Gueules de champions

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Gueules de champions
Par Martin MOSNIER|Ecrit pour TF1|2010-07-11T18:30:02.000Z, mis à jour 2010-07-11T18:30:02.000Z

On ne gagne pas la Coupe du Monde par hasard. Il existe un portrait-robot du vainqueur idéal, que nous avons dressé à partir de cinq critères-clés, certifiés décisifs par l'histoire de la compétition. L'Espagne ou les Pays-Bas ? La Roja a le profil pour le poste, mais le terrain va trancher.

Il existe un archétype de sélection championne du monde. Nous avons retenu cinq critères : un joueur offensif hors norme, un maximum de réussite durant son tournoi, un parcours semé d'embûches, un collectif réglé comme du papier à musique et un sélectionneur décrié. Qui des Ibères ou des Bataves possèdent le meilleur profil pour être sacré ce dimanche? Réponses subjectives.


1. UN JOUEUR OFFENSIF HORS NORME


Chaque équipe sacrée championne du monde possédait dans son effectif soit un joueur qui a marqué l'histoire du football, soit un buteur hors pair. Une individualité capable de porter sur ses épaules ou de sublimer un collectif. C'est Pelé en 1970, Maradona en 1986, Beckenbauer en 1974, Garrincha en 1962 ou Rossi en 1982. Impossible de soulever le trophée sans ce facteur x. Une seule exception, mais elle compte puisqu'elle est récente : l'Italie de 2006. Elle avait un leader défensif en état de grâce (Cannavaro), un très bon passeur (Pirlo), mais pas de fuoriclasse.


La référence : Le Brésil 2002
L'exception : Italie 2006


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Espagne-Pays-Bas : Les Pays-Bas possèdent deux joyaux avec Robben et Sneijder qui ont marqué la saison de leur empreinte. Ils n'ont pas l'envergure d'un Cristiano Ronaldo ou d'un Lionel Messi et leur éclosion parmi les tous meilleurs joueurs mondiaux est relativement récente du fait de leurs blessures à répétition ou de leurs mauvais choix de carrière. Iniesta et Xavi, par leur position sur le terrain, n'auront sans doute pas la place dans l'histoire que mérite leur talent. Aucun des deux finalistes ne possède un joueur qui domine clairement son époque. Reste David Villa, actuel meilleur buteur du Mondial avec 5 réalisations. Meilleur buteur du dernier Euro, il s'inscrit dans la lignée des plus grands buteurs. Une statistique : il a inscrit 98 buts en cinq saisons de Liga.


On se mouille : Villa, l'étoffe du héros


2. LE COLLECTIF PARFAIT


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Un joueur ne suffit pas. Impossible de s'installer sur le toit du monde sans un collectif parfaitement rôdé, un bloc homogène, une machine bien huilée. C'est le cas de la France en 1998 ou de l'Italie en 2006. Des sélections qui fusionnent les talents pour un but commun. La référence en la matière : le Brésil 1970 et ses individualités (Pelé, Jairzinho, Rivelino, Gerson, Tostao, Carlos Alberto) au service d'un collectif sans faille. Le chef d'oeuvre de l'histoire de la Coupe du monde.


La référence : Brésil 1970
Pas d'exception


Espagne-Pays-Bas : Rôdé du côté de la Catalogne, le collectif espagnol est sans équivalent actuellement. La machine est réglée comme du papier à musique. Xavi et Iniesta, coeurs du jeu et cerveaux de l'équipe, sont les métronomes d'un collectif brillant qui distille à merveille son toque, sa marque de fabrique. Les Pays-Bas ont su mettre leurs ego de côté pour former une vraie équipe. Les Oranje ne sont plus seulement qu'une accumulation d'individualités. Leur jeu est sans doute moins flamboyant mais a gagné en solidité et en homogénéité.


On se mouille : L'Espagne, mes que un seleccion


3. UN TOURNOI DIFFICILE :


Une victoire en Coupe du monde, c'est rarement une sinécure, et, parfois, un chemin de croix. La plupart des sélections sont allés décrocher leur étoile avec les dents, en souffrant. Trois nuls, zéro victoire, deux petits buts marqués contre la Pologne, le Cameroun et le Pérou. Un départ pour le moins poussif pour le champion du monde italien en 1982. Les Transalpins passent le premier tour pour avoir marqué un but de plus que les Camerounais. Qui aurait pu alors imaginer un destin doré pour la laborieuse Nazionale ? Restent bien sûr les intouchables Brésiliens. En 1958 (un nul et de larges victoires), 1970 (que des chef-d'oeuvres sur la fin) ou 2002 (100% de victoires) comme contre-exemples.


La référence : Italie 1982
L'exception : Brésil 1958, 1970, 2002.


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Espagne-Pays-Bas : Si les Espagnols s'imposent, ils seront les premiers champions du monde à s'être inclinés lors de leur première rencontre. L'Argentine a essayé en 1990 mais n'a pas réussi. La défaite initiale face à la Suisse (1-0) a franchement contrarié les plans ibériques. Si, depuis, la bande à Villa a remporté toutes ses rencontres, la Roja ne s'est jamais imposé sur des scores fleuves. Mise à part la rencontre face au Honduras (2-0), l’Espagne ne s’est jamais imposé par plus d’un but d’écart. Depuis les 8es de finale, même chanson. Les champions d'Europe dominent leur sujet sans jamais écraser leur rencontre (trois 1-0 consécutifs). Six matches, six victoires pour les Pays-Bas qui avaient validé leur billet pour les 8es dès le deuxième match. La seule sueur froide des Néerlandais ? Face au Brésil (2-1). Menée et archi-dominée à la mi-temps, la bande à Sneijder s'est refait la cerise en deuxième période. Mais la sortie était proche.


On se mouille : L'Espagne en a bavé


4. DE LA REUSSITE


Pour conquérir le monde, il faut avoir une bonne étoile qui veille sur soi. Un titre, c'est aussi un peu (beaucoup ?) de réussite. Des poteaux favorables, un arbitrage généreux, aucune blessure qui décime l'effectif, un tableau comme une autoroute. A cinq centimètres près, l'Argentine passait à côté de son sacre sur ses terres en 1978 et les Pays-Bas entraient dans la légende. Mais, alors que les deux sélections étaient dos-à-dos (1-1), la frappe de Rensenbrink a choisi de s'écraser sur le poteau à la dernière minute du temps réglementaire. En 1998, la France passe de justesse à travers les gouttes face au Paraguay (1-0 b.e.o.), à l’Italie (0-0, 4-3 t.a.b.) et la Croatie (2-1). En 1962, le Brésil démarre mal son Mondial et perd Pelé d'entrée. Mais la Seleçao est plus forte que le sort et décroche sa deuxième étoile.


La référence : Argentine 1978
L'exception : Brésil 1962


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Espagne-Pays-Bas : Tout sourit aux Néerlandais en Afrique du Sud. Un but contre son camp en leur faveur pour leur entrée en lice face aux Danois (2-0), une faute de main du gardien japonais (1-0) ou encore un poteau heureux pour Huntelaar face au Cameroun (2-1), les Oranje traversent la phase de poules avec bonheur. Une mésentente Melo-Julio Cesar face au Brésil (2-1) en quart et trois poteaux rentrants et un but entaché d'une position de hors jeu face à l'Uruguay (3-2) en demie, n'en jetez plus ! C'est moins évident pour l'Espagne. Mis à part un but litigieux de Villa face au Portugal en 8e (1-0), le sort n'a pas franchement épargné Del Bosque et ses hommes.


On se mouille : Des Oranje vernis


5. UN SELECTIONNEUR DÉCRIÉ :


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Les maîtres à penser des équipes championnes du monde démarrent généralement la compétition dans le scepticisme général. Aimé Jacquet en est l'exemple le plus frappant. Une campagne de presse incendiaire accompagne sa deuxième partie de mandat (96-98). "Laborieux du ballon rond", " tacticien fruste", L'Equipe (entre autres) n'y va pas de main morte. En 1982, Enzo Bearzot, pour avoir sélectionné Paolo Rossi, est descendu en flamme par la presse transalpine. Jacquet et Bearzot sauront répondre sur le tableau noir. A l'inverse, en 1990, et malgré un Euro 1988 très moyen, Franz Beckenbauer est indiscutable à la tête de la Nationalmannschaft. Son charisme et son sens tactique font l'unanimité. A raison.


La référence : Italie 1982 et France 1998
L'exception : Allemagne 1990


Espagne-Pays-Bas : Avec deux Ligues des Champions au palmarès, Vincente Del Bosque est un sélectionneur incontesté en Espagne. Il surfe sur la vague des succès initiée par Aragones et n'a jamais vraiment été discuté au pays. Il a dû essuyer un début de contestation (notamment par son... prédécesseur) après la défaite initiale face à la Suisse mais rapidement étouffé par les résultats de la Roja. L'arrivée de Bert van Marwijk sur le banc des Oranje a suscité plus de questions, du fait essentiellement de son CV famélique (1 seule sélection, coach de Feyenoord et du Borussia Dortmund). Quand Del Bosque a lâché du lest avec ses troupes, van Marwijk a lui, très vite, serré la vice pour chasser les égo. Sa brillante campagne d'éliminatoires l'a très vite consolidé à sa place.


On se mouille : match nul.