Keane, héros inachevé

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Keane, héros inachevé
Par DPPI|Ecrit pour TF1|2009-11-14T11:04:00.000Z, mis à jour 2009-11-14T11:04:00.000Z

Meilleur buteur de l'histoire de la sélection irlandaise, Robbie Keane sera encore l'atout offensif numéro un de l'Eire samedi à Croke Park face à la France. Pourtant, en dépit de son impressionnant CV, l'attaquant de Tottenham ne fait pas toujours l'unanimité dans son pays.

Robbie Keane aurait tout pour être un héros national. Une carrière bien remplie, du caractère, une gueule et, accessoirement, un certain talent. Plus d'une décennie après ses débuts en équipe nationale, en 1998, alors qu'il n'avait que 19 ans, il n'a cessé d'être un pilier de l'Eire. Il en est, aujourd'hui, le meilleur buteur avec 40 buts en 90 sélections. De très loin, même, puisque ses deux dauphins dans la hiérarchie des joueurs les plus prolifiques de l'histoire de la République d'Irlande, Nial Quinn (21) et Frank Stappleton (20), dépassent tout juste son propre total à eux deux.


Pourtant, si vous effectuez un petit sondage auprès des supporters irlandais, vous constaterez qu'en dépit du profond respect qu'il inspire, l'attaquant de Tottenham ne fait pas l'unanimité. Son aura n'a jamais atteint celle de son prestigieux ainé et homonyme, Roy Keane. La faute à une fâcheuse propension à déserter quand la patrie a le plus besoin de lui. Le quotidien The Irish Independent s'était ainsi amusé il y a peu à se pencher sur son bilan de buteur en sélection. Saisissant. Entre la Coupe du monde 2002 le mois d'avril 2009, Keane avait inscrit 14 buts avec l'équipe nationale. Face à qui? Chypre (3 buts), Saint-Marin (3), Géorgie (3), les Iles Féroé (2), le pays de Galles, Israël et l'Albanie. Pas franchement des ténors du football européen.


Sagna: "C'est un renard des surfaces"


Keane, héros inachevé

Suffisant, en tout cas, pour permettre à ses détracteurs de stigmatiser les limites de ses statistiques. Surtout que, selon un cliché bien répandu à Dublin, Mister Keane n'a pas son pareil pour devenir transparent face aux grandes équipes. Comme trèfle à quatre feuilles, on a fait mieux. Beaucoup ne lui ont d'ailleurs pas pardonné l'épisode des qualifications pour la Coupe du monde 2006, le tenant pour l'un des principaux responsables de la défaite fatale contre la France (0-1) à Lansdowne Road. Quelques jours avant ce rendez-vous décisif, Keane avait été photographié par des paparazzis à la sortie d'un bar à une heure avancée de la nuit. Or, face aux Bleus, on ne l'avait pas vu et les Irlandais avaient suivi le Mondial à la maison.


A l'instar de ce que Thierry Henry a parfois vécu en France, on peut néanmoins parler d'une forme d'ingratitude envers Robbie Keane. Sans lui, cette équipe d'Irlande ne sera même pas en barrages aujourd'hui. Il l'a souvent maintenue à flots à lui seul lors des qualifications, inscrivant cinq des douze buts verts (qui ont tout de même apporté directement 10 des 18 points irlandais), dont celui du nul obtenu en Italie en avril dernier. Face à un grand d'Europe, enfin. Certes, l'absence de concurrence en sélection l'a peut-être, parfois, fait basculer vers une certaine facilité. Pourquoi forcer son talent quand on ne se sent pas poussé? L'intéressé dément. "Je donne toujours le meilleur de moi-même quand je porte le maillot vert, martèle-t-il. Je n'ai jamais triché."


Samedi soir, à Croke Park, toute l'Irlande poussera néanmoins derrière son capitaine. Il suffirait que le Spur contribue à écarter la France pour que tout soit oublié. Les Bleus, eux, se méfient en tout cas de lui plus que de quiconque. Bakary Sagna, qui le côtoie en Premier League, et qui pourrait souvent croiser sa route à Dublin, le résume d'une phrase: "C'est un attaquant de classe, il est très malin, c'est un renard de surface", juge l'arrière droit de l'équipe de France et d'Arsenal. Mettre Keane sous l'éteignoir, c'est résoudre une grande partie de l'équation irlandaise. "Si on pouvait bien le cerner, ça nous donnerait un petit coup de pouce, note Yoann Gourcuff. Mais il ne lâche rien, il faudra faire très attention à lui."