Kylian Mbappé : à la vitesse des plus grands

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Kylian Mbappé   Téléfoot
Par Paul Giudici - Agence CReafeed|Ecrit pour TF1|2016-11-02T14:07:32.519Z, mis à jour 2016-11-02T14:07:37.849Z

Il n’a pas encore dix-huit ans et se montre déjà décisif sous les couleurs d’une des locomotives de la Ligue 1, l’AS Monaco. Moins d’un an après ses débuts dans monde professionnel, Kylian Mbappé va tellement vite qu’aucune limite à son ascension n’est encore envisageable.

Il n’a même pas l’âge de jouer en CFA. A peine celui d’évoluer avec les moins de 19 ans. Pourtant, à seulement dix-sept ans, Kylian Mbappé fait un peu plus qu’exister avec les « grands ». Ses temps de passage dans le football professionnel rappellent ceux d’un Thierry Henry à son âge, et pas seulement parce qu’il joue avec le maillot de l’AS Monaco. A l’instar de l’ancien Gunner, il a éclos avant sa majorité et se montre déjà décisif. La rencontre disputée à Montpellier (6-2) le 21 octobre est son dernier chef d’œuvre, mais tout indique qu’il y en aura d’autres. Pour sa deuxième titularisation de la saison, l’attaquant monégasque s’est retrouvé impliqué sur trois buts. Un pénalty provoqué, une passe décisive pour Valère Germain et une réalisation de la tête. Moins d’un an après ses débuts en pro, Mbappé avale les étapes qui mènent à la reconnaissance.

Tout va très vite pour le demi-frère de l’ancien Rennais Jirès Kembo-Ekoko. Son nom est apparu dans les médias quand il est devenu le plus jeune joueur à disputer un match sous le maillot de l’ASM en pro contre Caen le 2 décembre 2015 (1-1) à seize ans et onze mois. Il a aussi succédé à Henry en tant que buteur le plus précoce du club de la Principauté quelques semaines plus tard, contre Troyes (3-1, le 20 février). Au total, Kylian Mbappé a participé à onze rencontres de Championnat la saison dernière. Le gamin a bien consenti un rapide aller-retour avec les U19, juste le temps de remporter la coupe Gambardella. Contre Lens, Monaco l’a emporté 3-0. Mbappé a signé un doublé.

« Il va vous faire un truc auquel vous n’aviez pas pensé ou pas vu »

La véritable explosion intervient en juillet 2016. L’équipe de France remporte l’Euro des U19 en Allemagne. Né en 1998, il ne devait même pas y participer. Il réussit pourtant à s’imposer au sein de cette génération 1997. Il doit, en partie, sa place dans le groupe France à l’émergence d’un autre prodige, Ousmane Dembélé. L’ancien Rennais, désormais à Dortmund, est promu avec les Espoirs (U21). Le sélectionneur Ludovic Batelli a anticipé en le surclassant dès le mois de mars. « C’était le joueur idoine pour nous, estime-t-il aujourd’hui. Ousmane est beaucoup plus fort pour se créer des occasions et mettre le feu à la défense. Kylian est lui plus efficace dans la zone de vérité. C’est ce qu’on regarde d’abord chez un attaquant. Lui et Dembélé, c’est l’équivalent en talent, avec un an de moins. »

Même surclassé, l’attaquant évolue déjà dans une autre sphère que ses adversaires. Il finit le tournoi avec cinq buts, dont un sublime contre la Croatie (2-0) en phase de poules. De son contrôle de la semelle à la facile élimination du gardien, tout transpire la classe. « Son Euro ne m’a pas étonné, assure Batelli. Le joueur de talent va vous faire un truc auquel vous n’aviez pas pensé ou pas vu. Kylian était le joueur qui collait parfaitement à ce que je cherchais. » Ses qualités de vitesse alliées à sa technique s’expriment lors de chaque rencontre. Son entente avec ses deux partenaires d’attaque, le Parisien Jean-Kévin Augustin et le Guingampais Ludovic Blas, fonctionne aussi. « Il m’a également plu dans les attitudes, insiste Batelli. La place de l’homme dans le groupe est importante et ces trois-là ont joué les uns pour les autres. Pour l’équipe et pas pour eux. »

Prolongé par Monaco jusqu’en 2019

Monaco n’a pas attendu juillet et cette confirmation pour blinder sa pépite. Les plus grands clubs européens le suivent (Liverpool, Arsenal, Paris-SG…). La direction monégasque est parvenue à lui faire signer son premier contrat pro en mars, jusqu’en 2019. 

Moins d’une semaine après la fin de l’Euro U 19, Mbappé retrouve déjà ses coéquipiers sur le Rocher. Les vacances attendront. Après une première saison de découverte, le joueur passé par l’INF Clairefontaine entend gratter un maximum de temps de jeu auprès de son entraîneur Leonardo Jardim en 2016-17. Mbappé est exaucé dès la première journée de Ligue 1. Le coach le titularise contre Guingamp (2-2), le 12 août. Mais après seulement quarante minutes de jeu, Mbappé doit sortir, victime d’une commotion cérébrale. Premier accroc.

De nouveau apte en septembre, l’attaquant n’entre plus dans le roulement de Jardim. En fin de saison dernière, il avait déjà connu une période de carence. Il avait fait sa dernière apparition lors de la 33e journée. Cette carence-ci passe plus difficilement. C’est la première fois que l’ascension fulgurante de l’enfant de Bondy (Seine-Saint-Denis) subit un ralentissement. Son père, Wilfrid, choisi d’exprimer son mécontentement dans les colonnes de L’Équipe, mi-octobre. « Sans être prétentieux, on ne comprend pas la gestion illisible de Kylian, au regard des promesses de la direction qui étaient tout simplement de jouer, d'entrer dans une rotation, affirme-t-il. Sinon, il ne serait pas resté […] Je ne vois pas ce qu'ils ont à gagner avec cette situation qui crée, en plus, des frustrations. Elle ne rend pas Kylian heureux et ça se voit sur son visage durant la semaine. »

Plus précoce que Martial, Henry ou Benzema

Le monde du foot découvre que le père du prodige est très impliqué dans la carrière naissante de son fils, au point d’être un porte-parole dur en affaires. A Monaco pourtant, Mbappé est choyé. Le club couve son prodige, dose ses interventions médiatiques. Lui ne dit rien et finit par obtenir de nouveau une place de titulaire le 21 octobre contre Montpellier. Face à la presse après la rencontre, le fiston joue l’équilibriste entre toutes les sensibilités. « Certes c'est frustrant [de peu jouer] parce que je suis un compétiteur. Mais il ne faut pas oublier que je suis dans une grande équipe, avec de grands joueurs. Moi, je suis là pour apprendre. C'est vrai que je veux toujours jouer. Mais il faut savoir être lucide aussi parfois. »

Son éclosion précoce en rappelle d’autres. Lui aussi né en fin d’année, Anthony Martial n’avait effectué que trois bouts de match avec Lyon au même âge lors de la saison 2012-2013. Celle d’après, sa première à l’ASM, il a participé à onze rencontres et inscrit deux buts avant de s’imposer en 2014-15 et d’être transféré à Manchester United contre 50 millions d’euros (+ 30 en bonus). L’année de ses 18 ans, Thierry Henry a participé à dix-huit journées de Championnat et scoré trois fois. De la fameuse génération 1987 (Benzema, Ben Arfa, Nasri, Ménez, Rémy…), seuls Samir Nasri avec Marseille et Jérémy Ménez avec Sochaux étaient apparus à plus de vingt reprises dans l’élite à 17 ans. Autre talent révélé très tôt, Nicolas Anelka a débuté lui aussi à 16 ans avec le Paris-SG en 1996. Malgré dix entrées en jeu en Première Division, il n’a jamais été titularisé avant son départ à Arsenal début 1997.


Comme eux, Mbappé connaîtra des périodes moins fastes, exprimera le besoin de souffler quand tout finira par aller trop vite. A l’instar de la période que traverse en ce moment un Martial à Manchester. Mais comme eux, il connaîtra le très haut niveau international. « Sa blessure a été une petite cassure après ce formidable Euro qu’il a vécu mais c’est un joueur en qui je crois beaucoup, appuie Batelli. Il est capable d’évoluer dans différents systèmes, à droite, à gauche et même en pointe. L’âge, c’est un faux débat quand on a son talent. Il a une grande qualité : c’est un garçon très intelligent, avec une certaine insouciance. Il est imperméable aux critiques ou papiers. Il ne calcule pas. »

« Il est programmé pour l’équipe de France »

Les autres s’en chargent pour lui. Mettre en valeur de jeunes joueurs à fort potentiel, Jardim sait faire, notamment sous l’impulsion du projet mis en place par le propriétaire russe Dimitri Rybolovlev et son vice-président Vadim Vasilyev. « Notre travail, c'est de le faire progresser, a rappelé le technicien portugais après la rencontre contre le MHSC. C'est un jeune joueur qui évolue bien. Il a joué aujourd'hui [le 21 octobre] car Montpellier laisse des espaces, et cela correspond à ses caractéristiques. » La méthode de l’ancien entraîneur du Sporting Portugal fonctionne. Sous sa direction, peu de jeunes joueurs ont stagné. Les réussites de Bernardo Silva, Tiémoué Bakayako et Fabinho, ou avant eux celles d’Anthony Martial (Manchester United), de Geoffrey Kondogbia (Inter Milan), de Yannick Carrasco (Atlético de Madrid) ou de Layvin Kurzawa (Paris-SG), sont là pour le rappeler.

Mbappé s’inscrit dans cette lignée. Peut-être même dans une encore un peu plus noble, lui qui compte aussi deux apparitions en Ligue des champions. « Je pense qu’il va aller très, très haut, prédit Batelli. Jouer en L1 et en C1 à cet âge-là, c’est fantastique. Il est programmé pour aller en équipe de France. Tout le monde veut qu’il aille vite. Mais il faut qu’il prenne le temps de grandir, d’assimiler. C’est difficile d’arriver sur le sommet de la vague. Mais c’est encore plus dur d’y rester. » Certes, mais depuis moins d’un an, Kylian Mbappé met tout en œuvre pour prouver le contraire.