L'oeil de Téléfoot - A Caen, former des jeunes est un savoir-faire certifié

Voir le site Téléfoot

Oeil de Téléfoot   CAEN
Par CReaFeed|Ecrit pour TF1|2017-11-02T14:07:37.583Z, mis à jour 2017-11-02T14:07:39.005Z

Depuis trente ans, le Stade Malherbe de Caen est devenu un des meilleurs clubs français pour la formation des jeunes footballeurs. Le club normand ne parvient jamais à les garder très longtemps mais qu'importe : ils gardent à vie le sceau de la formation caennaise.

Dans les couloirs du Stade Malherbe de Caen, n'allez pas chercher de galerie des trophées ou d'armoires pleines de coupes. Le club normand n'a pas grand-chose à se mettre sous la dent à l'heure de célébrer son palmarès. Tout juste deux titres de deuxième division, la D2 1996 et la L2 2010.

Mais, si vous poursuivez votre chemin dans ces couloirs, ceux du siège du club comme ceux du centre d'entraînement, vous y trouverez peut-être d'autres motifs de fierté. Des photos, des posters. De William Gallas ou Jérôme Rothen en équipe de France, de Raphaël Guerreiro, champion d'Europe avec le Portugal, ou encore de Bernard Mendy débordant Roberto Carlos lors d'un prestigieux France-Brésil…

Elle est là, la vraie fierté de Malherbe. Avoir su s'installer au plus haut niveau, revenir en Ligue 1 quatre fois en quinze ans, en faisant émerger, année après année, des talents formés ou post-formés en son sein. "Il y a une histoire, un savoir-faire ici en la matière, souligne Francis De Taddeo, directeur du centre de formation du club. Je me sens comme un petit dépositaire, un simple intérimaire. La formation, je ne l'ai pas inventée, elle figure dans l'ADN du club avec des glorieux anciens comme Daniel Jeandupeux, Pascal Théault ou Stéphane Roche."

Des joueurs formés mais souvent rapidement vendus

La liste des formateurs est prestigieuse. Celle des formés l'est encore plus. Deuxième meilleur buteur de l'histoire du club, Fabrice Divert a été le premier Caennais à être sélectionné en équipe de France, en 1990. Il participera même à l'Euro 92, sous les ordres de Michel Platini et aux côtés des Papin, Fernandez, Blanc, Deschamps ou Cantona. Anthony Deroin, lui, a marqué l'histoire d'un club dont il n'aura porté que le seul maillot au cours de sa carrière. L'ancien meneur de jeu a d'ailleurs été la figure de proue d'une génération dorée au SMC.

Durant ces années, au croisement des années 1990 et 2000, nombreux ont été les joueurs à faire leurs premières apparitions pro sous le maillot de Malherbe. William Gallas et Jérôme Rothen, par exemple, s'y sont révélés avant de rejoindre Marseille et Troyes, puis plus tard le PSG et Chelsea. D'autres noms méritent la citation : Frédéric Née, Bernard Mendy, Mathieu Bodmer… Ou encore, pour les années les plus récentes, Youssef El-Arabi, Yoan Gouffran, Thomas Lemar, Raphaël Guerreiro ou M'Baye Niang.

Point commun : tous sont partis relativement jeunes, sans que Caen ne profite durablement de talent. Exemple avec Guerreiro, pour lequel Lorient a déboursé 3 millions d'euros alors qu'il n'avait que 19 ans. Même chose pour Lemar, parti à Monaco après une trentaine de matches de L1 seulement. Il fut repéré ensuite par le sélectionneur Didier Deschamps et par les scouts de Liverpool. "Il y a de moins en moins de stabilité, convient Francis De Taddeo. Aujourd'hui, après seulement une année en pro, ils sont courtisés par des grands clubs. Et Caen n'a pas un budget assez fort pour lutter, donc nous devons les libérer. Néanmoins, cela reste une fierté de les avoir amenés au plus haut-niveau."

Un centre de formation flambant neuf

Et le travail fourni en la matière se poursuit d'année en année. Récemment, le centre de formation a été complètement rénové pour offrir un cadre de travail en forme de bijou à ses jeunes pensionnaires. "Le centre est neuf, c'est un superbe outil de formation, se réjouit Francis de Taddeo. A ce niveau-là, on peut regarder les grands clubs formateurs droit dans les yeux." A la clé, un investissement d'1,5 million d'euros, un terrain couvert neuf, un bâtiment de trois étages et 3000 m² et vingt salariés environ.

De quoi voir éclore quelques pépites dans les années à venir, se plairont à rêver les supporters. Francis De Taddeo, qui a occupé les mêmes fonctions à Metz et Auxerre, tempère un peu : "On est un centre de formation modeste, il y a largement meilleur que nous en France. Par exemple, nous n'avons pas d'internationaux en sélections de jeunes. Ici, du fait de notre budget, on est un peu contraint à l'artisanat. " Le centre du SMC est classé 18e sur 36 par la FFF.

"Un club à dimension humaine"

Cette réalité pèse sur le recrutement des talents. Lorsqu'il piste les meilleurs jeunes joueurs de leur catégorie, le Stade Malherbe doit faire face à la concurrence accrue, du voisin havrais à l'échelle locale et des "gros" à l'échelle nationale (PSG, Lyon, Monaco…). Ce que Francis de Taddeo ne nie pas. "Moi, je ne perds pas mon temps. Je sais qu'on ne peut pas prendre le premier choix, affirme-t-il. Dès qu'il y a concurrence avec les gros clubs, je dis aux familles 'Allez dans les gros clubs'. Je ne veux pas jouer à la grenouille qui se fait aussi grosse que le bœuf. Nous, on ne boxe pas dans la même catégorie."

En exemple, l'ancien joueur pro cite les cas de William Gallas et Jérôme Rothen, arrivés au centre de formation après avoir été parmi les seuls pensionnaires de l'INF Clairefontaine à ne pas être recrutés par un club professionnel. Mais l'humilité caennaise ne cache pas une réalité parfois bien plus reluisante. En U17, par exemple, les Caennais ont fini deuxièmes du championnat national, juste derrière le PSG. Avec à la clé quelques victoires de prestige, face au Havre (2-0), au leader parisien (1-0) ou encore à Lens (2-1), trois références nationales en matière de formation.

Dans un entretien accordé en 2013 au site de son club, un des recruteurs de Malherbe, David Lasry, racontait : "Ce qui plaît notamment aux parents, c'est que le Stade Malherbe est un club pro à dimension humaine. Le processus de scolarité plaide aussi en notre faveur, on permet aux jeunes d'obtenir des diplômes. Seul un sur dix passera pro, les autres doivent pouvoir s'y retrouver." Et l'ancien formateur de citer une anecdote : "Quand on a recruté Mbaye Niang et qu'il a fallu le faire déménager avec sa famille, c'est mon propre père qui s'est porté caution pour trouver un logement…". L'investissement n'a pas été vain.