monde. Pourtant, lors du dernier match de préparation des Anglais, Capello a lancé Joe Hart en première ligne. "Même si Joe Hart a fait une super saison, il faudrait être très courageux, ou un peu fou, pour le titulariser vu son manque de vécu international", prévient Shilton.


Casillas n'est pas tendre


Mais James, recordman du nombre de matches sans encaisser de but en Premier League, a du mal à se défaire du surnom de "Calamity James" qui lui colle à la peau. "James est le gardien le plus doué que j'ai jamais croisé. Il a un talent fou. Mais on le sait, et lui premier, il est capable de faire perdre un match à son équipe", rappelle d'ailleurs Peter Shilton. Cela fait longtemps qu'on ne l'a pas vu encaisser un but casquette. Et l'Angleterre craint qu'il ne les réserve pour le Mondial... Car, s'il a de nombreux matches au compteur, David James n'a pas l'habitude du haut niveau. "Aucun des gardiens anglais n'a joué en Coupe d'Europe", tacle Iker Casillas. Or, pour le gardien de l'Espagne, "si vous n'avez jamais joué au plus haut niveau en club, il est difficile de briller au plus niveau international". "Il faut savoir tenir ses nerfs quand on est gardien dans une grande compétition. Je ne pense pas que ce soit le cas pour les Anglais. Lors d'une Coupe du monde, il n'y a pas que le talent. Il faut aussi savoir gérer les gros matches", explique encore le Madrilène dont le choix se porterait davantage sur Robert Green. Décidemment, les portiers anglais ne font pas l'unanimité...


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