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L'oeil de Téléfoot - A l'ASM, le beau jeu n'est pas une révolution, c'est une tradition

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AS Monaco   Trezeguet & Henry   Téléfoot
Par CReaFeed - Ilyes Ramdani|Ecrit pour TF1|2017-04-28T12:00:35.257Z, mis à jour 2017-04-28T12:00:35.257Z

Encore en lice sur quatre tableaux, l'AS Monaco brille cette saison par un football séduisant et une armada offensive flamboyante. Loin d'être surprenante, cette vigueur de l'attaque monégasque est en fait la nouvelle page d'une histoire du beau jeu à l'ASM, longue et ancrée dans l'ADN du club.

Les chiffres donnent le tournis. Cette saison, en 30 journées de Ligue 1, l'AS Monaco a inscrit 87 buts. A la même époque, l'an dernier, le compteur des Monégasques n'en était qu'à 44, soit peu ou prou la moitié ! Au-delà des chiffres, les joueurs de Leonardo Jardim dégagent cette année une puissance offensive impressionnante qui fait en grande partie sa force. Ses attaquants, dont les trois complémentaires Falcao, Germain et Mbappé, ont torturé nombre de défenses en France comme en Ligue des champions, à commencer par celle de Manchester City en huitième de finale (3-5, 3-1)

Voir l'ASM de Jardim devenir une référence de football offensif, c'était pourtant loin d'être gagné. Lors de ses deux premières saisons - réussies - en Principauté, le technicien portugais était plutôt vu comme un bétonneur, chef d'orchestre d'un bloc difficile à manœuvrer et redoutable en contres. Avec une cinquantaine de buts marqués par saison de Ligue 1, les statistiques tendaient à corroborer cette thèse d'une ASM solide mais pas franchement emballante à regarder. 

Pour autant, l'AS Monaco cru 2016-2017 n'est pas une révolution, loin de là. En fait, Jardim n'a fait que replacer son équipe sur les rails d'une tradition ancestrale à Monaco : le beau jeu. "Le spectacle fait partie de l'ADN du club, rappelle à juste titre Alfred Vitalis, champion de France avec le club en 1978 et 1982. De tous temps, l'AS Monaco a été vue comme un club attaché au beau jeu." Il y a bien eu quelques périodes plus insipides, où l'ASM avait perdu ses valeurs. Mais à chaque fois qu'il a soulevé des trophées, le club l'a fait en pratiquant un jeu offensif et séduisant. Et ce à travers les décennies, des premiers titres de 1961 et 1963 aux championnats raflés en 1988 avec Arsène Wenger, 1997 avec Jean Tigana et 2000 avec Claude Puel.

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"Les joueurs qui ont un petit côté princier"

A écouter Vitalis, qui a joué près de dix ans sur le Rocher, il y a d'abord une forme d'exception monégasque. "La Principauté, ce n'est pas vraiment comme le reste de la France, sourit l'ancien libéro. A Monaco, le public a besoin de spectacle, il est particulièrement exigeant. Déjà qu'il n'y a pas beaucoup de monde au stade, il faut du beau jeu pour le faire venir." Correspondant permanent du Parisien/Aujourd'hui en France à Monaco, Florian Fieschi acquiesce : "C'est un public de connaisseurs, extrêmement exigeant. Les gens sont là pour se régaler. Ils aiment les joueurs élégants comme Bernardo Silva, qui ont ce petit côté princier, cette finesse appréciés à Monaco." 

Cette injonction à l'élégance vient, à Monaco, de très haut. Et plus précisément de la famille princière, historiquement très présente auprès du club. "Le Prince Rainier-III (souverain entre 1949 et 2005) a toujours mis en avant cette exigence du spectacle", se remémore Alfred Vitalis. Son successeur, le Prince Albert-II, "est un amoureux du football", témoigne Florian Fieschi avant d'ajouter : "Par exemple, il n'a pas apprécié du tout la saison dernière. Il a aussi des chouchous : cette saison, ce sont Mbappé et Silva, dont il apprécie la technique. Son club, pour lui, c'est une histoire d'image, pas tant de résultats". Albert II et Rainier III au stade Louis-II

Et les nouveaux propriétaires russes du club, arrivés en Principauté il y a cinq ans, l'ont bien compris. Lors de la présentation de Leonardo Jardim à la presse, Vadim Vasilyev, l'homme fort du sportif à l'ASM, a insisté sur sa volonté de "bien jouer et de faire plaisir à nos supporters". Sa recrue d'alors, le technicien portugais, est allée dans le même sens en assurant : "On veut jouer un football de qualité. On veut ramener les supporters vers le club." Cela a mis un peu de temps mais c'est bel et bien arrivé, comme le reconnaissait Ali Benarbia dans France Football en novembre 2016 : "Déjà, il faut rappeler qu'il y a toujours eu une tradition du beau jeu à l'ASM, rappelait l'ancien milieu de terrain. C'est ce qui m'attirait quand j'y ai signé en 1995. Et, cette saison, le club a renoué avec cela."

Au centre de formation, des pépites prêtes à prendre le relais

A Monaco, une autre spécificité réside aussi dans une forme de tranquillité locale. L'ASM ne connaît pas la pression populaire que subissent par exemple, à quelques kilomètres de là, l'Olympique de Marseille et l'OGC Nice. "Ici, les joueurs ont une forme d'insouciance", reconnaît Florian Fieschi. Alfred Vitalis, lui, se souvient du "football inné et pétillant" que son équipe pratiquait. "Quand je vois les gars d'aujourd'hui, ils se font plaisir, ils jouent de façon très spontanée, affirme-t-il. Ils ne se posent pas de question et c'est ce qui fait leur force." 

Une exigence de plaisir cultivée à travers les époques. "Déjà, à l'entraînement, on touchait beaucoup plus le ballon à Monaco qu'ailleurs à notre époque, poursuit Vitalis, présent lors des deux titres de 1978 et 1982. On se régalait et ça se ressentait en match. Et à l'extérieur, on jouait de la même manière. On en a fait lever, du public !" Vitalis se souvient de corrections infligées par l'équipe dont il était capitaine en 1982 : un 7-1 à Auxerre, un 5-1 contre Nancy… Lors du titre de 2000, la doublette formée par Marco Simone (22 buts) et David Trezeguet (21 buts) a particulièrement marqué les esprits dans ce que France Football avait appelé "l'équipe parfaite". Et avant l'arrivée au club de Marco Simone, Trezeguet faisait trembler les filets avec Thierry Henry.

Trezeguet et Henry

Aujourd'hui encore, l'ASM fait du jeu le centre de son attention. Dès son arrivée, Leonardo Jardim a surpris son monde en écartant les légendaires footings d'avant-saison au profit d'une préparation physique intégrée, avec le ballon au centre de tout. L'attrait pour l'attaque se traduit aussi dans les chiffres. L'équipe première est la meilleure attaque de Ligue 1. En CFA (4e division), pourtant neuvième au classement, l'équipe réserve est la meilleure attaque de sa poule. Même chose en U17 et U19, deux équipes en tête de leur championnat de National. Un 4 sur 4 unique en France. 

Dans ces équipes de jeunes, figurent plusieurs profils que l'on verra peut-être bientôt briller en Ligue 1. A l'instar de celui d'Irvin Cardona, 19 ans, terreur des défenses de CFA et comparse de Kylian Mbappé en attaque lors de l'épopée victorieuse en Coupe Gambardella la saison dernière. Deux joueurs aussi talentueux sortis du centre la même année, ça n'a pas toujours existé sur le Rocher. "A mon époque, il n'y avait pas de formation, j'étais même le seul stagiaire, rappelle Vitalis. Le style venait en grande partie des recrues qui nous rejoignaient, notamment les Sud-Américains." Ajouter plusieurs cordes à son arc pour perpétuer la tradition : c'est peut-être, là aussi, une grande force de l'AS Monaco.