Guardiola ne va pas reconnaître son Barça

Guardiola ne va pas reconnaître son Barça
Avec Manchester City, Pep Guardiola retrouve Barcelone, en Ligue des champions, quatre ans après son départ du club. Son équipe de coeur a tellement changé qu’elle s’est affranchie, en partie, de son monumental héritage.

A première vue, le FC Barcelone n’a pas changé. Le Camp Nou ne désemplit pas, avec près de 79.000 spectateurs de moyenne, l’an dernier en Liga. Les cadres sont immuables. Ils tiennent l’équipe face à la rude concurrence de l’Atletico et du Real Madrid. Lionel Messi, Sergio Busquets et Gerard Piqué forment encore la colonne vertébrale de l’équipe. Avec eux, les trophées pleuvent. Et ils se comptent par trois, comme l’an dernier : Championnat, Coupe du monde des clubs, Coupe du roi.


Et puis, il y a le jeu. Il est flamboyant (3,33 buts de moyenne cette saison). Il est efficace (9 victoires en 12 rencontres depuis la reprise). Mais il est différent. Lionel Messi, l’âme de l’équipe, l’a dit lui-même, en décembre dernier, sur le site de la Fifa. « Nous avons un peu changé. Nous sommes devenus une équipe beaucoup plus verticale. » Au temple du tiki-taka - des passes rapides, incessantes, omniprésentes - le « un peu » de Messi veut dire, en réalité, « beaucoup ». Depuis 2012, le FC Barcelone a dit adieu à un football jusqu'au-boutiste : celui de Pep Guardiola, entraîneur historique du club pendant quatre ans, vainqueur de quatorze trophées sur dix-neuf compétitions disputées. Il revient ce soir au Camp Nou avec le costume de Manchester City.


Depuis son départ, le jeu offensif barcelonais a mué. La possession n’a pas disparu de sa panoplie technique. Avant le match face à Manchester City en Ligue des champions, l’entraîneur Luis Enrique annonçait encore, en conférence de presse, qu’elle serait un facteur important de la rencontre de mercredi soir comptant pour la 3e journée de Ligue des champions (20h45). Mais il a rappelé une vérité que Guardiola n’aurait pas assumée en son temps : « Cela ne veut pas dire que celui qui n'a pas le ballon ne va pas gagner le match. »


La contre-attaque n’est plus un gros mot

Ce discours illustre le style de jeu imposé depuis son intronisation au poste, en 2014. « Barcelone a gardé le gardien-libéro, la volonté de jouer en partant de derrière, le rôle de Busquets, mais c’est à partir de Busquets justement, jusqu’aux attaquants, que l’équipe a changé considérablement », développe Guillem Balague, auteur du livre « L'histoire illustrée du FC Barcelone » (Hugo Sport, 2014). La possession à outrance n’est plus la seule arme du club. Au gré des adversaires, et des situations, l’équipe entraînée par Luis Enrique a trouvé une alternative. Un jeu direct, composé de passes longues et de transitions rapides.


Aujourd’hui, au club, la contre-attaque n’est plus un gros mot, comme elle l’a été, pendant longtemps, sous Guardiola. A Leganes, le 17 septembre, en Liga (1-5), Barcelone a marqué tous ses buts, un penalty mis à part, lors de phases rapides. A chaque fois, le plan de jeu appliqué consiste à remonter le ballon rapidement vers le trio Messi-Neymar-Suarez. A chaque fois, les Barcelonais jouent en première intention. Et, à chaque fois désormais, il suffit d’une poignée de secondes, entre la récupération du ballon et la finition. Luis Enrique l’a bien compris : dominer ne suffit pas.


Enrique, plus pragmatique que Guardiola

La philosophie de Guardiola, reprise dans ses grandes lignes par Tito Vilanova et Gerard Martino, était un plan de bataille de plus en plus « prévisible », comme l’explique Thibaud Leplat, biographe français de l’entraîneur catalan (« Eloge du style », 2015) : « Son équipe était l’une des équipes les plus étudiées au monde, donc l’une des plus attendues. Il fallait au Barça être capable de proposer d’autres styles. C’est la raison pour laquelle Suarez a été d’un grand secours pour Enrique. » Des trois de la MSN, l’attaquant uruguayen, arrivé à Barcelone en 2014, n’est pas le plus technique. Il n’en est pas moins important, par sa fougue, sa générosité et son efficacité devant le but. Il apporte une variante possible à la possession, plus de rapidité et de profondeur, à mesure que les espaces s’élargissent.


La grande différence entre le Barcelone d’Enrique et celui de Guardiola se situe ici. Le premier est pragmatique. Le deuxième, lui, avait fait du tiki-taka un élément identitaire de son équipe, presque une philosophie de vie. « Enrique fait jouer le Barça de cette façon parce qu’il estime que c’est la meilleure pour gagner, et non parce qu’il veut enterrer l’héritage de Guardiola », analyse Balague. « De toute manière, il ne pourrait pas perpétuer cet héritage parce qu’il n’y adhère pas complètement. Il n’y croit pas. Enrique est moins intellectuel. Son football est plus simple, même s’il gagne autant. » Huit trophées depuis 2014, dont une Ligue des champions dès sa première saison, ce sont des temps de passage dignes de Guardiola.


Guardiola « pèse quasiment autant que le Barça »

En haut lieu, l’héritage de Guardiola n’est pas clairement assumé. La direction actuelle, menée par le président Josep Maria Bartomeu, lui est opposée dans les rivalités internes aux mailles complexes qui agitent le club catalan. En cause, un conflit entre deux camps. D’un côté, l’ex-joueur et entraîneur néerlandais Johan Cruyff (récemment décédé) et ses disciples, dont Guardiola. De l’autre, José Luis Nuñez, l’homme qui a fait venir Cruyff comme entraîneur au club à la fin des années 80, et ses partisans, comme Bartomeu.


Ce courant, actuellement à la tête du club, ne maintient pas un lien très fort avec Guardiola. « La dernière fois qu’il est revenu à Barcelone, quand il entraînait le Bayern Munich, il n’a pas eu d’hommage particulier », rappelle Leplat. « Ce n’est pas parce que Guardiola ne voulait pas. C’est le club qui ne voulait pas. » Selon lui Guardiola « pèse quasiment autant que le Barça » auprès des socios. Olivier Rivière, président de la peña FC Barcelona Clan - un club de supporters basé en France -, adorerait qu’il « revienne au club ». Lui, comme d’autres, sont nostalgiques de cette époque dorée, où leur club régnait sur l’Europe, tant par son modèle de jeu que par son palmarès. Ils devront se contenter de retrouvailles. Depuis que Guardiola a quitté le Barça, Manchester City est le deuxième club, après le Bayern, à avoir misé sur « Pep » en rêvant d’atteindre la même excellence.

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