L’œil de Telefoot.fr - Le mercato d’hiver, entre bricolage et anticipation

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Par Lucile Alard - Agence CReafeed|Ecrit pour TF1|2017-01-02T14:24:04.983Z, mis à jour 2017-01-02T14:24:11.200Z

Avec le mois de janvier, s’ouvre une nouvelle période de transferts. Les idées ne manquent pas pour se renforcer mais le mercato d’hiver offre, dans les faits, peu d’opportunités pour changer le cours d’une saison. Certains choisissent carrément de se projeter sur la suivante.

Elles arrivent dans l’ordre quand l’hiver commence à piquer la peau : la période des fêtes et la deuxième fenêtre de transferts de la saison de football. Comme en été, les rumeurs fleurissent dans toute la presse spécialisée. Mais contrairement à l’été, très peu de transactions seront réalisées. La période hivernale des transferts donne rarement lieu à de grandes manœuvres. Au mois de janvier, il s’agit davantage d’un mercato d’ajustement.

Certains club cherchent désespérément la perle rare et sont dans l’urgence de recrutement. L’objectif est simple : redresser la barre après un début de saison chaotique. Nantes espère, par exemple, se renforcer cet hiver après des premiers mois douloureux. D’autres veulent se remettre d’une erreur de recrutement lors de l’été précédent ou encore trouver une doublure après la blessure longue durée d’un joueur. Le PSG est forcé de s’agiter cet hiver notamment en raison d’un recrutement mal ajusté il y a quatre mois (absence de doublure pour Cavani), ce qui a précipité le recrutement de l’Allemand Julian Draxler en provenance de Wolfsburg. Mais la période demeure verrouillée et oblige les dirigeants à prendre des risques… pour, souvent, très peu de profit, sinon l’anticipation qui permet de réaliser un joli coup six mois avant le grand marché d’été.

"Les joueurs qu’on trouve à vendre sur le marché ne sont pas ceux que recherchent les clubs."  Frédéric Guerra, agent de joueurs et notamment du Lyonnais Maxime Gonalons, commence par rappeler l’évidence qui se situe au cœur du marché hivernal. ”Guy Roux avait raison quand il disait que le mercato d’hiver ne concernait que des joueurs sur le banc, illustre-t-il. On n’est pas dans un mercato de renfort." En hiver, les meilleurs restent au chaud. "L’attaquant qui est très bon et qui est désiré par un acheteur ne sera pas à vendre." Le constat est identique chez Bernard Caïazzo, président du Conseil de surveillance de l’AS Saint-Etienne. "Lors du mercato d’hiver, il y a très peu de joueurs performants disponibles", lâche cette figure de la Ligue 1 qui évolue dans le milieu du foot français depuis des années.

Seconds couteaux, joueurs qui ont perdu la confiance de leur entraîneur ou jeunes qui rongent leur frein sur le banc et ont envie de prouver leur niveau : en hiver les choix sont limités pour les clubs du championnat de France. Tous comportent une belle part d’inconnu. Bernard Caïazzo l’affirme : "Les recrutements en hiver sont risqués. Les joueurs, souvent, ne jouaient pas dans leur club donc ils n’ont plus de rythme et peuvent mettre du temps à le retrouver. Il y a aussi un risque de blessure plus important." Un regard sur les derniers mercato d’hiver en Ligue 1 donne une nette idée de cette difficulté à dénicher la recrue voulue. Certaines équipes comme l’OL ou Montpellier n’ont tout bonnement pas recruté l’an passé. Pendant cette période de mouvements, les clubs enregistrent avant tout des retours de prêts (Bosetti à Nice l’an passé), se font prêter des joueurs (Debuchy à Bordeaux, Eder à Lille, Thauvin à Marseille) ou en accueillent d’autres libres de tout contrat (Pereira à Guingamp, Bourillon à Angers).


Changer le cours d’une saison ? Compliqué dans les faits

Les investissements financiers en hiver se situent bien en-deçà de ceux réalisés en été. En cumulé, l’ensemble des clubs de Ligue 1 a dépensé 35 millions d’euros l’an dernier sur la période, contre 199 millions d’euros lors du dernier mercato d’été. La frilosité règne et la pratique du prêt à grande échelle prouve bien que c’est loin d’être le meilleur moment pour investir. Le prêt a l’avantage de ne comporter quasiment aucun risque sur le plan financier. Problème, cette pratique n’est pas du tout l’assurance d’une réussite sportive, bien au contraire. "Pour un joueur, la déstabilisation peut être importante, développe Frédéric Guerra. L’été, il a plus le temps de s’organiser, trouver un appartement, une école. Là ses proches ne viennent pas forcément avec lui et il y a un risque de rupture familiale qui peut être défavorable à l’état d’esprit." Prendre ses marques dans le vestiaire, adopter les méthodes de l’entraîneur : tout cela peut aussi demander du temps. L’obligation d’être performant rapidement n’en offre pas.

Si les clubs sont frileux, les joueurs le sont aussi. "Le joueur préfère faire partie d’un projet qui commencera l’été d’après plutôt que signer pour quatre ans et demi et de ne pas savoir où le club en sera à la fin de la saison," raconte Frédéric Guerra. Pour les quelques irréductibles qui veulent absolument partir l’hiver venu, trouver un point de chute est souvent une gageure. "J’ai eu des joueurs qui m’ont demandé de partir lors de cette période mais, dans la plupart des cas, je ne peux pas trouver de club, se rappelle Frédéric Guerra. Le seul que j’ai réussi à faire partir c’est Mahamadou Diarra du Real à Monaco en janvier 2010. Il ne jouait plus au Real Madrid. Mais ça n’a pas empêché Monaco de redescendre à la fin de la saison."

Une fois la recrue convaincue, l’accord du club vendeur obtenu, l’acheteur a souvent du mal à en voir les bienfaits sur le reste de l’année. "Le pli pris en début de saison reste souvent jusqu’à la fin, constate Frédéric Guerra. Un joueur, seul, ne peut pas arriver à faire redresser la tête de ses nouveaux coéquipiers, à leur faire retrouver leur dignité. Pendant six mois, les joueurs se sont mis mal. Redresser la barre et effacer ces six premiers mois grâce à deux ou trois nouveaux est très difficile. Il n’y a pas de miracle." Pire, selon Bernard Caïazzo l’arrivée de recrues peut semer la zizanie dans l’effectif. "Prenons l’exemple d’un club en difficulté à la trêve. Cette équipe recrute quatre ou cinq joueurs. C’est pour les faire jouer. Les autres se disent ‘Et nous on sert à quoi ?’ Il y a forcément des problèmes dans le vestiaire."


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Une logique d’anticipation plus que de court terme

Recruter en hiver pour transformer son équipe est un pari qui a peu de chances de réussir. Mais cette période peut aussi répondre à une autre logique : celle de l’anticipation. Le but n’est pas de changer la dynamique de la saison en cours mais bien de se projeter vers la suivante. Pendant six mois, le joueur est présent dans l’équipe et a le temps de s’adapter et de s’acclimater à son nouvel environnement.

L’exemple du Monégasque Jemerson est typique de cette stratégie déployée par les clubs.  Présenté comme un crack au moment de son recrutement en janvier 2016, le défenseur brésilien connaît des débuts plus que timides sous le maillot de la Principauté. La grosse erreur de casting menace. Le club a investi 11 millions d’euros pour faire venir le Brésilien. C’est le plus gros transfert du mercato d’hiver en 2015/2016 en Ligue 1. Mais Vadim Vasilyev avait prévenu au moment de la signature : "J’espère qu’il va beaucoup nous apporter, cette saison, mais surtout la saison prochaine, c’est pourquoi on a anticipé sa venue." La “saison prochaine”, c’est la saison en cours et Jemerson a désormais clairement sa place dans l’arrière-garde monégasque. Il enchaîne les titularisations aux côté de Kamil Glik et plus grand monde ne songe à ses premiers pas hésitants.

Anticiper sur l’exercice suivant, c’est aussi la stratégie adopté par l’ASSE l’hiver dernier. Si Franck Tabanou, revenu en prêt après un transfert décevant, s’inscrivait "dans une logique de court terme," les autres recrues sont arrivées pour préparer le "long terme" avance Bernard Caïazzo. Alexander Söderlund et Ole Selnaes, tous les deux Norvégiens, n’étaient même pas qualifiés pour jouer la Ligue Europa l’an passé avec l’ASSE, lors de leur arrivée au mois de janvier. Un non-sens à première vue. Mais le dirigeant stéphanois sait se justifier. "On ne s’est pas dit qu’ils devaient être opérationnels immédiatement. Pour certains joueurs étrangers, l’adaptation peut mettre du temps. Il faut l’accepter quand on fait un recrutement."

Cette saison, l’attaquant et le milieu de terrain jouent. Comme Jemerson avec Monaco ou encore Malcom avec Bordeaux. Savoir si leur année aura été une réussite sportive demande encore un peu de temps. Mais même si un club peut faire une bonne pioche, Bernard Caïazzo n’en démord pas : supprimer le mercato d’hiver reste la meilleure solution. "Pour moi, la meilleure formule d’un mercato serait qu’en dehors de la période estivale, les clubs n’aient le droit de recruter qu’un seul joueur. Et je pense que le mercato d’été devrait s’arrêter au moment où la compétition commence, pour des questions d’équité." Frédéric Guerra imagine lui aussi une vie sans mercato d’hiver. Si même les agents ne le défendent plus...