L'oeil de Téléfoot - A Nantes, l'espoir renaît chez les supporters en tribunes

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FC Nantes   Oeil Téléfoot
Par CReaFeed|Ecrit pour TF1|2017-05-19T06:30:05.785Z, mis à jour 2017-05-19T07:39:07.454Z

Avec le FC Nantes à la sauce Sérgio Conceição, les supporters historiques du FC Nantes espèrent revivre les riches heures du club, quand celui-ci avait notamment dominé la Division 1, en 1995, avec le fameux jeu à la nantaise.

Le "jeu à la nantaise" et son plaisir pour les yeux. La série de 32 matches sans défaite en championnat. Les 22 buts de Patrice Loko, les 18 de Nicolas Ouédec. L'éclosion des jeunes pousses nantaises, comme Claude Makelele, Reynald Pedros ou Christian Karembeu. La classe de Coco Suaudeau et son empreinte technique sur son équipe. Et puis, comme une récompense évidente, le titre de champion de France 1995.

Vingt-deux ans plus tard, l'espoir est de retour depuis l'arrivée au club de Sérgio Conceição. Nommé le 8 décembre 2016 après le limogeage de René Girard (champion de France avec Montpellier en 2012), le FC Nantes pointe alors à la 19e place du championnat. Six mois plus tard, le FC Nantes est sauvé et affiche un excellent bilan depuis la prise de fonction du technicien portugais : 10 victoires, 5 nuls et 5 défaites. Si le championnat avait débuté le 8 décembre, Nantes occuperait la sixième place de la Ligue 1.

Les supporters adorent Conceição

Forcément, avec de tels résultats, les supporters sont ravis : "Il a créé quelque chose à Nantes, témoigne David Phelippeau, journaliste spécialiste du FCN à 20 Minutes et RMC. Ces supporters n'ont pas oublié le passé ; mais ce qu'ils vivent en ce moment, ils kiffent totalement. Quand Conceição arrive, tout le monde voit Nantes en Ligue 2. Aujourd'hui, depuis son arrivée, les supporters ont une forme de fascination pour lui."

Les supporters craignent même de le voir partir à l'issue de la saison car Sérgio Conceição est très convoité. Cette peur s'est traduite par la mobilisation des supporters qui ont lancé sur Twitter le hashtag "#NoSergioNoParty". Et preuve de l'amour réciproque entre les supporters et Conceição, le coach portugais avait répondu en tweetant : "J'aime les supporters qui sont passionnés pour leur club comme je le suis pour mon travail. Impossible sans vous #NoSergioNoParty."

Pour Patrice Loko, Sérgio Conceição ravive même les souvenirs de 1995 et du fameux jeu à la nantaise comme il le confiait récemment à notre confrère de 20Minutes : "C'est ce que Conceiçao demande lors de certains exercices. Il insiste sur le jeu à une touche. C'est sûr qu'on ne voyait pas ça en début de saison car les Nantais jouaient beaucoup plus défensifs. C'est Conceição qui a su rendre possible ce jeu-là car ce sont les mêmes joueurs qu'en début de saison… Il a amené sa patte."

"Je suis née la même année que le FC Nantes"

Et les supporters veulent revivre une nouvelle fois la saison magique et mythique de 1995. Jacqueline est de ceux-là. "Je suis née la même année que le FC Nantes, en 1943, raconte-t-elle. Je supporte le club depuis que j'ai 16 ans… et j'y suis toujours ! Je suis à tous les matches, je fais même des déplacements, encore à 73 ans. Dans les tribunes, tout le monde m'appelle 'Mamie', même les joueurs me reconnaissent (rires)". Aujourd'hui, "Mamie" est devenu vice-présidente d'un club de supporters, "Océane Eleven". Et elle se plaît parfois à raconter ce temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître.

"C'était la plus belle époque, se remémore-t-elle au sujet des titres de 1995 et 2001. Il y avait une superbe équipe, des superbes joueurs, une superbe ambiance… Après les matches, on n'avait même plus envie de sortir du stade ! Quand j'en parle, j'en ai encore des frissons." Et elle n'est pas la seule à en parler. Spécialiste du FC Nantes depuis une dizaine d'années, le journaliste David Phelippeau confirme : "Quand tu arrives dans ce club, tu sens que le passé est toujours très présent. A la Beaujoire, on reparle très souvent de ces titres, et notamment de celui de 1995. Tu ne peux pas en faire fi quand tu arrives à Nantes. Ce sont les supporters les garants du passé. Par exemple, le président, Waldemar Kita, n'a pas connu ces belles années. Le supporters se sentent un petit peu comme les derniers défenseurs du FC Nantes." 

Cet ADN, c'est précisément ce que s'évertuent à défendre ces "vieux de la vieille" de La Beaujoire. "On est pas mal d'anciens supporters à avoir vécu tout cela, rappelle Mamie, 73 ans. Et on a eu peur, parfois, que le FCN perde son charme, son identité. A un moment, je ne reconnaissais même plus mon club !" "Michel Ker Zadarian" en fait partie. Derrière cet avatar dérivé du nom de Michel Der Zakarian, ex-joueur et ex-coach du club, il y a Frédéric, chef d'entreprise dans la vie de tous les jours : "On se contente de faire ce que nos pères ont fait : transmettre l'amour du football populaire, des tribunes et du fanion, affirme-t-il. On doit faire en sorte, quel que soit notre âge, de faire vivre les paroles des anciens, les Denoueix, Suaudeau ou Arribas, d'en être les témoins."

"On ne peut qu’être nostalgiques de cette période"

"Repenser aux titres de 1995 et 2001, c'est toujours émouvant pour nous, reconnaît le célèbre Twittos quadragénaire. Quand tu vois ce qu'ont réalisé ces mecs… On ne peut qu'être nostalgique de cette période où le collectif et la transmission étaient les clés de voûte du club. Il ne faut pas regarder uniquement dans le rétroviseur, mais y jeter un œil régulièrement tout de même. Les dirigeants actuels ne doivent pas se couper de l'ADN de l'institution." 

Président du Club des Supporters Parisiens du FC Nantes, Richard Guillaume est de cet avis : "Parfois, je me raisonne moi-même pour ne pas être trop nostalgique, explique-t-il. Il faut vivre avec son temps. Par exemple, le jeu à la nantaise, il ne faut pas trop espérer son retour..." 

"Le club continue d'écrire son histoire", confirme "Ker Zadarian". Quant à Mamie, elle a, elle aussi, son petit regret : "Dans le temps, les joueurs étaient à notre disposition. On allait les voir après le match, on se retrouvait dans un café à côté du stade. Aujourd'hui, c'est révolu, ce n'est plus possible." Alors, leur rôle d'anciens se limite à un soutien inconditionnel et à quelques piqûres de rappel, parfois, sur des combats qui leur semblent importants. "Les supporters historiques réclament souvent de faire confiance aux jeunes du centre de formation, de faire de la place aux anciens du club ou de pratiquer un minimum de jeu", explique David Phelippeau.

Joueurs du FC Nantes en 1995

"Énormément de jeunes dans les tribunes"

Gros point positif, malgré l'absence d'un trophée depuis 2001, le FC Nantes reste un club attractif et puissamment soutenu. "Il y a énormément de jeunes dans les tribunes, s'enthousiasme Richard Guillaume. Par exemple, avant, on était la seule association de supporters nantais à Paris. Là, il y a des gamins d'à peine 30 ans qui ont monté une association pas très loin d'ici. Ils sont très actifs sur les réseaux sociaux, très dynamiques. Je trouve ça super. C'est à eux de reprendre le flambeau."

Même analyse chez "Michel Ker Zadarian", pour qui "ce que réalise cette nouvelle génération de supporters est hallucinant." "Ils ont grandi avec un club moribond, et pourtant ils sont présents à domicile comme à l'extérieur avec une passion intacte, admire-t-il. A la limite, pour nous, c'était plus simple : Nantes était sur le toit de l'Europe, ça jouait bien… C'était facile d'être supporteur dans ces conditions. Ces gamins-là, ce sont eux qui m'épatent le plus. Et ils n'ont pas besoin des plus vieux pour que la flamme reste vive. Ils connaissent parfaitement l'histoire de leur club et de ses tribunes." Les supporters du FC Nantes avec les écharpes tendues

Comme sur le terrain, la réussite se niche dans l'osmose entre les anciens, garants d'une certaine identité, et les plus jeunes supporters, nombreux eux aussi. La passion, elle, est partagée : "Jusqu'à ma mort, je serai à La Beaujoire ! J'ai dit à mon fils que quand je ne serais plus là, je voulais qu'il disperse mes cendres au FC Nantes. Certains joueurs le font en Angleterre, pourquoi pas moi ? C'est interdit, mais bon… (rires)". Mais d'ici-là, la septuagénaire a encore un dernier rêve : "Ma petite ambition secrète, c'est de revoir un match de coupe d'Europe à La Beaujoire. J'espère que j'aurai le temps de revivre ça."