Inter : Un point de vue offensif

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L'Inter, au-delà des clichés
Par Laurent VERGNE|Ecrit pour TF1|2010-05-22T18:38:05.000Z, mis à jour 2010-05-22T18:38:05.000Z

Après le volet sur le Bayern vendredi, voici quelques poncifs récurrents sur l'Inter Milan, finaliste de la Ligue des champions. Quelle image dégage ce club et cette équipe aujourd'hui? Et dans quelle mesure celle-ci est-elle tronquée? Tentatives de réponses.

. L'INTER, UNE EQUIPE ULTRA-DEFENSIVE


Après la qualification de l'Inter à Barcelone, certains éminents spécialistes français du football ont hurlé, se plaignant d'un retour en force du catenaccio à la sauce Hellenio Herrera. Il est vrai qu'au Nou Camp, les Nerazzurri ont offert un minimum de football. Il est vrai, aussi, que l'Inter de Mourinho est avant tout un bloc remarquablement organisé. Mais cette analyse reste très insuffisante, un brin caricaturale. Surtout, coller une étiquette à une équipe sur un seul match serait malhonnête. En Catalogne, l'Inter avait deux buts d'avance. Comment devait-elle jouer? A fortiori après l'expulsion de Motta. Qui aurait joué autrement dans de telles circonstances, face à un tel adversaire? En réalité, l'Inter ne ressemble que très partiellement à l'équipe des années 60. Elle sait aussi prendre le jeu à son compte, ce qu'elle est d'ailleurs bien obligée de faire pratiquement tous les week-ends en Italie. Ceux qui ont suivi régulièrement l'équipe de Mourinho cette saison, notamment en Serie A, savent qu'elle sait aussi attaquer. Et marquer. Souvent. D'ailleurs, avant leur déplacement à Barcelone, les Interistes avaient marqué au moins une fois dans leurs six précédents matches européens.


. UNE EQUIPE DE MERCENAIRES BATIE SUR LE FRIC


Pendant plus d'une décennie, Massimo Moratti a dépensé sans compter et parfois sans trop réfléchir. Pas un club n'a mis autant d'argent sur la table que l'Inter pour recruter des stars entre 1990 et 2005, de Bergkamp à Ronaldo en passant par Vieri, Djorkaeff ou Adriano. Investissement maximal pour palmarès minimal. De cette période, le club lombard a gardé l'étiquette d'une maison très accueillante pour les stars, mais à laquelle il manquait une âme et une ligne directrice. Surtout quand, en comparaison, le voisin et ennemi, l'AC Milan, s'appuyait sur des cadres maisons, à l'image de Paolo Maldini. Pourtant, cette image d'équipe de mercenaires (sans doute renforcée par l'absence de joueurs italiens de premier plan), justifiée il y a encore quelques années, n'a plus vraiment lieu d'être. Il y a des Italiens mercenaires et des étrangers fidèles. Javier Zanetti est un peu devenu à l'Inter ce que Maldini fut au Milan. L'Argentin est à Appiano Gentile depuis 15 ans. Julio Cesar, Samuel, Maicon, Cambiasso ou Stankovic sont également là depuis plusieurs années (3 ans pour les moins anciens, 6 pour les plus "vieux" interistes). Quant à l'argent… L'été dernier, l'Inter a récupéré Lucio pour une bouchée de pain, et a échangé Eto'o contre Ibrahimovic en récupérant 45 millions qui ont permis de financer les venues de Sneijder, Motta et Milito ! Un vrai tour de force: retour sur investissement maximal. Preuve que quelque chose a bien changé…


. JOSE MOURINHO A TOUT CHANGE


La réussite de l'Inter en Ligue des champions est-elle avant tout celle de José Mourinho? C'est une idée largement répandue. Impossible effectivement de nier l'impact du technicien portugais dans les résultats de son équipe. Néanmoins, l'Inter n'était quand même pas au 36e dessous à son arrivée à l'été 2008. Mourinho a repris un groupe triple champion d'Italie en titre. En fait, l'Inter a entrepris sa mue voilà déjà quelques années, quand Massimo Moratti a compris que ce dont son club avait le plus besoin, c'était de stabilité. Avant Mourinho, Roberto Mancini avait posé les fondations d'une équipe à nouveau capable de gagner. L'équipe était dans la bonne direction. Mourinho a donc aussi bénéficié du travail de son prédécesseur. Mais il a incontestablement apporté une grinta et un esprit conquérant qui faisaient sans doute encore défaut aux Nerazzurri, particulièrement sur la scène européenne. Il y a quelques mois, l'Inter n'aurait jamais été capable de sortir Chelsea et le Barça. Pas parce qu'elle avait moins de talent, mais parce qu'elle n'avait pas cet esprit guerrier.


. L'INTER, UN GRAND CLUB QUI NE GAGNE RIEN


Vu de France, il y a deux grands clubs qui gagnent en Italie: la Juventus et l'AC Milan. Normal. Ce sont effectivement les deux clubs italiens à avoir remporté la Ligue des champions depuis 45 ans. L'Inter est le seul autre club transalpin à avoir inscrit son nom au palmarès de la C1. Mais c'était il y a trop longtemps pour que les Noir et Bleu puissent rivaliser. Depuis 1965, l'Inter a quand même remporté trois fois la Coupe de l'UEFA, ce qui aurait fait le bonheur de bien des clubs. Elle mérite d'être considérée comme le troisième géant du football italien. D'abord pour ses deux coupes aux grandes oreilles, même si elles datent. Ensuite pour sa suprématie actuelle. Le patron, aujourd'hui, en Italie, c'est bien l'Inter. Cinq titres consécutifs, performance inédite depuis la Seconde Guerre Mondiale, ce n'est pas rien. Avec 18 sacres, les Nerazzurri dépassent d'ailleurs à présent d'une tête leur voisin lombard dans la hiérarchie nationale. Mais seule une victoire samedi face au Bayern changera réellement la vision, même tronquée, que l'on peut avoir de l'Inter.


L'Inter, au-delà des clichés