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L'oeil de Téléfoot - Guingamp, le miracle permanent... et bien parti pour durer

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EA Guingamp Coupe de France 2014
Par CReaFeed - Ilyes Ramdani|Ecrit pour TF1|2017-04-28T06:00:55.553Z, mis à jour 2017-05-18T10:49:04.064Z

7.000 habitants, le 19e budget du championnat, une médiatisation limitée : et pourtant, l'En Avant de Guingamp s'impose comme une valeur montante du championnat de France. Et, surtout, comme un club aux composantes saines et séduisantes.

Guingamp, ses 7.000 habitants, sa culture de la danse bretonne - le Festival de la Saint-Loup est un succès chaque fin d'été - et… son club de football. L'En Avant Guingamp est une petite anomalie à l'échelle de la Ligue 1. Même le nom est atypique. Club d'une petite ville, au petit budget (le 19e du championnat), il n'en reste pas moins une valeur émergente de Ligue 1, et pourrait finir pour la deuxième fois de son histoire dans le top 10 du Championnat de France.

La première fois, c'était en 2003. Stéphane Carnot y était ; il formait alors un trio d'attaque redoutable avec Florent Malouda et Didier Drogba. Il est aujourd'hui responsable du recrutement de l'EAG. Et dresse sans difficulté une forme de filiation entre les deux époques : cet espèce de miracle permanent que réalise Guingamp au plus haut-niveau n'en est pas vraiment un. "C'est un club où il faut avoir un supplément d'âme, un supplément de tout, explique-t-il. Pierre par pierre, l'EAG a été construite intelligemment. Pour un joueur de foot, c'est aujourd'hui un club idéal pour progresser."Didier Drogba avec le maillot de Guingamp

Car Guingamp grandit, lui aussi, au fil des années. Arrivé dans l'élite au milieu des années 1990, le club est descendu deux fois, jusqu'en National en 2010. Mais, quelques mois avant son départ à la FFF, l'emblématique président Noël Le Graët a pris une décision qui s'avérerait excellente : il a nommé Jocelyn Gourvennec, alors inexpérimenté, entraîneur de l'EAG. Pur produit de la Bretagne du foot, l'ancien milieu de terrain a fait remonter le club jusqu'à la Ligue 1 en 2013, où il l'a confortablement installé.

Un budget géré au centime près

En plus de ces montées, l'EAG est entrée dans le cœur de la France du foot grâce à plusieurs parcours en coupes. Là où le fameux "supplément de tout" décrit par Stéphane Carnot s'exprime le mieux. Personne n'a oublié les deux Coupes de France remportées par le club, en 2009 et 2014, les deux fois face au voisin et rival de Rennes. Le club a aussi offert à ses supporters le parfum de l'Europe, atteignant même un seizième de finale de Ligue Europa en 2015.

Bref, une succession de miracles pour un club au budget XXS (26 millions d'euros environ), parmi les plus petits de Ligue 1 avec Angers et Dijon. "On a souvent entendu parler d'exception guingampaise, rappelle Matthieu Huët, journaliste en charge du suivi du club pour Le Télégramme. C'est un club que les Français aiment, qui a fait quelques épopées et qui est là, année après année, en donnant l'impression de progresser."

Mais pas question d'attribuer le mérite du club à un quelconque hasard. "Nous, à l'intérieur du club, on n'a pas l'impression de faire des miracles, sourit d'ailleurs Stéphane Carnot à ce sujet. On travaille tous les jours, très consciencieusement, donc on est juste contents quand ces efforts portent leurs fruits." Matthieu Huët reconnaît, avec son œil de journaliste : "L'EAG n'est pas du tout dans l'amateurisme. Les finances du club sont extrêmement bien gérées, le club est soutenu par de nombreuses petites ou moyennes entreprises locales… Ils viennent de construire l'Akademi, un nouveau centre de formation. C'est un club très sain."

Sain… et serein, à en croire Stéphane Carnot, pour qui le calme et les 7.000 habitants de Guingamp sont un avantage. "C'est un club de petite taille, à dimension humaine, dans une région très sympathique, explique-t-il. Il fait bon y travailler, en totale sérénité. Pour un joueur, c'est un club idéal pour faire sa carrière, pour travailler tranquillement, avec des bonnes infrastructures." Selon Matthieu Huët, "c'est un vrai défi pour le club que de réussir à garder son identité, cette forme de simplicité, car cela fait sa force."

Les supporters actionnaires

Parmi les forces du club, figure aussi un public sur lequel Stéphane Carnot est dithyrambique. "Nous avons des supporters qui sont parmi les meilleurs de France, s'exclame-t-il. Il y a 7.000 habitants à Guingamp et nous avons 14 ou 15.000 personnes à chaque match à domicile, c'est incroyable !" Matthieu Huët va dans le même sens. "Les supporters de l'EAG sont sans doute un peu moins versatiles que dans beaucoup de clubs, analyse le journaliste local. Ils sont fidèles, toujours derrière leur équipe. Contre Nice en 2014, l'EAG a perdu 6-1 mais, à la fin du match, tout le monde était debout à applaudir. C'est une image qui a marqué les esprits."

A tel point que l'En Avant a lancé au début de l'année un projet jamais vu en France d'actionnariat populaire. Nommé "Kalon", celui-ci permet aux supporters de devenir, via une association loi 1901, actionnaires du club, à la manière des "socios" du Barça ou du Real. Moyennant 40 euros, ceux-ci vont donc pouvoir bénéficier de l'honneur symbolique d'une plaque au stade du Roudourou, mais aussi d'une voix censée être plus audible lors des décisions importantes prises par le club. "C'est évidemment symbolique, pour dire que ce club pas comme les autres appartient à son public, décrypte Matthieu Huët. Mais à terme, l'idée est que les supporters aient aussi une marge de décision à l'EAG."


Sur le plan sportif, ils devraient toutefois continuer à faire confiance à une direction qui s'est, jusque-là, très peu trompé. Sans grands moyens, Guingamp a montré qu'il avait des idées lors des derniers marchés des transferts. Pour remplacer Younousse Sankharé, le club breton a misé sur Lucas Deaux et Etienne Didot. Deux bonnes pioches. Et les exemples sont légion de ce type de recrutements intelligents. "Le fait d'avoir une bonne assise financière leur permet de recruter tôt, dès la fin de la saison précédente, ajoute Matthieu Huët. Cette année, Kombouaré a eu la quasi-totalité de son effectif avant le stage de pré-saison. Ça joue."

Antoine Kombouaré, bonne pioche

Antoine Kombouaré, justement, fait lui aussi figure de bonne pioche. Il a fait office de successeur idoine à Gourvennec, véritable légende locale. "Ce sont tous les deux des coachs à forte personnalité, analyse Stéphane Carnot. Ils ont une très bonne image auprès des joueurs, ce qui nous facilite la tâche quand on souhaite les recruter." Huët ajoute qu'il a "eu l'intelligence de ne pas tout chambouler, dans le jeu comme dans l'état d'esprit."Le coach de l'EA Guingamp

L'état d'esprit, justement, revient fréquemment quand on parle de l'EAG à nos deux interlocuteurs. "Ici, on sait d'où on vient, affirme Stéphane Carnot. Quand on est dans un club comme Guingamp, de si petite taille, on est obligé d'avoir faim. Si on n'a pas ça, on ne peut pas se maintenir ici." Matthieu Huët parle quant à lui de cette "niaque" qui perdure, de ces "victoires arrachées dans le temps additionnel" : "C'est une équipe qui ne renonce pas."

L'EAG aurait deux faces. D'un côté, les valeurs ancestrales, les anciens qui occupent toujours des fonctions au club (le légendaire Coco Michel est encore entraîneur de la réserve) et une simplicité immuable. "Il n'y a eu aucun entraînement à huis clos cette année", dit par exemple Matthieu Huët ; Stéphane Carnot embraye : "Ici, les supporters ont accès aux joueurs. On y tient." Et puis, de l'autre côté, il y a ce club géré au centime près, ce modèle économique et sportif qui fait ses preuves et ses axes de développement (le nouveau centre de formation a été inauguré en début de saison). Ce cocktail subtil fait, année après année, que l'En Avant continue d'avancer.