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L'Angleterre a-t-elle changé?

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L'Angleterre a-t-elle changé?
Par Laurent VERGNE|Ecrit pour TF1|2010-06-04T14:30:08.000Z, mis à jour 2010-06-04T14:30:08.000Z

A chaque grande compétition, c'est la même rengaine. L'Angleterre a du talent. Mais elle accumule les frustrations et les désillusions. La présence de Fabio Capello sur le banc pourrait permettre à cette génération de gagner enfin quelque chose. L'Angleterre a atterri hier en Afrique du Sud.

"Golden generation." Voilà maintenant dix ans que l'Angleterre vit à travers une génération destinée à la ramener sur le toit du monde. Petit retour en arrière. Nous sommes au tout début des années 2000. Ils s'appellent Steven Gerrard, Michael Owen, Joe Cole, John Terry, Frank Lampard, Rio Ferdinand, Gareth Barry, Ashley Cole ou Emile Heskey. Ils ont entre 18 et 22 ans. Beaucoup sont déjà internationaux. D'autres sont sur le point de le devenir. La sélection de sa Majesté sait qu'elle tient quelques joyaux de la couronne pour les dix années à venir. Elle rêve de titres, de conquêtes qui lui échappent depuis 1966.


Retour au présent. Dix ans plus tard, à l'aube du Mondial 2010, ils sont encore tous présents, à l'exception notable du "meilleur d'entre eux" comme disait l'autre, Michael Owen, éternel blessé. Et le bilan est loin d'être aussi doré que la génération du même nom. En fait, le destin collectif de cette bande de surdoués se résume en un mot: frustrant. Trois défaites en quarts de finale. A chaque fois avec un terrible goût d'inachevé. Battus par le futur champion du monde brésilien en 2002, les Anglais ont échoué par deux fois aux tirs au but face au Portugal, lors de l'Euro 2004 puis du Mondial 2006. Une série d'échecs relatifs, avant la catastrophe des éliminatoires de l'Euro 2008, compétition que l'Angleterre a dû regarder de la maison. De cette décennie chaotique, il ressort l'impression d'un terrible gâchis que seule une grande Coupe du monde en Afrique du Sud permettra d'effacer.


De vrais leaders, du talent : comme en 2002, 2004 et 2006


Pour beaucoup, c'est la dernière danse. Ils ont presque tous atteint ou dépassé la trentaine et certains ne seront sans doute plus là dans quatre ans au Brésil. "Je ne sais pas si c'est ma dernière Coupe du monde, avoue Steven Gerrard, mais si je veux en gagner une, il faut quand même que je me dépêche. Je n'ai plus l'âge où je peux me dire, on verra la prochaine fois." Mais pourquoi l'Angleterre réussirait cette année là où elle a toujours échoué depuis des années? Pourquoi un groupe qui n'a atteint qu'une fois le dernier carré en dehors de son territoire national (en 1990) pourrait aller au bout de son rêve, cette fois? Elle possède, comme toujours, de sérieux atouts. A l'exception du poste de gardien de but, elle n'a pas de faiblesse. Il y a du talent et la personnalité dans toutes les lignes. De vrais leaders. Un effectif homogène. Sauf que tout cela était déjà vrai en 2002, 2004 ou 2006.


La vraie nouveauté ne vient pas tant du terrain que du banc. Sven Goran Eriksson a perdu très peu de matches en six années à la tête des Three Lions, mais il a eu le tort de ne pas gagner ceux qui comptaient vraiment. Voilà pourquoi, après la piteuse expérience Steve McClaren, la Fédération est allée chercher une machine à gagner des titres, Fabio Capello. Le technicien italien n'a pas tardé à imposer sa méthode. Après une campagne de qualifications brillamment menée, il fait aujourd'hui l'unanimité. John Barnes, l'ancienne gloire de Liverpool, a un sentiment assez largement répandu outre-Manche : "Il a fait un super boulot. L'équipe est mieux organisée, plus cohérente. On voit tout de suite sa patte. Le Brésil et l'Espagne sont favoris, mais je crois vraiment que l'Angleterre est capable d'aller au bout".


Le tangible et le dérisoire


Cette édition 2010 est-elle enfin la bonne pour l'Angleterre? Si elle peut compter sur le Wayne Rooney de l'hiver plutôt que sur celui du printemps, si David James n'a pas trop de boulot, si Ashley Cole tient le rythme, si le régulateur Gareth Barry retrouve ses moyens et si Lampard retrouve l'efficacité qui lui avait fait défaut en 2006, elle ne devrait pas être loin du compte. Ah, dernière chose. Qu'elle évite les tirs aux buts. Entre 1990 et 2006, les Anglais ont été éliminés à cinq reprises de cette façon. Ils n'ont jamais gagné une séance dans une grande compétition. Une vraie malédiction. Capello le sait. "Depuis mon arrivée, après chaque entraînement, nous avons tiré des penalties, explique-t-il. C'est comme le golf. Il faut taper des centaines de drives pour progresser." Capello ne laisse rien au hasard. Ses patrons non plus. La FA a demandé à son équipementier de dessiner un survêtement ressemblant le plus possible à celui de 1966. Quand Fabio Capello met cette tunique, qui est devenu la tenue officielle de la sélection depuis le 1er juin, on croirait voir Alf Ramsey (1) réincarné. Le symbole n'a échappé à personne. Pour y croire, l'Angleterre se raccroche décidément à tout ce qu'elle peut. Le tangible comme le dérisoire.


(1) Alf Ramsey était le sélectionneur de l'équipe d'Angleterre lors de la Coupe du monde 1966, la seule à ce jour remportée par les Anglais.